Le cycle mystérieux de la métamorphose

par jack mandon
mercredi 21 novembre 2012

« Ce que la chenille appelle la fin du monde, le sage la nomme papillon »
La métamorphose donne le sentiment d'un saut qualitatif, elle révèle l'altérité dans l'identité, elle est la conjonction de l'artifice et de la réalité.

Métamorphose

du papillon.

 

Les philosophes nous suggèrent,

« La métamorphose est la conjonction de l'artifice est de la réalité »

Le choix d'un cas relativement unique, Michaël Jackson peut illustrer avec beaucoup de force, la part interventionniste de l'humain, effet artificiel culturel, dans le remodelage morphologique.

Le choix très répandu, de la chenille et du papillon, magique labeur où la nature distille ses secrets, ses charmes et sa poésie, la réalité.

La conjonction des deux inspirations et interactions nous parlent à merveille de l'artifice est de la réalité conjointes dans la métamorphose.

 

Mais tout cela n'est que le prolongement d'une infinie interrogation qui nous trouve aussi désemparés que le petit prince sur sa planète.

Au commencement et même, avant le commencement ?

Les poètes et les philosophes façonnent les mots et leurs sens comme des luthiers

leurs trouvailles sonores. Ainsi nous bercent-ils de charmantes sérénades, quant au fond notre ignorance décuple au fil des illuminations.

 

Au commencement, Ovide dans ses Métamorphoses

Mon esprit me porte à parler des formes changées en corps nouveaux.
Ô dieux, vous qui êtes responsables aussi de ces mutations,


inspirez mon entreprise et accompagnez un chant qui aille
sans interruption de la première origine du monde à nos jours.

 

Avant la métamorphose, le chaos.

Avant que n'existent la mer, la terre et le ciel qui couvre tout,
la nature dans l'univers entier ne présentait qu'un seul aspect, que l'on nomma Chaos. C'était une masse grossière et confuse,rien d'autre qu'un amas inerte, un entassement de semences de choses, d'éléments divisés et mal joints.

Et voici le lieu et le moment de convergence de toutes les interrogations.

Le « big bang », enfin l'onomatopée salvatrice !...crac,pim,pam,poum et tout s'éclaire. Dans cet univers encore chaotique, la matière s'organise, se stabilise, s'harmonise. Les organismes augmentent d'une façon exponentielle et l'espèce animale apparaît. (voici bien l'artifice du langage )...cependant, des millions d'années ont participé à cette formidable explosion innommable universelle.

Les philosophes nous disent alors : A partir de la forme il y a l'être.

Voici la création, un désir sidéral, sidérant. Pourquoi le « big bang » a-t-il enfanté l'homme ?

L'univers fait-il du sentiment ? C'est notre univers, il réfléchit nos attentes viscérales maternelles, nos désirs identitaires profonds.

A la question : Pourquoi le réel est une suite de métamorphoses ?

Tout change constamment, les mers, les continents,les nuages, la métamorphose est un tout en mouvement permanent. Dans un même temps, la faune, la flore et l'espèce humaine sont entraînées dans cette mouvance cosmique.Et pourtant, à travers nos métamorphoses successives nous nous reconnaissons et la vie ne cesse de reproduire ce mouvement initial.

Dans cette alchimie galopante il est des moments dont la révélation est fracassante. Le Sagittaire astrologique, le Centaure, porte témoignage d'une curieuse destinée.

Et le philosophe de nous dire : « La métamorphose révèle l'altérité dans l'identité ». L'homme ressent et voit en lui la puissante énergie animalière dans un galop aérien que Pégase connaît. L'animal se prolonge d'un archer jupitérien musculeux aux martiales intentions. « L'hybridité est alors une métamorphose arrêtée ».

Dans le meilleur des cas une telle chimère, si elle est harmonieuse prend son véritable sens, elle devient « la métamorphose qui donne le sentiment d'un saut qualitatif. » Mais elle peut prendre l'identité d'une métamorphose dramatique, comme celle d'Icare fils de Dédale qui tente de s'extraire du labyrinthe par le ciel dans une métamorphose artificielle. Ces ailes de cire vont fondre à l'approche de l'astre solaire. Cela fait naître le malaise, l'étrangeté, l'aliénation.

