Les 8 salopards : Tarantino n’est pas sorti de l’auberge

par Gwendal Plougastel
mercredi 6 janvier 2016

Pour son 8ème opus, Les 8 salopards, Quentin Tarantino s’est essayé au film-somme, sorte de synthèse de l’ensemble de son œuvre. Si ce western polaire recèle tous les ingrédients qui ont fait le succès de QT, force est de constater que celui-ci, pour la première fois, semble commencer à tourner en rond.

3 ans après le mémorable Django Unchained, l’enfant terrible d’Hollywood, Quentin Tarantino revient donc aux affaires, et ce toujours en mode western, mais cette fois-ci post-guerre de sécession. Il nous offre ainsi Les 8 salopards, un huis clos tendu sur fond d’avis de tempête.

Polar polaire

Bloqués par le blizzard, 8 inconnus, à la fois si différents (hommes, femme ; blancs, noir ; hommes de loi, bandits…) et si proches (tous des salopards !) vont devoir cohabiter une soirée durant dans un refuge de fortune. Mensonges et bain de sang seront de la partie dans cet aller sans retour au bout de la nuit.

Le pitch du film rappelle Reservoir Dogs, le décor rappelle Django : pour son 8ème film, c’est comme si Tarantino avait voulu compresser toute son œuvre en une seule. Pour appuyer un peu plus la chose, le réalisateur s’est entouré d’acteurs qu’il a croisés tout au long de sa carrière.

Acteurs studieux

Si Samuel L Jackson écrase le long-métrage de son charisme et de son timbre de voix inimitable, la composition mémorable de Walton Goggins, en shérif halluciné, fera date. Et que dire de Jennifer Jason Leigh, impressionnante en femme aussi victime que coupable.

Déception en revanche pour Tim Roth, qui semble n’être qu’une pâle copie de Christopher Waltz version Docteur Schultz, et pour Michael Madsen, très neutre, et dont la nouvelle coupe en fait une sorte de sosie brun de Marine Le Pen.

Micro climax

2h45 durant, Tarantino fait bavarder tout ce beau monde avec la plume qu’on lui connaît, et avec comme toujours, des giclées de violence qui viennent s’y interférer. Son modus operandi en somme. Cependant, on ressort plutôt frustré du visionnage, en raison de l’excitation ressenti à la lecture du pitch initial. Dommage en effet qu’il ait fallu près d’une heure aux salopards avant d’entrer dans la mercerie. Le huis clos aurait en effet pu en être encore valorisé. Pour Les 10 petits nègres, on repassera…

Ainsi, peut-être qu’à trop s’appuyer sur ses atouts habituels (longs dialogues, aller-retour dans le temps, narration, humour noir…), Quentin Tarantino en a oublié en passant qu’un film culte ne se décrète pas. Pas plus qu’une scène culte d’ailleurs. Même quand on est coutumier du fait.

Les 8 salopards est une œuvre de caractère certes, mais qui manque de scènes mémorables. De dialogues qu’on ressort en sortant de la salle. Bref, de ce qui fait entrer dans la légende du cinéma. Ne lui en voulons pas, il reste à Tarantino encore deux films avant de prendre une retraite bien méritée, certes précoce. Mais méritée, vraiment. Alors, après nous avoir offert la 7ème merveille du monde avec Django, après s’être légèrement vautré dans le grand 8 avec ces Salopards, attendons à présent que Quentin Tarantino nous offre du neuf avec le 9.

Gwendal Plougastel


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