Hommage un veau entrevu pendant les vacances

par Dwaabala
lundi 29 juillet 2013

Une tentative de réhabilitation de l'homme et de la bête

Il faisait chaud sur l'autoroute A75, du côté de Clermont-Ferrand : plus de 36° à l'ombre des platanes sur une aire de repos.

Avec, non loin, celle des poids lourds en grand nombre.

Un coup d'œil curieux sur leurs inscriptions et sur leurs plaques, afin de rêver un peu à la diversité de leurs origines.

Une immense bétaillère métallique semi-remorque à trois étages, étincelante, à baies quasi continues dont la forme rappelait celle de certains immeubles HLM, les barreaux en plus.

Un beau véhicule, en charge d'un cheptel important.

Il était français, mais venait-il d'Italie ? car une plaque jaune sous le pare-brise indiquait qu'il était desinfetatto.

Comme des moteurs continuaient à tourner côté passagers, j'en déduisis qu'en plus de ses ouvertures ils devaient bénéficier d'une bonne ventilation. Donc, de la belle ouvrage en matière de transports bovins.

Pourquoi repensé-je aujourd'hui à tous ces malheureux à l'espérance de vie sans doute réduite, mais si bien traités sur l'autoroute des vacances ?

Certainement parce que je lis un article sur deux enfants devant la télévision d'un magasin pendant que leur maman fait ses achats : Deux airs béats, des regards de veau sans luminosités ; voilà dans l’état où étaient deux petits enfants, assis bien sagement l’un à coté de l’autre...

Et comme l'activité du cerveau se manifeste parfois de bien curieuse manière j'ai en même temps dans les oreilles de ma tête les paroles et la musique de Jacques Brel :

 Je volais je le jure, Je jure que je volais, Mon cœur ouvrait les bras, Je n´étais plus barbare.

Comment arriver à la péroraison, il serait temps, après avoir ainsi livré en vrac les éléments du paysage mental où me mène ce vagabondage ? 

Des veaux sur l'autoroute, des enfants aux regards de veaux, et le cri de libération d'un adolescent pour qui Ce fut la première fleur, Et la première fille, La première gentille, Et la première peur.

Eh bien ! parmi ces veaux (ceux qui voyageaient) il y en eut un que je distinguai et qui m'arrêta longuement.

La tête légèrement penchée en avant pour mieux se trouver au niveau de la baie, il regardait, je dis bien : il regardait et non pas simplement voyait. Son regard allait de droite à gauche, suivait l'animation de l'aire, il s'intéressait, bref il s'instruisait, curieux de tout.

S'il existait une école polytechnique pour les animaux, celui dont je parle aurait certainement mérité d'y entrer car il ne paraissait pas moins intelligent que Nathalie Kosciusko-Morizet par exemple, pour ce que j'en connais par les images télévisées.

Et depuis je repense souvent à ce singulier spécimen de la race au peu d'intelligence si communément décrié, dont je tombai comme amoureux, une passante de Brassens en somme :

Chères images aperçues, Espérances d'un jour déçues, Vous serez dans l'oubli demain
Pour peu que le bonheur survienne, Il est rare qu'on se souvienne, Des épisodes du chemin.
 
Bref, mon cœur ouvre les bras, je ne suis plus barbare, car si l'on voit des veaux dans les magasins, on voit en compensation des enfants intelligents sur les autoroutes. Certes à l'avenir désespérant.
 
Je ne peux qu'espérer pour celui qui m'a intrigué et qui me hante depuis : puisse-t-il avoir été dirigé vers des eaux paisibles et reposer dans de verts pâturages.
 

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