Les trésors cachés d’Orléans

par C’est Nabum
mercredi 30 janvier 2013

Le Bonimenteur fait le guide

Visite Express

Une charmante jeune demoiselle vint s'aventurer un après-midi auprès de quelques dangereux mariniers de Loire. La dame avait une mission, une quête magnifique, elle était à la recherche des trésors cachés de chez nous. Elle avait sans doute la main heureuse, ne venait-elle pas de découvrir les plus curieux joyaux de la cité ?

Nous ne tardâmes pas à l'étourdir de nos propos hâbleurs et de nos bonimenteries furieuses. Elle avait trouvé la caverne des bateliers de Loire : seigneurs sur l'eau et gueux sur terre. Il lui suffisait d'ouvrir les yeux et les oreilles pour piocher dans la malle aux trésors oubliés. Car, de trésor caché, n'espérez rien savoir de plus que ce que nous disent quelques contes déjà connus de vous : « La Pierre Crapaud » ou « le legs à la Loire ».

En Orléans, il y a bien sûr un trésor magnifique, un trésor fabuleux que la ville partage avec tant d'autres d'ailleurs et qui, tout comme elle, l'ont pour beaucoup oublié. C'est notre Loire qui coule en majesté et à laquelle que tant de communes ont tourné le dos. Merveille des merveilles, elle s'est trouvée boudée par des hommes qui n'en avaient désormais que faire.

Oubliés les temps glorieux du commerce fluvial, de la pêche abondante, des activités artisanales autour des moulins, du ramassage du sable, de la traversée des bacs .... Le chemin de fer, les progrès technologiques avaient jeté aux oubliettes toutes ces activités qui faisaient alors le bonheur et la rudesse parfois du peuple ligérien.

Sacrifiée une longue période les eaux de la rivière, devenue un vaste égout nauséabond, il fallut bien des efforts, des travaux et des aménagements pour qu'elle retrouve un aspect fréquentable. Hélas, des pollutions sournoises et nouvelles viennent encore modifier son fragile équilibre ; des envahisseurs nouveaux, des produits chimiques que sa nouvelle clarté ne trahit pas.

Effacés par les temps, les indices mariniers, les maisons des marchands, les ancres à double anneau, les marques de nos crues, les entrepôts du commerce d'alors. Comme si partout, les habitants avaient eu la volonté de tirer un trait, d'oublier une période qui avait débuté bien avant notre ère pour s'éteindre définitivement au début du siècle précédent.

Seuls les anneaux sur les quais avaient résisté vaille que vaille. Ils étaient les derniers témoins d'un passé glorieux auxquels les hommes avaient inexorablement tourné le dos. Il ne restait que quelques pierres, vestiges d'un temps glorieux, d'un passé qui fit de la ville, le plus grand port intérieur du royaume.

Mais comment retrouver ces traces effacées. Les bombardements avaient achevé le travail d'amnésie. La ville avait été martyrisée et seules quelques rares demeures échappèrent à l'anéantissement du passé. Nous conduisîmes notre curieuse, par la Loire, jusqu'à une bâtisse incroyable, miracle d'opiniâtreté et de chance : « Les trois maillets ».

Puis ce fut la maison de la coquille, rendez-vous des pèlerins de jadis, rescapée elle aussi alors qu'elle était au pied du pont Royal, cible des bombardiers de l'époque. Dans le vieil Orléans d'autres maisons encore avaient survécu. Chacune portait des traces de ce passé, des indices qu'il fallait chercher, des gravures, des marques marinières, des initiales racontant une belle histoire.

Les noms des rues d'ici, quand elles ont échappé à l'orgueil des hommes qui veulent toujours s'attribuer tous les mérites racontent eux aussi les belles heures du passé. « La chèvre qui danse » ou « Les Sept dormants », « La main qui file » ou « Les bons enfants », « Le poirier rond » ou bien encore « Le fil de soie » ont échappé au délire des importants qui ont même osé donner le nom d'un bourreau (Thiers) à une rue de la ville. On a oublié la « Rue du poids du Roy », il reste heureusement « La Bascule », « L 'Écu d'or », « La vieille levée », « Les tonneliers », « Les Chalands »,... pour conserver encore de lointaines traces de ce qu'il semble falloir oublier.

Notre journaliste prenait des notes, la ville dévoilait son trésor retrouvé, épargné, ressuscité. La rivière avait échappé à l'oubli. Il était possible de redonner vie à ce qui fit jadis gloire et fortune, grandeur et aventure, beauté et courage. J'espère qu'elle aura compris que les gens d'ici, même après toutes ces années d'indifférence supposée ne peuvent se passer de sa compagnie Un chagrin, une contrariété, un changement de temps, la monté des eaux, le soleil revenu, la neige sur la ville et ils sont tous à se donner rendez-vous en bord de Loire, le seul trésor de notre ville.

Journalistiquement vôtre.

 


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