La croisée des chemins

par C’est Nabum
mercredi 4 octobre 2017

Comment ne pas se retourner ?

Il est des moments que l’on redoute tout en sachant dès le départ qu’ils sont inéluctables. Vous avez beau vous dire qu’il ne sert à rien de s’en inquiéter, qu’il faut accepter l’inévitable, prendre ce tournant avec philosophie, quand le carrefour se présente à vous, le cœur bat la chamade et le temps des regrets s’impose à vous.

Vous ralentissez le pas, cherchant alors un moyen de contourner le problème, de rester en suspens afin que rien de définitif n’arrive. Vous faites une halte, une pause qui espère arrêter la fuite éternelle du temps. Vos songes vous poussent dans une autre époque, celle d’un chemin parsemé de roses. Celui qui se présente à vous est couvert d’épines, le paysage a été bouleversé.

Vous saviez que cette époque merveilleuse ne pouvait durer. Vous vous étiez convaincu pourtant que rien ne pouvait vous arriver, que vivre d’illusion et de fiction était possible à jamais. Vous alliez insouciant vers ce moment douloureux que vous vous refusiez de percevoir. Le marcheur a parfois la tête dans les étoiles et peut ne pas voir venir les gros nuages qui s'amoncellent sur sa route.

Quand le coup de tonnerre claque, quand le mot fin s’inscrit sur le rêve qui se dévidait sans que vous n'en ayez conscience, vous découvrez que vos pas vous ont éloigné de ce moment unique, que vous avez tourné le dos à ce passé merveilleux. Il conviendrait d’envisager une autre direction, d’anticiper ce qui ne pouvait se passer autrement mais vous étiez aveuglé par l’instant, vous vous laissiez porter par vos illusions.

La croisée des chemins, c’est une évidence, vous impose de choisir une nouvelle étoile, un repère dans le ciel ou bien à l’horizon pour partir d’un autre pied. Il convient pourtant de ne pas oublier ce qui était un doux rêve, il vous appartient de le ranger dans l’armoire des souvenirs, une armoire qui doit s’ouvrir avec parcimonie au risque de ne plus saisir le temps qui vient et les opportunités qu’offre toujours l’existence.

Le carrefour est dangereux, il est une sourde menace. Vous pouvez vous engager dans une impasse, choisir une route non carrossable, parsemée de nids de poule et de dos d’âne, emprunter une voie d’eau qui vous conduira au naufrage, prendre la poudre d’escampette en tombant dans tous les pièges, marcher les yeux fermés pour confier votre destin à l’aléatoire. Vous devez ouvrir les yeux, prendre garde de ne pas laisser filer le train, donner des priorités qui sont nouvelles et choisir enfin une bifurcation et s’y tenir.

Se retourner serait alors la pire erreur. En agissant ainsi, vous oublieriez de regarder où vous posez votre pas. Il y aura forcément des cailloux sur la route, des ornières et des fossés, des bons compagnons et de mauvaises rencontres, des sollicitations douteuses et de belles opportunités. C’est l’esprit dégagé, la tête haute, le pas assuré que vous suivrez votre voie. C’est ainsi qu’il convient d’avancer sans connaître le terme du voyage.

Ne cherchez pas à prendre un chemin de traverse, il ne retournera pas de là où vous venez. S’il est escarpé, si sa pente est rude, si son tracé est incertain, s’il semble conduire vers des territoires inquiétants, c’est peut-être celui qui mènera vers le nouveau bonheur, une aventure plus belle encore ou simplement différente. Rien n’est jamais aisé dans l’existence, les tapis rouges sont des fausses pistes aux promesses vaines. Plus c’est dur, plus la voie est prometteuse.

Alors, ayant fait le point, visionné une dernière fois ce qui fut une bel épisode, vous partez en sifflotant vers une nouvelle destination, le cœur certes lourd du passé qui s’étiole mais l’espoir chevillé au corps que de nouveaux lendemains vous enchanteront. Faites donc confiance au vent, il vous poussera délicatement, faisant de chaque enjambée, une promesse future. Bon voyage, la route n’est jamais certaine mais c’est en cela qu’elle est enchanteresse.

Marcheusement sien.


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