Observations sur la francophonie tirées des correspondances du roi du Cambodge

par D’Espeyrac
mardi 27 octobre 2020

Le Cambodge fut un protectorat français de 1863 à 1963. Même si la langue de Molière y semble aujourd'hui en perte de vitesse, au profit de l'anglais et, probablement, du chinois, le souverain khmer reste un francophone aguerri, et même, incontestablement, un francophile. Avant d'accéder au trône, à contrecoeur, il fut écolier au Lycée français de Phnom Penh puis professeur de danse classique à Paris. De sa correspondance avec ses homologues étrangers, majoritairement rédigée en anglais, on tire quelques observations intéressantes. 

Quelques observations rapides sur l'usage du français au Cambodge et dans le monde, tirées des correspondances du roi du Cambodge, Norodom Sihamoni, avec ses homologues étrangers.

De façon naturelle ou assez logique, celui-ci s'adresse en Français au Président de la République française, au roi des Belges, à la présidente de la Confédération suisse, au président du Liban ainsi qu'aux présidents des Etats africains francophones.

Déjà moins évident, la correspondance est en français également quand il s'agit du gouverneur général du Canada, du grand-duc du Luxembourg, du Pape, du roi d'Espagne, du président italien, du roi du Maroc, du président du Portugal, ou encore du président du Vietnam.

De façon encore moins intuitive a priori, le français est également utilisé avec le président cubain, la présidente grecque ou le roi de Suède. A noter, par contraste, que le président mexicain reçoit bien une lettre en anglais (en dépit de l'usage de l'espagnol, langue latine, au Mexique). Autre exemple, malgré une présence soviétique importante dans le passé, Vladimir Poutine n'a pas droit à des politesses en russe, mais bien en anglais. Son homologues chinois, en dépit d'une sinisation croissante du Cambodge, accompagnée d'installations de troupes militaires (à Sihanoukville), n'a pas davantage droit à des courtoisies en mandarin. 

   Le français reste l'une des deux langues de travail de l'ONU, au même titre que l'anglais. Certains de ses Etats-membres, souvent d'appartenance linguistique latine, demandent ainsi de la documentation en langue française.

On peut avancer d'autres explications pour certains des autres cas cités plus haut. Concernant le roi de Suède, il appartient à la maison Bernadotte, qui n'est autre qu'une famille de la noblesse impériale... française (le maréchal d'Empire Bernadotte, qui servit Napoléon Ier, devint roi de Suède et de Norvège en 1818). Par ailleurs, le roi Felipe VI d'Espagne, à qui Norodom Sihamoni s'adresse en français, est un descendant de Louis XIV. Il avait, en 2015, conclu un discours remarquable en français, à l'Assemblée nationale, en citant Antoine de Saint-Exupéry. Pour l'anecdote, le chef revendiqué de la maison de France, Louis, duc d'Anjou, en est un cousin germain (en fait, une querelle parmi les royalistes l'oppose, en tant que prince des légitismites, à Jean de France, prince des Orléanistes). La présence plus ou moins résiduelle de "sang français" dans la plupart des familles régnantes ou non-régnantes d'Europe explique sans doute, plus généralement, un usage persistant du français dans les familles princières, par exemple dans la maison de Bourbon-Deux Siciles, censée régner à Naples. Quant à l'Etat pontifical, ses relations avec la France, bien qu'elles fussent parfois tumultueuses (épisode des papes d'Avignon, notamment), sont millénaires, et il n'y a probablement eu aucun souverain pontife qui ne parlât un tant soit peu français au cours de ces derniers siècles. Ajoutons enfin que le précédent roi du Maroc, Hassan II, qui avait tout du francophile ainsi que des airs de monarque philosophe, maniait la langue française avec une rare dextérité. De même, le précédent roi du Cambodge, Norodom Sihanouk, employait sans pédanterie des formules dont la sophistication nous est est aujourd'hui inconnue. 

D'aucuns feront remarquer que le français a toujours été une langue diplomatique. C'est vrai, mais à l'heure du tout-anglais, il n'est peut-être pas si anodin de détecter, ici ou là, les signes d'une certaine résilience, y compris là où les concurrences sont les plus fortes.

 

Source : Site du roi du Cambodge, en khmer, français et anglais https://www.norodomsihamoni.org/fr/correspondance/&nbsp ;

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