L’odyssée de Pi : un conte philosophique à la beauté confondante

par Ariane Walter
mardi 18 décembre 2012

Le dernier film de Ang Lee arrive chez nous précédé d’une réputation flatteuse et annoncé par une affiche assez plate qui ne donne pas trop envie de le découvrir. C’est ainsi que je l’ai raté une première fois. (C’est en ce moment, en France, la série des avant-premières.)

Et pourtant…Si vous avez un film à voir et un seul, c’est celui-là. Si vous n’avez pas dix euros à mettre sur cette séance, ne mangez pas de quelques jours, il n’y a rien de tel que le jeûne pour booster le corps et offrez-vous un des plus beaux cadeaux que le ciné nous offre en cette fin d’année.

Je suis stupéfaite.

Le scénario est inspiré d’un roman de Yann Martel, auteur canadien. (Lequel roman avait été refusé par de nombreuses maisons d’édition.) Qu’une grosse boîte de production lisant ce scénario humain et intelligent, philosophique et mystique, ait dit : « On y va », je n’en reviens pas. On doute tellement de l’humanité à voir toutes les horreurs, toutes les bassesses, toutes les indignités que les uns et les autres nous offrent, tous ces films vulgaires et violents, destinés à un public pop-cornisé, que là, toutes les conditions de l’art étant réunies, je reste fascinée par ce que j’ai vu et ressenti.

Parlons tout d’abord de la 3D. Je ne suis pas une fanatique de cette technique, amusante, certes, mais qui ôte de la poésie à l’ensemble et se fait trop remarquer. On se prend à sortir de l’histoire pour dire : « Ah ! Tiens ! L’oiseau vole jusqu’à nous ! » Bref le commentaire interrompt cette immersion totale qui est la marque du plaisir narratif.

Ici la 3D est utilisée comme elle ne l’a jamais été. Je n’imaginerai pas de revoir ce film sans ce procédé. (Alors que pour « Avatar » j’avais préféré une vison classique.) Tant et tant d’occasions de nous émerveiller par des surprises visuelles dont une, le leit-motiv de l’œuvre, est éblouissante de beauté et de sens.

Le sens.

Voilà ce qui fait la force de ce film.

Quel est le sens de la vie ? Le sens de nos aventures ? De notre imaginaire ? Ce qui est incroyable c’est que l’histoire ouvre plusieurs pistes et ne conclut pas, laissant chacun libre d’interpréter.

Je ne fais pas partie de ceux qui racontent le film. (Impossible d’être engagée chez « Télérama » !!) Je ne veux même pas parler de l’histoire. Le plaisir de la découverte, de la surprise est celui de la vie.

Je dirai simplement, pour finir, que ce film nous traverse jusqu’à nos blessures les plus secrètes, nous arrachant des larmes que nous avions retenues et que là, sous le feu de la beauté et de cette communion des peines qui est le propre de l’Art, nous abandonnons, ne pouvant même pas les nommer, libérés, humanisés.

Oui, c’est un film humain.

A quelques jours de la fin du monde, je sais que l’homme n’est pas fini.

Quand une équipe, en un temps de décadence putride, arrive à dormir une telle œuvre, c’est pour donner du courage à tous. Pour dire que l’intelligence est capable de tout vaincre.

Je suis illuminée de cette certitude.


Lire l'article complet, et les commentaires