Le lieutenant Colombo Útait Franc Mašon

par Babar
mardi 2 mars 2010

Dans Un maçon franc, « récit secret » qu’il publie ces jours-ci (éditions l’Alphée) Christophe Bourseiller raconte son initiation et son compagnonnage au sein de deux loges maçonniques.

Il ne s’agit pas de l’autobiographie d’un repenti pas plus que d’un plaidoyer pro domo ni d’une attaque en règle de la Franc Maçonnerie, mais de l’itinéraire d’un enfant du siècle en quête de spiritualité.

Décrivant par le menu les rites et les agapes il s’attarde aussi sur les rivalités et les luttes de pouvoir internes qui sont l’apanage de toute société humaine.

Bien qu’il prenne soin de ne jamais dévoiler l’identité de ses frères et de maquiller leur prénom, certains de ses portraits sont parlant...

En fermant Un maçon franc, dernier livre en date de Christophe Bourseiller, on ne peut s’empêcher de penser que ce type a eu une drôle d’existence. Rien de péjoratif dans ce mot - « drôle » - plutôt de l’admiration. Disons qu’a 53 ans il a eu une vie bien remplie.

Les cinéphiles savent qu’il a tourné avec Yves Robert, son mentor (premier rôle dans La Guerre des boutons, en 1962) puis avec Godard, Lelouch, Jacques Demy, Ribes jusqu’à Liza Azuelos (réalisatrice de LOL), en 2009.
 
Une constante et honnête carrière d’éternel second rôle ponctuée de succès : Les uns et les autres, Un éléphant ça trompe énormément, P.R.O.F.S... Une carrière de comédien, au théâtre, également, bien moins fournie.

Le public des salles obscures ne sait pas forcément que Christophe Bourseiller, avec sa bouille ronde et ses lunettes d’intello (il doit porter des lentilles, désormais), étudie de près les mouvements politiques extrêmes et qu’il leur a consacré, de la gauche de la gauche à la droite de la droite, quantité d’ouvrages passionnants.
 
Bourseiller a également été journaliste (je me souviens que je le lisais dans feu Sept à Paris) dans la presse écrite et à la radio, qu’il est prof à l’Institut d’Etudes Politiques et éditeur. Un type curieux, donc, dans toutes acceptions du terme. On a envie d’en savoir plus sur lui. Ça tombe bien car dans Un maçon franc il n’est pas avare de confidences.

Car ce qu’ignoraient ses admirateurs et lecteurs, c’est que Christophe Bourseiller a été Franc maçon. Il est entré en loge en 1984 et en est sorti en 2000. Frère pendant seize ans, il l’avait toujours caché et le révèle dans un petit livre (par la taille) fort bien troussé qui dessine en filigrane le portrait d’un jeune homme des années 80. Les aînés ont fait 68, mais nous, quel est notre titre de gloire, s’interroge Bourseiller au début de son « récit secret » (appellation ironique puisque le livre est voué, comme tout ce qui porte aux Frères Maçons, à un grand succès).

Soyons clairs. Un maçon franc n’explique pas comment entrer en loge (c’est d’ailleurs très simple), ne dévoile rien des rituels grandiloquents, bref ne révèle rien sur la Franc Maçonnerie et ses diverses obédiences que l’on ne sache déjà.
 
Son mérite est de raconter à la première personne comment un jeune homme désorienté et en quête de spiritualité trouve son Orient. Interviewé par David Abiker sur France Info il explique que la Franc Maçonnerie, « ce n’est pas ce qu’on dit : on la décrit comme une histoire de réseaux, de pouvoirs, moi j’ai vécu une vie spirituelle ». C’est un peu l’auberge espagnole et chacun y apporte ce qu’il peut.

Il replace aussi la Franc Maçonnerie, objet de tous les fantasmes, à sa place, celle d’une société composée d’hommes, avec des problèmes d’hommes, donc, comme disait Léo Ferré, « des problèmes de malentendus ». Avec des conflits personnels, des individualités parfois incompatibles entre elles.
 
Des travers dont il se moque sans méchanceté. Bourseiller n’appartient plus à une loge, mais on ne rompt jamais vraiment avec la Franc maçonnerie une fois qu’on a prêté serment.
 
Il n’explique pas foncièrement comment, jeune militant anarchiste il se met en quête de la déité. On sent des influences conjuguées. Celle de sa mère, notamment, admiratrice des maçons.
 
Peut-être, sans aller plus avant dans la psychologie de bazar, mais tout de même bizarrement occultée ici, celle de la recherche du père. On note également cette peur typique de l’époque : « Le monde se trouve agité de soubresauts curieux. 1984 suscite pléthore de fantasmes. Tandis qu’on célèbre George Orwell, les voyants annoncent à l’unisson la fin programmée d’un monde. Doit-on se moquer des Cassandre de pacotille, ou la conjoncture astrale est-elle réellement propice à l’Apocalypse  ? »

Disons-le tout net son récit est cocasse. Je ne sais pas si l’auteur s’était fixé ce but, mais c’est assez drôle de le voir tomber et naviguer vaille que vaille dans une loge qui paradoxalement prône la pensée de Julius Evola.
 
Cet ultra-fasciste notoire et pourfendeur de la Franc Maçonnerie n’est évidemment pas la tasse de thé de Bourseiller qui résistera pendant six ans, mais qui finira par abandonner cette loge pour en rejoindre une autre plus ouverte.

Lorsqu’il parle de ses frères maçons l’auteur ne cite évidemment aucun nom et maquille les prénoms. Ses portraits sont vifs et parfois proches de la caricature.
 
Malgré toutes ces précautions Bourseiller commet un impair. Il est de tradition pourtant de ne pas révéler l’identité des Maçons.
 
Mais l’on est surpris lorsqu’on lit ceci, à la page 100 d’Un maçon franc : »Roger exerce également la profession d’acteur. Il est surtout fameux pour incarner à la télévision la doublure française d’un inspecteur américain. Quand il ouvre la bouche en loge, on se croit subitement transplanté dans une série policière... ».

Il ne faut pas être doué d’une formidable perspicacité pour deviner que derrière Roger se cache Serge Sauvion alias la voix française du lieutenant Colombo.
 
Pas très fraternelle, cette révélation. Mais enfin, de là à penser que Colombo était Franc Maçon...
 
Crédit Photo : Peter Falk (à gauche) et sa voix française, Serge Sauvion (à droite)/ une tortue



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