L’étrange alchimie du spectacle vivant

par C’est Nabum
samedi 13 octobre 2012

Pour moi, Émily n'est pas sortie de sa cage …

 

En direct du Festival de Travers

Pour apprécier un spectacle vivant, les qualités de l'artiste ne sont pas seules en cause. Bien des éléments viennent altérer le jugement du spectateur. En ce jeudi soir, Festival de Travers oblige, je suis allé à la rencontre d'Émily Loizeau. Il est difficile de trouver programme plus alléchant. Pourtant au terme de cette soirée, je suis rentré bien las et sans être entré dans la magie de la dame.

Il y a d'abord l'état du spectateur lui-même. Il faut savoir rendre à Nabum ce qui lui revient. Un mal au dos tenace ( ce qui n'est pas anodin dans ce cas-là) et la perspective d'une longue journée de travail le lendemain (les hasards de la programmation). De tout cela, rien ni personne d'autre que le spectateur n'est responsable.

Puis, il y a la salle de spectacle. Celle de Saint Jean de Braye est en la circonstance fortement décommandée à qui souffre du dos. Si par malheur, l'épave qui veut continuer à se croire jeune en allant au spectacle, a quelques légers problèmes d'audition, il découvre alors une salle à l'acoustique incertaine et aux décibels ravageurs. Le confort n'étant pas au rendez-vous, la suite s'annonce délicate …

L'étroitesse de la scène ensuite, élément hélas non modifiable donne une impression d'étouffement. Le spectacle a besoin d'aise, le spectateur aime aussi prendre les siennes. L'aspect visuel est un aspect indispensable de l'art de la scène. Les bons jeux de lumière n'y purent rien, le manque d'espace réduisait ce plaisir de l'œil.

La programmation peut aussi vous jouer bien des tours pendables. Une première partie, quand elle existe, peut être une belle entrée comme un choc si terrible qu'elle vous écarte de votre destination initiale. Parfois, c'est une révélation qui vous cloue sur place et laisse bien terne la tête d'affiche, d'autre fois, c'est si ennuyeux que la vedette s'en trouve magnifiée.

Cette fois, rien de tout ça. La prestation ultra vitaminée de Charles Baptiste d'Oloron Sainte Marie nous entraîna sur les chemins de la variétoche assumée et exacerbée. De l'énergie à revendre, un piano fracassé, des paroles qui s'envolent sans laisser de trace mais du rythme et du plaisir facile. C'était drôle, parfois exaspérant, toujours entraînant mais certainement pas préparatoire au monde onirique d'Émily Loizeau.

La suite prouva que je n'étais pas ce soir-là en mesure de franchir le pas, de passer d'un mode de paillette à un univers poétique. Je suis resté sur le bord du chemin. La petite chanteuse miraculeuse ne sut me tendre la main à moins que ce fut moi qui fut incapable de la saisir et je le regrette bien.

Par moment, j'ai vu que je manquais un beau voyage. Il eut fallu pour ça entendre toutes les paroles, les comprendre aussi. Manifestement, les plus beaux textes étaient en anglais. Ma méconnaissance de la langue associée à la faiblesse de la sonorisation me laissèrent à moitié assoupi sur mon fauteuil tout comme un confrère somnolant, hélas pour lui, spectateur du premier rang …

Et puis il faut bien l'avouer, l'orchestration, parfois ajoutait à la confusion sonore. Les morceaux qui prenaient le parti pris du volume et de la puissance n'arrangeaient rien. Alors que quand tout au contraire, le groupe choisissait la douceur et l'harmonie, il nous ravissait. Hélas, ce furent souvent des textes en anglais qui justifièrent ce changement de ton. Je n'avais pas l'oreille à comprendre les poèmes de William Blake. C'est bien dommage !

Quant au final, Émilie se tourna vers l'ami Victor Hugo et un chant à Capela, ce fut merveilleux. Ces musiciens enfin à l'unisson, le bruit oublié, je pouvais apprécier le talent incontestable de la dame tout en déplorant de n'avoir pu, ce soir là, pour de multiples raisons, partager pleinement le bonheur si fragile d'un spectacle vivant.

Confusément sien.


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