Rendez nous Jol Sria

par Yohan
jeudi 3 septembre 2009

C’est sa bio qui le dit « très mauvaise scolarité, monte à Paris pour s’installer du côté de Pigalle, nombreux petits boulots, premiers pas de comédien brisés par un grave accident le laissant à moitié paralysé, premier long métrage... interdit par la censure » ... bref ! une bio comme je les aime et qui signale en filigrane le talentueux placardisé dont on ne découvre trop souvent les mérites qu’une fois disparu sous trois planches de sapin.

Quinze ans après la nouvelle vague, Joël Séria inventait un autre cinéma, aussi paillard que romantique, de la gaudriole impressionniste et poétique, un cinéma fait pour ravir ceux qui, derrière l’humour et la démesure, savent différencier le subtil, le dérisoire humain.

Joël Séria, c’est six longs métrages - du premier "mais ne nous délivrez pas du mal (1971)" au dernier "les deux crocodiles (1987)" - suivis d’un long,... trop long silence.

La faute au milieu du cinoche et aux critiques qui ne veulent retenir que le côté sulfureux de ses "tableaux impressionnistes" crus et mordants.

Pourtant, ses beaufs à lui ne sont pas du même tonneau que chez Bigard. Ici, le cul et l’entrecuisse odorante y sont célébrés avec truculence et humanisme.

On pourra bien sûr arguer du mauvais goût, de la lubricité exacerbée, mais ce cinéma là est jouissif et aujourd’hui, je réalise combien il me manque ou plutôt, combien il manque au cinéma français.

Pour l’heure, seule oeuvre de sa filmographie à avoir régulièrement les faveurs des rediffusions télé : "Les Galettes de Pont-Aven", un film culte, qui consacre l’acteur Marielle.

Shampouineuses, VRP, videur de peep show, dépanneur de chez Frigolux, jeunes filles délurées en itinérance, galerie de portraits finement ciselés dans une France des années 70, celle de la mini jupe ras la touffe, des costards étriqués et des permanentes platine qui assèchent le poil en oubliant la racine, ode aux petites vies simples, dérisoires, souvent gâchées, en tout cas, vu de Neuilly-Passy.

Pour les interpréter, Séria mise sur ces éternels vrais/faux seconds rôles ..., de Jeanne Goupil en nymphe ingénue, en passant par Sophie Daumier en allumeuse, Andréa Ferréol en bourgeoise provinciale en surchauffe, Bernard Fresson en footeux obsédé, sans oublier Jean Pierre Marielle, le grand JPM, en VRP de la beaufitude élevée au rang de noble art.

Chez Séria, les dialogues sont cru, truculents et la verdeur du langage flirte souvent avec les limites. Jugez plutôt...

 

 
 

Road movies de gens ordinaires où petites départementales et bourgades de province sont le théâtre des crises de la quarantaine, vies effilochées, prétexte à croquer de la bourgeoise en mal d’amour et à célébrer les culs magnifiques.

Ceux qui restent imperméables aux leçons de choses de la vie de ce réalisateur, n’y voient que noirceur désespérément stérile, alors que ce cinéma là respire tout bonnement la santé.

D’ailleurs, Séria ne fait que parler des choses qu’il connaît le mieux, les milieux populaires, les mal lotis, bref des gens plus zinc que terrasse du Flore, des humains qui dorment, mangent, boivent et rigolent en rêvant d’aventures sous le soleil de Palavas-les-flots.

Les réalisateurs d’aujourd’hui suivent des formations prestigieuses, coûteuses.

Ils font partie du gratin et ne peuvent bien parler que de leur propre monde, d’où une propension du cinéma et des medias à nous conter la vie de la jet set, des milieux d’affaires, celle des bobos et des artistes hypocondriaques, avec leurs peines et leurs élans étriqués.

Dans les années 70, Sautet, Séria, Audiard nous régalaient d’une autre soupe, épicée, roborative... rabelaisienne à souhait

Alors, SVP, rendez nous Joël Seria ! Vite.....

  

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