La petite robe bleue, de Mara Serrano

par Pelletier Jean
lundi 25 février 2013

Raconter des « histoires » tel est le but de la majorité des écrivains. Mara Serrano ne déroge pas à la règle. Avec son troisième roman elle maîtrise l’art de la promenade narrative. Le temps ne s’écoule pas … il se traverse, il se divise, il s’improvise. Luc Rivière en est l’âme, une âme généreuse, calme et énigmatique, qui pèse de tout son poids dramatique sur la narration.

Un roman c’est aussi un univers…La petite robe bleue ouvre le bal du souvenir, des souvenirs tissant un réseau souterrain, prêts à raconter une autre histoire, celle de derrière les lignes, là où se construisent les secrets. L’univers carcéral, le cinéma, l’écriture, la guerre, les êtres aimés sont convoqués au rendez-vous des mots. Et c’est sans urgence avec un style incisif qui se veut précis, ignorant la grandiloquence que Mara Serrano place ses pions.

L’ordre du récit peut sembler troublant, les séquences ne délivrent pas toujours leur raison d’être, c’est, convoqué au trouble de l’écrit, que le lecteur lève au fur et à mesure le voile du sens. Les énigmes s’effacent et laissent la place à un profond sentiment de vraie humanité, authentique, tournée vers les autres.

De la guerre au festival de Cannes, les grandes figures de la France sont convoquées au fil du livre. Mais le vrai décor, celui qui nous parle et nous émeut, c’est celui de la cellule de 11 m2 où l’histoire va se reconstruire peu à peu, pas le procès pour meurtre qui s’instruit aussi, mais l’histoire, la vraie, celle des objets et des lueurs au fond de la mémoire où vivent encore les « l’inflexion des voix chères qui se sont tues » (Paul Verlaine – Mon rêve familier).

Toute vérité se mérite, telle et la leçon de ce beau livre, elle se mérite au prix d’une vie, elle se mérite au fur et à mesure que la lecture de la petite robe bleue se déroule, tel un fleuve, avec aussi ses torrents et ses retours aux sources, ses jaillissements.

Mara Serrano, après Violon Seul et Coups de foudre, entre dans la littérature avec, selon ses propres aveux, un penchant pour Simenon. Elle a bien appris du Maître l’art de parler simplement des gens avec vérité et engagement. Elle a aussi retenu la leçon sur l’écriture… un fil mécanique, pendulaire, avec la précision de l’horloge et que rien ne détourne de sa route.

 

Mara Serrano, La petite robe bleue, éd. Baudelaire, 2012, 16 €

Mara Serrano, Violon seul, éd. Bénévent, 2009, 15 €

Mara Serrano, Coups de foudre, éd. Baudelaire, 2010, 13 €


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