Simone Veil, c’est--dire le lexique de l’amour en politique

par Lucia Gangale
samedi 10 juillet 2021

Le 30 juin 2021, nous avons commémoré la disparition de Simone Veil, qui nous a quitté il y a quatre ans

 L’exposition à la mairie de Paris commence par des photographies de jours heureux : la famille dans le jardin, à la plage, sur la promenade des Anglais à Nice. Simone Veil, née Jacob à Nice en 1927, figure emblématique de la vie politique française, à été la première femme ministre de la 5e République, en 1974, pendant le gouvernement Chirac. Elle a été la première Présidente du Parlement Européen en 1979, et elle a aussi été élue à l’Académie Française en 2008. Son père, André, passioné de photos, aimait immortaliser sa famille dans les moments les plus divers de la vie. Ce matériel représente, aujourd’hui, un fonds de documentation très important pour reconstruir quatre-vingts ans d’une vie exceptionnelle, marquée par des moments cruciaux de l’histoire du XX siècle : la Shoah, l’émancipation des femmes, l’espoir européen. En 1939 l’adolescente Simone adhère à un mouvement des éclaireuses dans lequel elle est décrite comme du « pas très bon caractère ». C’est son caractère fort qui lui permettra de résister à l’enfer d’Auschwitz, ou elle a été deportée en mars 1944 avec toute sa famille et ensuite, en 1960, d’embrasser la carrière de magistrat. Le sien est un caractère destiné à devenir legendaire. Il lui faudra trente ans pour raconter l’enfer d’Auschwitz. Elle n’avait que 16 ans à l’époque de sa déportation. Son père et son frère sont morts dans un endroit incertain. Elle, avec sa soeur, était la dernière survivante de sa famille exterminée.

 Son engagement politique et social a été fortement signé par le traumatisme vécu pendant la déportation.

 Ses discours sont devenus célèbres – comme, par exemple, celui en faveur de l’avortement prononcé devant l’Assemblée Nationale le 26 november 1974 – ses tailleurs, ses chignons, ses lavaliere, sa voix calme, son regard extrêmement intelligent, son élégance, sa détermination.

 L’exposition, qui peut être visitée sur réservation en ligne jusqu’en août, s’intitule : « Nous vous aimons, Madame ». Cette phrase a été prononcée dans le discours d’éloge prononcé par Jean d’Ormesson lors de l’éléction de Simon Veil à l’Academie française. Aujourd’hui, cette phrase a la saveur d’une déclaration partagée par des millions de personnes.

 Il est donc très intéressante d’approfondir les centaines de matériaux, beaucoup rares et inédits, pour rétrouver le sens d’une vie passée en faveur des autres, au nom du respect, de la compassion, de l’empathie et de l’amour. Un message plus actuel que jamais, pendant que nous vivons l’époque des haines profondes, de la « peur souveraine du monde » (comme l’a appellée la philosophe Martha Nussbaum dans l’un de ses livres le plus récents), des frustrations téléchargées sur le réseaux sociaux. Nous vivons à une époque dans laquelle ces émotions négatives nous empêchent d’écouter, de prouver compassion et amour, si importants pour la justice. Pourtant, l’exemple de Simone Veil, ne peut que faire du bien à l’actuelle réflexion politique et à la façon d’instaurer un dialogue civil avec les autres.

 Simone Veil a été liberée d’Auschwitz le 27 janvier 1945, aujourd’hui Journée de la Mémoire dans tous les États de l’Union Européenne. En 2009 elle a dit : « J’ai la sensation que le jour dans lequel je mourrai, la Shoah sera ce que je penserai ». Cette grand protagoniste de l’histoire du Vingtième siècle est disparue en 2017 à presque 90 ans.

 


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