Le sage nous dit : « l'altération conduit à un constat d'une altérité. »

La métamorphose la plus connu et la plus spectaculaire est celle du papillon à partir de la chrysalide, elle est valorisante et produit le sentiment d'un saut qualitatif. La grâce, la légèreté, la fluidité, la délicatesse et le chromatisme du papillon contrastent heureusement avec le machin apathique, fibreux et poilu de la chrysalide qui n'a de charme et de magie que le nom, tant il évoque l'âge féerique de l'enfance.

Et voici un cas unique, celui de Michaël Jackson, qui dans son art et dans sa propre chair imprime tous les genres et les époques de la métamorphose.

L'expression artistique, Thriller où il apparaît reconnaissable et méconnaissable, icône de la modernité et de l'antiquité, se transformant en loup garou.

Chez Ovide, le lycaon transformé en loup par Jupiter, une lointaine inspiration.

Sa négritude mal vécu le conduira à devenir l'autre, pour un afro-américain, l'autre,

c'est le blanc. Jugé par un tribunal peu éclairé, il sera accusé de pédophilie. Cloîtré dans sa phobie du syndrome de Peter Pan, Le désir du retour à la pureté des tout petits peut arracher des larmes, tant cela souligne sa grande vulnérabilité et sa fragilité mentale. Le prince du royaume des enfants, de la fable et du conte.

Dans la métamorphose du papillon on peut rêver qu'il naquit papillon, solaire, de jour et lunaire, de nuit, mais qu'il ne connut jamais l'état rampant de la chenille.

Atypique métamorphose, sans chenille ni chrysalide, inconnue au registre du ciel.

La juxtaposition des visages, relatant sa courte et fulgurante vie, nous parle du même personnage, stupéfiant dans ses différences et contrastes. C'est la dilution de la métamorphose, une conjonction contre nature, On peut être contre nature sans être hostile à la nature. Ni noir ni blanc, fabriquée, amorphe, un spectre blafard rappelant l'idée que l'on se fait de la mort. Il est permis de penser que dans sa douce folie, il fit don de son corps à l'art, ce fut comme un acte sacré et sacrificiel. L'irréversibilité dont on ne sait si elle s'inscrit dans l'involution ou l'évolution, me rappelle un détail d'importance, un certain déplacement spatial.

Le moonwalk (de l'anglais « Moon », qui désigne la Lune, et « walk », la marche), appelé aussi back-slide, est un mouvement de pas glissé du breakdance popularisé par le chanteur Michael Jackson. Lorsque par inadvertance il touchait le sol, il poursuivait sa marche illusoire, inversant artificiellement le sens de la métamorphose imposé par le mouvement spatial lunaire.

 

La lune, Hélène, la matrice, la reine de la nuit, la prêtresse, la sorcière, l'anima et star de la métamorphose, révèle son empreinte ambivalente. Fantasque, entre exaltation et dépression, elle trône à son Ascendant Poissons.

Au zénith, dans le panache du sagittaire flamboyant, Saturne-Chronos, un surmoi écrasant, signe une grande solitude professionnelle.

Son alter ego solaire, sa relation aux autres est trompeuse. Elle illumine et fascine, la création séduit, mais Michaël masque une grande inquiétude, un manque de volonté, de continuité dans les projets qu'il voudrait mettre à exécution, il se sent faible, au fond il est simple, modeste et servile.

Dans son thème, les axes horizontaux et verticaux, mutables, répondent à la plus grande flexibilité, mobilité, plasticité, toute sa vie d'homme et d'artiste.

La métamorphose arbore au fil du temps des masques de Persona qui s'efforcent de dissimuler sa véritable nature intime. Je connais aujourd'hui un autre aspect de sa fragilité et je sais maintenant pourquoi il ne survécut pas à son icône étoilée tombée d'un nid galactique.

La métamorphose artificielle, chirurgicale, fit une conjonction dévastatrice avec la métamorphose de la réalité de l'âme qui fut rendu inconsistante.

Dans sa vie artistique fantasque et créative il connut la métamorphose de l'homme en loup et visé-versa. Ce qui nous parle d'une métamorphose réversible. Dans sa vie humaine il se lança un défi audacieux et chimérique, il tenta de retrouver la beauté délicate de son enfance, il rencontra sans retour le masque blafard de la mort, ce fut sa dernière métamorphose, irréversible.

 

Au zénith de son thème et de sa destinée, Saturne-Chronos, synchrone, se métamorphosa en faucheuse impitoyable, l'ultime irréversibilité fut scellée.

 


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