Un groupe breton champion du monde de blues

par Fergus
mercredi 18 mai 2022

Régulièrement, des groupes bretons sont à l’honneur dans les manifestations dédiées à la musique celtique. Ils sont également présents dans de nombreux festivals français et internationaux. On a même vu Alvan & Ahez représenter la France au Concours de l’Eurovision le samedi 14 mai. Mais jamais un groupe breton n’avait réussi à se hisser au sommet du blues...

The Wacky Jugs à l’IBC (photo Fred Delforge)

Certes, le nom du groupe, The Wacky Jugs, ne sonne pas vraiment brezhoneg comme on dit au pays des korrigans et du chouchen. Mais on le pardonne bien volontiers à ces talentueux artistes dont le nom signifie Les pichets loufoques, à moins – allez savoir ! – que ce ne soit Les cruches déjantées. Un nom bien entendu choisi par les musiciens bretons pour rendre hommage aux Jug Bands d’antan. On leur pardonne d’autant plus cet américanisme que porter un nom d’outre-Atlantique, y compris pour effectuer des tournées de village en ville à travers les landes et les vaux de Bretagne, fait quasiment partie d’une tradition incontournable pour ceux dont l’ambition passionnée est de servir ce genre qui parle avec tant de force au vécu des hommes et à leurs sentiments : le blues. 

Le 16 avril, précédés d’une belle réputation régionale grâce à la qualité de leur « blues rural » hérité de la tradition des Jug Bands, The Wacky Jugs donnaient un concert à Locmiquélic (Morbihan) dans le cadre du très chaleureux festival Blues en Rade. Une dernière étape pour le groupe avant de se rendre aux États-Unis dans le berceau du blues, Memphis (Tennessee), grâce au ticket d’entrée gagné en 2021 lors des tremplins parrainés par France Blues. Objectif : participer, dans cette ville connue de tous les bluesmen du monde, à l’International Blues Challenge (IBC), autrement dit au Championnat du monde de blues. Un sacré défi, le plateau étant composé d’environ 250 groupes venus de la planète entière pour se frotter aux champions étasuniens et tenter de décrocher le Graal.

Avant de rejoindre les autres groupes dans les clubs de la mythique Beale Street de Memphis, The Wacky Jugs se rendent à Clarksdale (Mississipi) pour rendre hommage à l’un des pères du blues : Robert Johnson. C’est là, sur ce célèbre crossroads, que le chanteur aurait, si l’on en croit la légende, vendu son âme au Diable pour devenir le plus grand bluesman du monde. Rien de tel pour nos Bretons de Pontivy : ils donneront le meilleur d’eux-mêmes sans avoir recours à une aide diabolique. Pour cela, le quintette* pourra compter sur le chant, la guitare et la mandoline de Jacques Titley, l’harmonica de Gurvan Leray, la guitare basse et la contrebasse de Jonathan Caserta, la batterie de Rowen Berrou et l’accordéon de Joseph Detailleur.

Au moment d’aborder les quarts de finale, les vendredi 7 et samedi 8 mai, The Wacky Jugs est prêt. Influencés par de grands noms du genre comme le Memphis Jug Band, Sleepy John Estes, Skip James, Leadbelly ou bien encore Washboard Sam, les musiciens bretons disposent dans leur répertoire de standards du blues, mais aussi de leurs propres compositions : des opus innovants, caractérisés par l’usage de la mandoline électrique et d’un harmonica qui distille de très prenants overblows. L’inspiration et l’énergie de The Wacky Jugs fait des merveilles dans la salle du Rum Boogie Cafe : le quintette se qualifie aisément pour les demi-finales du dimanche 9 mai. Là encore, le groupe excelle dans sa prestation sous le regard expert des membres du jury**. Voilà nos Pontivyens en finale.

Celle-ci se déroule le lundi 10 mai dans le cadre de l’Orpheum Theater. Sont présents dix groupes : huit étasuniens, un coréen et deux français : les Bretons de The Wacky Jugs et les talentueux Toulousains de La Bédoune qui, eux aussi, ont réussi à se qualifier dans le cadre du Wet Willie’s. Les Occitans passent en premier. En 4e position, les Bretons se montrent une nouvelle fois excellents sur scène. Mais rien n’est fait : Il reste encore six groupes à passer. La concurrence est rude et le suspense dure jusqu’au passage du dernier d’entre eux : une formation venue de l’Arizona qui interprète un blues remarquable. Les musiciens de Phoenix vont-ils l’emporter sur le fil ? Non, The Wacky Jugs est déclaré vainqueur. Les Bretons devancent les Arizoniens de Cros et un groupe du Mississipi, Soul Nite.

On imagine aisément la joie de nos bluesmen. D’autant plus qu’outre la récompense financière liée à cette victoire, le groupe se voit offrir une possibilité d’enregistrement à Memphis et surtout la participation à 4 festivals ainsi qu’à l’animation d’une croisière aux Caraïbes. Nul doute en outre que les propositions des organisateurs européens de festivals vont se multiplier. Croisons les doigts pour The Wacky Jugs puisse encore trouver le temps de se produire en Bretagne. Mais à vrai dire, personne n’en doute : ces musiciens – de même que leurs agents et techniciens de La Criée de Douarnenez – sont tout aussi attachés à leurs racines bretonnes qu’aux roots du blues ! Trugarez (Merci) !

Jusqu’en 2020, The Wacky Jugs était un trio. Le batteur et l’accordéoniste l’ont rejoint cette année-là et participé à l’enregistrement de l’album anniversaire des 10 ans du groupe.

** Le jury de l’IBC est bien entendu composé de professionnels reconnus, mais également d’amateurs éclairés dont la connaissance de l’histoire du blues et la vision des perspectives d’évolution justifient la présence.


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