Peut-on Ítre esclave de soi-mÍme ?

par Florian Mazť
vendredi 31 janvier 2020

Ce petit article propose un texte collectif écrit lors d'un atelier d'écriture en philosophie. On peut le considérer comme une mini-dissertation rédigée dans un style simple et accessible. Bonne lecture !

Les gens cultivent souvent la rebelle-attitude. On n’est jamais content de rien, on se plaint de tous les gouvernements (même après avoir voté pour eux). On passe son temps à critiquer tout le monde (sauf soi-même). On prétend ne pas être esclave de la société (et on fait pareil que les autres). On roule les mécaniques en disant : « Moi, j’crois pas ce que dit la télé ! » Et une minute après, on répète ce que dit la télé. On prétend qu’il ne faut pas être esclave de la société de consommation. Et le lendemain, on fait des achats compulsifs dans les zones commerciales. Et il existe une foule d’exemples tout aussi ridicules. Notre société est composée de millions de « rebelles ». Qui disent et qui font les mêmes sottises que leurs voisins, tout en affirmant être uniques au monde.

Le secret de cette affaire, c’est qu’on est toujours esclave de soi-même. Et on est d’autant plus esclave de soi-même qu’on se croit libre, indépendant, rebelle, unique, original. A notre époque, les médias, les séries télévisées, les publicités nous poussent à désirer et consommer toujours plus, en nous montrant des personnages vivant des vies faciles, où ils n’ont rien d’autre à faire qu’à profiter de l’instant présent dans un monde irréel. Ce n’est pas le brave homme qui peine pour gagner 1000 euros par mois que les médias nous proposent comme exemple. Mais plutôt des jeunes gens avachis dans des canapés, ou bien autour d’une piscine, dans des villas de luxe.

La plupart d’entre nous veulent donc s’égaler à ces « modèles ». L’idéal de vie consiste désormais à ne rien faire dans un canapé ou autour d’une piscine. Le souci, c’est que ce mode de vie revient cher au bout du compte. Soit on a les moyens. Soit on n’a pas les moyens mais, dans ce cas, c’est le reste de la société qui paye. Les esclaves forcés du travail payent donc pour ceux qui sont esclaves consentants de la paresse. Personne ne sort grandi de cette affaire : dans les deux cas, c’est très abrutissant. Soit on se tue au travail, soit on se transforme peu à peu en légume.

L’oisiveté étant mère de tous les vices, elle est aussi mère des addictions. L’addiction, c’est le meilleur exemple pour comprendre l’expression « être esclave de soi-même ». Et il y en a beaucoup : on peut avoir une addiction à l’alcool, à la drogue, au tabac, mais aussi à internet, aux jeux vidéo, au téléphone mobile, ou encore aux séries télévisées. Voire à la mode (fashion victims). Dans tous les cas, c’est un esclavage. Mais c’est un esclavage étrange, car les vrais esclaves travaillent. L’esclave de soi-même ne travaille pas, il détruit simplement sa dignité tout en détruisant fréquemment son entourage. C’est ce que disait déjà Spinoza : « L’individu entraîné par une concupiscence personnelle au point de ne plus rien voir ni faire de ce qu’exige son intérêt authentique, est soumis au pire des esclavage. »

La déchéance de ces nouveaux esclaves est d’abord intellectuelle. Ils ont le cerveau qui rouille comme chez les héros de la télé-réalité. Puis, elle devient aussi physique. Prendre des habitudes de paresse n’est pas bon à long terme pour entretenir la forme. Une dizaine d’années plus tard, vous retrouverez les héros de la télé-réalité – et tous ceux qui leur ressemblent – complètement ramollis, en plus d’être oubliés.

A la limite, il vaut mieux être esclave du travail. En travaillant, on apprend toujours quelque chose d’intéressant. Et, au moins, on ne vit pas dans le parasitisme. Il y a ainsi des esclavages plus dignes que d’autres. On plaint l’esclave du travail. Mais on méprise l’esclave de lui-même.

Certes, nous sommes tous les esclaves de quelque chose. Les grands hommes servent des idéaux. A leur manière, ils sont aussi « esclaves » de ces idéaux. Mais, tant qu’à être esclave, il vaut mieux s’astreindre à ce qui nous élève qu’à ce qui nous rabaisse.

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