Juliette Gréco célébrée par le Printemps de Bourges

par Frozen
mardi 28 avril 2015

Examen de passage réussi pour Vianney et un grand moment d’émotion avec Juliette Gréco lors de la première journée du festival.

Vianney était visiblement tendu en entrant sur scène : c’est la première fois qu’il jouait dans un festival, et devant autant de monde. Mais la tension est vite partie, grâce à l’accueil chaleureux que lui a réservé le public, venu nombreux pour l’applaudir. Prestation réussie pour le jeune artiste qu’on pourrait bien revoir sur d’autres festivals cet été, avant la sortie d’un second album.

L’évènement de la journée était sans conteste la présence de Juliette Gréco. Le Festival lui consacre une exposition réalisée grâce à la collection de la documentation de Radio France : Sur les traces de Juliette Gréco, avec des disques originaux, des archives sonores ou des vidéos retraçant sa carrière.

Pochettes de disques originales
Discothèque de Radio France

Elle a également choisi de débuter sa tournée d’adieu à Bourges, le soir même, accompagnée de ces deux musiciens : Gérard Jouannest, son mari, au piano, et Jean-Louis Matinier à l’accordéon. Des chansons de Jacques Brel, Serge Gainsbourg (‘La Javanaise’), ou Léo Ferré (‘Avec le Temps’) et l’incontournable ‘Déshabillez-moi’, ont été magnifiquement interprétés, appréciés et salués par de longs applaudissements du public. Une véritable performance pour la chanteuse, qui, gênée par des éléments extérieurs, et très fatiguée, ne terminera pas le spectacle et s’excusera de ne pouvoir revenir sur scène.

Juliette Gréco Printemps de Bourges 2015 - Photo Jean-Philippe Robin
Photo Jean-Philippe Robin

En conférence de presse le lendemain matin, Juliette Gréco a répondu à la question qui était sur toutes les lèvres : « Je vais très bien » assure t-telle. Elle a été bouleversée par l’exposition qui lui est consacrée, lui rappelant des souvenirs oubliés, la chaleur sur la scène et le bruit de la musique provenant du W ont aussi déstabilisés l’artiste.

Une question a ensuite été posée sur sa préparation pour cette tournée : « On se prépare depuis 65 ans. Il faut savoir que les choses finissent, mais il faut partir avant qu’il soit trop tard, avant qu’on ne soit oublié. »

Est-ce que le Printemps de Bourges est un passage important ? : « Bourges est un endroit extrêmement important, c’est le lieu de toutes les naissances, des reconnaissances. C’est un évènement très important pour nous. »

A une question sur ses projets après la tournée, la chanteuse est restée évasive. Peut-être enregistrer un nouvel album, « Le désir est là, l’envie est là, l’amour est là, tout est intact » mais elle souhaite pour l’instant se consacrer à la tournée. Elle est toujours à l’écoute des jeunes artistes et reçoit des propositions de collaboration de sa maison de disques, qu’elle accepte ou non.

Quel regard a-t-elle sur l’évolution musicale en France depuis les années 50 ? « C’est énorme, c’est très intéressant. Il y a toujours eu Tino Rossi et Edith Piaf, Agnès Capri et les chanteurs populaires à voix. Il y a eu une grande évolution musicale, c’est certain. Il y a eu l’apport anglais, américain. Chacun fait son choix, il y a toujours eu des gens comme moi qui font ce qu’ils veulent. »

Pour une personne qui souhaiterait découvrir ses chansons, elle n’a pas de conseils d’écoute en particulier. Elle regrette que certains auteurs soient injustement oubliés, comme Maurice Fanon ou Bernard Dimey.

Elle va bientôt chanter à Tel Aviv. « Toutes les villes qui souffrent sont émouvantes, Tel Aviv rappelle la déportation » (sa mère et sa sœur ont été déportées pour des faits de résistances pendant la guerre, Juliette Gréco, trop jeune n’est pas partie dans les camps). Malgré les pressions pour la dissuader d’y aller, elle ira jouer en Israël : « J’ai joué partout. Je suis allé au Chili sous Pinochet, en Espagne sous Franco. Je suis plus pour le terrain, c’est difficile et dangereux, mais je suis faite comme ça, je veux parler avec les gens, je veux comprendre, c’est ma seule raison. Aller en Israël, c’est aussi une question de mémoire, de devoir de mémoire. ».

Juliette Gréco avec Bertrand Dicale – Conférence de Presse

Le Printemps de Bourges continue jusqu’à mercredi soir. La programmation à venir est accessible ici.


Lire l'article complet, et les commentaires