Me TooH˘pital

par Nagy
vendredi 19 avril 2024

#MeTooHôpital

Si j'ai eu la "chance" de ne pas faire partie des 17% de femmes médecins victimes d'agression sexuelle à l'hôpital (1), je dépose ici trois anecdotes en petites pierres à ajouter à l'édifice descriptif de l'ambiance sexiste à l'hôpital.

2000-2002, le sexisme à l'horizontale : la P2 et après...

Une fois libéré.es de la violence du bourrage de crâne de la première année de médecine et le concours passé, c'est le temps des débordements pour certain.es jeunes carabins. Le week-end d'intégration donne le ton ; l'année de P2 sera sexuelle ou ne sera pas. Les suivantes : dans la continuité avec les tonus, crit et autres occasions de faire la fête. Ainsi, s'il semblait ne pas y avoir contrainte ou forçage, tous les codes étaient repris pour installer une sexualisation systématique des rapports à grand renfort de chansons paillardes. Aux jeunes hommes le devoir de montrer leur "cul" encouragés par la célèbre chanson "Tu nous délaisses"(2) entonnée avec force. Aux jeunes femmes, la quasi-obligation de dévoiler leurs "poumons" sous les cris de leurs homologues masculins. Une violence assumée qui lie ou qui éjecte, qui endurcit ou qui détruit. Et qui paraissait alors tout à fait "normale" dès la P2, avant même d'avoir mis un pied à l'hôpital.

2003, le sexisme chirurgical : externe au bloc

Dans mes souvenirs, la chirurgie, c'est le lieu de concentration ultime des violences sexistes. Me revient régulièrement cette scène et sa conclusion : au bloc de chirurgie gynéco, il s'agit de réaliser une mammectomie totale. On me demande de prendre une cupule, je la tends : le sein y tombe lourdement. Je ne sais plus ce qu'il s'est dit mais c'était sexuel, violent, indécent et grave. Je ne m'en souviens plus sans doute parce que c'était insupportable à entendre, alors même que, moi-même jeune femme, je portais dans mes mains ce sein malade à peine ôté du corps de la patiente encore endormie.

2004, le sexisme vertical : externe en pneumologie

En D3, stage de pneumo. Chef de service à l'ancienne, le "patron" qui surplombe son service avec l'air de ne jamais douter en ayant adopté la toute-puissance comme armure impénétrable. C'est le staff, mené par le chef. Il y a les chefs de clinique, les internes, les externes. Sortie de nulle part (peut-être avais donné une réponse approximative ?), une parole destinée à m'humilier franchit les lèvres du chef : "Toi de toute façon avec ta présentation, tu n'arriveras jamais à rien dans la vie !". Dans "la vie", carrément. Même pas seulement en médecine mais dans toute ma vie entière. Et ceci parce que le piercing que je portais à l'arcade, mes cheveux teints au henné, venaient heurter le regard paternaliste et conventionnel du chef. Sexisme ordinaire. Souvenir encore vif, 20 ans plus tard.

Et en 2024 ? Psychiatre PH la quarantaine dépassée, je suis tranquille. Mais j'entends et vois dans les services, les infirmières, aides-soignantes, ASH, secrétaires, assistantes sociales, se faire harceler et subir ce sexisme hospitalier quotidien. Il est d'abord agit par les supérieurs hiérarchiques, évidemment. Mais aussi par les patients, parfois du fait même de l'état psychique qui les a amené vers les soins mais parfois "juste" parce qu'ils sont des hommes qui vivent dans un monde où l'on peut agresser les femmes.

Texte Geneviève Henault

(1) Rapport publié par l'institut IPSOS en 2023 : Le nombre de femmes victimes de propos ou gestes inappropriés, voire d’agressions sexuelles reste à des niveaux élevés. En 2023, près de huit femmes médecins sur dix déclarent avoir été victimes de comportements sexistes (78%).

64% des femmes médecins ont subi des propos, commentaires ou blagues sexistes concernant leur apparence, leur tenue vestimentaire ou leurs compétences professionnelles.

Une femme médecin sur deux a subi des questions intrusives et répétées sur sa vie sexuelle et privée (50%).

37% d’entre elles ont subi des comportements intrusifs pour obtenir leur numéro de téléphone ou un rendez-vous avec elles.

30% d’entre elles déclarent avoir subi des gestes inappropriés à connotation sexuelle ou des attouchements sans leur consentement.

20% d’entre elles ont subi des pressions répétées pour obtenir des faveurs sexuelles.

17% d’entre elles ont même subi des situations d’agressions sexuelles.

https://www.ipsos.com/.../inegalites-femmes-hommes...


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