Rodrigo Y Gabriela ont inventé le Heavy Wood !

par morice
vendredi 20 novembre 2009

Salle comble, guichets fermés ce 13 novembre à Lille, à l’Aéronef, pour la venue de Rodrigo Y Gabriela. Ambiance jeune, fort peu d’adultes cinquantenaires, à part votre serviteur et son invité (la quarantaine, encore un vieux : mon ex-voisin Patrick, en fait !), et une salle à l’atmosphère fort détendue et festive. Et une bonne découverte pour débuter, un petit bout d’énergie époustouflant appellé Wallis Bird, jeune irlandaise de 27 ans bourrée de talent, de la graine de star en évidence, arc-boutée à son énorme guitare (Martin ?), la voix forte, et des chansons de structure un peu trop complexes, qui manquent surtout de mélodie. Prise en mains par un bon arrangeur, on devrait en entendre parler bientôt de cette mini-tornade vivante. Cette fille étonnante qui a le sens du public et de la scène revient de loin : plus jeune, elle a perdu ses cinq doigts de la main gauche.... dans un bête accident domestique de tondeuse à gazon. Les chirurgiens ont réussi à lui en recoudre quatre. Née gauchère, elle a alors entrepris de jouer d’une guitare pour droitier dont elle joue donc les cordes disposées dans le sens inhabituel : et ça marche, et plutôt bien ! En prime, c’est une véritable bête de scène, mêlant humour ravageur et énergie pure ! Elle termine à terre, vidée par sa prestation ! A découvrir absolument ! Quelle boule de nerfs ! Et quel plaisir de jouer communicatif !

N’ayant vu jusqu’ici sur scène les deux lascars qu’en DVD ou sur You Tube, j’ai eu hâte, pensez-bien, depuis mars dernier, d’aller me rendre compte sur scène de ce qu’ils pouvaient bien représenter : eh bien pour tout dire, je n’ai pas été déçu, bien au contraire. Ces deux là regorgent de talent, et leur présence scénique est absolument renversante : après la prestation revigorante de Wallis et le chauffage de la salle avec du Bjork et du Heavy Metal, à 21H 40, l’heure prévue, les deux guitaristes déboulaient sur scène avec un morceau de leur nouvel album, 11:11. Un seul, ("Santo Domingo") et c’était déjà plié : le public levait déjà les bras, et applaudissait ; Au troisième on avait droit au "Diablo Rojo", dont la construction même embarquait encore davantage la salle, qui commençait déjà à se remuer le popotin, subjuguée par la notion de rythme que ses deux là dégagent. Une Gabriela sympa nous gratifiant au passage de quelques mots de français, juste avant "Hanuman" de leur nouvel album, hommage à Carlos Santana, comme au festival des Eurockéennes, à Belfort, cet été. Un des morceaux où la pédale wah-wah apparaît, dont ils font tous deux davantage usage, désormais. Leur nouveau "Tamacun", à n’en point douter ! Un nouvel album où ils revisitent leurs influences. Dont celle d’Al Di Meola.... qu’ils admirent depuis toujours. A juste raison, tant l’homme aura apporté à la musique. Le trio formé avec lui à Paris est .... absolument époustouflant !!! Profitez-en pour regarder leur matériel de scène, sur cette vidéo, identique à celui du concert de Lille. Et pour réécouter aussi du Al Di Meola, dont on ne se lasse... jamais. Sans lui, ils n’existeraient sans doute pas ! Ecoutez aussi sur la seconde vidéo le traitement du son de la guitare de Rodrigo, devenue par traitement d’effet steel-drum ! Et redécouvrez Al Di Meola, qui avait déjà fait office lui aussi de chaînon manquant en jouant aussi bien électrique qu’acoustique, en passant par la case électro-acoustique de l’époque avec une Ovation * ! Ou rachetez donc un des albums du siècle pour les vrais fans de guitare  ! 
 
J’avais eu la chance d’interviewer Al Di Meola en 1987 lors de la sortie de "Tira Mi Su", qui marquait chez lui une véritable renaissance et l’album d’une certaine maturité. L’homme m’avait littéralement enthousiasmé et son concert le soir même une pure merveille ! Réputé pourtant difficile et colérique, il avait été charmant et très réceptif ! Or cette rencontre avec une de leurs idoles n’est pas le fruit du hasard. Le côté percussions, chez Di Meola, fort présent, a exercé une influence directe sur nos deux lascars, c’est évident  et ça se vérifie ! Avec lui, c’est tout le chaînon Andalousie-musique du Haut-Nil, si riche en mélodies et en harmonies qui s’est ouvert ! Ry Cooder, qui a réussi à passer des Chieftains à en passant par Ali Faka Touré, le Mississipi, Steve Vai, et Cuba ( écoutez attentivement "Candela", vous retrouverez "Tamacun" !) sans oublier les Pahinui Brothers, nous montrant l’universalité de la musique et les liens inattendus des influences croisées ! La musique est bien universelle, et comme le dit si bien Stewie Wonder "le meilleur langage pour communiquer". Chez Rodrigo y Gabriela, ça devient "Hora Zero", par exemple ! Et pour ce qui est de s’entendre, ils s’entendent, ces deux là, avec une Gabriela qui lance toujours la machine : son assise rythmique est un tapis de velours déroulé pour un soliste : remplaçant à elle seule basse et batterie, elle permet à Rodrigo de décoller et d’aller voler où il veut ! Mais quelle énergie ils dégagent !
 
Sur scène, eux seuls, donc, à l’Aéronef, et leurs amplis et leurs guitares, dont ils changent finalement assez peu au regard du traitement terrible qu’ils leur infligent. La particularité étant l’équipement scénique de Rodrigo, dont le manche de guitare est équipé d’une caméra, dont les images en noir et blanc sont diffusées en fond de scène, ce qui ravit les musiciens dans la salle, tout heureux de pouvoir voir en détail sa technique, qui sans être époustouflante est quand même assez élaborée. En solo (on a le droit au sien et à celui de Gabriela, qui jouera elle aussi à la pédale wah-wah !), c’est encore plus visible comme ici sur "Atman" : il joue bien au plectre, c’est à dire... comme un hard-rockeur ! Gabriela effectuant le sien avant d’être rejointe comme ici à l’Alhambra de Paris, quelques jours auparavant.
 
Les passages obligés sont là, Roberto s’amusant à placer tous les trois morceaux des extraits de "Stairway to Heaven"en faisant "no, no", au public.... "Orion" est là aussi, dans son long crescendo. Dans une attaque assez proche au final de la la version disponible sur You Tube avec l’impressionnant colosse qu’est Roberto Trujillo, le bassiste californien de Suicidal Tendencies (les inventeurs du skate punk, et groupe assez déjanté) à la famille originaire de Durango. On ne s’en lasse pas. Mais cette fois, à deux, c’est dantesque, avec un très, très gros son ! Un excellent concert de bout en bout avec aucune interruption !
 
Le final aura en effet été grandiose : un "Tamacun", qui s’avère être désormais être leur morceau classique, déjà, et un Rodrigo s’amusant toujours au chat et à la souris avec le public, à glisser quelques notes par ici et là de Stairway To Heaven... avec beaucoup d’humour, cherchant aussi à plusieurs reprises à faire taper le public dans ses mains en le divisant en trois groupes différents : du rythme, encore et toujours du rythme ! Un "Tamacun" qui sera littéralement entonné par le public enthousiaste de bout en bout ! Comme sur cette prestation scénique de Chicago, où ils le jouent... bien vite ! Un guitariste de guitare sèche arc-bouté sur scène comme un hard-rockeur, ça reste assez étonnant en effet ! Tout comme peut l’être Gabriela et son sens phénoménal du rythme, le pied posé sur son retour de scène. Sur cette vidéo vous pouvez aussi apercevoir en étant attentif un beau Darbouka, dont elle s’emparera en solo en fin de concert, montrant par là que le côté percussif est chez elle fondamental, percevable dans "Juan Loco" par exemple et sa longue intro. Une autre surprise et un autre régal. Comme "Foc", le plus andalou de leurs morceaux.
 
La conclusion obligatoire s’impose : issus du Heavy Metal, Roberto Y Gabriela viennent tout simplement d’inventer le Heavy Wood ! Précipitez-vous donc pour les voir sur scène, ou pour écouter leurs albums, en privilégiant les albums "live" qui rendent mieux leur fondamentale énergie. Ils sont là pour rester, en ayant créé ce nouveau genre musical inattendu. Le Heavy Wood !
 
 
 
* L’Ovation doit son invention à un ingénieur aéronautique, Charlie Kaman, spécialiste des hélicoptères et de leurs pales (il travaillait chez Hamilton Standard). Une guitare à caisse parabolique en Lyrachord. Avec micros bien entendu, six petits piézo-électriques. Un engin dont personnellement, je n’aime pas le son, mais bon... ça, je n’aurais jamais dû le dire à la belle guitariste rencontrée il y a près de vingt-cinq ans maintenant ! Elle est devenue preneuse de son juste après à Radio-France, possédait une belle Ovation bleue (et adorait Marcel Dadi) ! De bien tendres souvenirs ! Comme quoi, la guitare et les femmes... (euh il a commis ça aussi comme pochette, le lunetteux guitaresque !).
 
 

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