L’habit ne fait plus le moine

par C’est Nabum
vendredi 25 septembre 2020

 Un peu de tenue s’il vous plaît

Nous voilà dans de beaux draps, tout fait débat même la manière de se vêtir. Depuis l’étui pelvien, l’industrie textile a connu une extension considérable. Elle est parvenue à force d’obstination et de patience à jouer de l’aiguille pour couvrir un corps qui perdait progressivement sa toison capillaire. La peau de bête nous a tanné le cuir, couvrant à dessein des corps qui n’étaient pas végans. Puis la quête de douceur nous poussa à cultiver notre différence en cherchant de la fibre végétale pour coller au plus près nos formes sans entraver nos mouvements.

Le survêtement précéda-t-il le sous-vêtement ? On ne peut l’avancer sans prendre le risque de tirer la ficelle du cache sexe. Toujours est-il que la pudeur a fait irruption dans les défilés de la mode caverneuse, cherchant avec application à cacher ces parcelles de chair tendre, susceptible d’éveiller la concupiscence des mâles en rut.

La toge, la robe, le deel ou le kimono ont ceint hommes et femmes sans distinction, enfouissant les différences, effaçant les reliefs dans un louable souci d’uniformisation. Hélas, l’envie de se distinguer, de montrer sa richesse ou sa particularité en ont décidé autrement. La parure s’est faite chamarrée, le choix de l’étoffe fut essentiel pour établir un ordre social.

La soie, la laine, les couleurs n’en firent qu’à leur tête pour apporter nuances et originalité pour que chacun se sente en beauté. Certains jouaient les doublures, faute d’argent pour se lancer dans la course à cette vanité vestimentaire. Un légionnaire alla même jusqu’à partager son manteau pour couvrir un corps dénudé. La pauvreté seule, offrait à la vue des mieux nantis des parcelles de peau. Le visage seul échappait le plus souvent à cette manière de se dissimuler aux regards.

Puis de fil en aiguille, le tailleur se joua de la taille. Le tisserand rendit les armes, la couturière joua les petites mains, la modiste couvrit le chef tandis que d’autres dévoilèrent le mollet. Ce fut l’escalade fatale du retour au dépouillement. La robe devint jupe, la jupe roula en mini et les têtes se tournèrent quand le short devint si court qu’il dut s’associer à un débardeur laissant tout voir ou presque.

Dans le même temps, d’autres en réaction se couvrirent la face de honte puis tout le corps pour afficher leur convictions. On pouvait se quereller comme des chiffonniers puisque tout cela n’était qu’une affaire de fanfreluches. Mais tout ceci vira au drame, on se déchira et pas seulement les pantalons. Le textile devint la pierre d'achoppement de la paix sociale en un temps où mettre la main au panier s’était simplement toucher du bois !

Des lois envoyèrent se déshabiller certaines quand d’autres exigèrent d’habiller leurs ennemis pour l’hiver. Le nu avait mauvaise presse et le sein choquait bien plus que notre pauvre Tartuffe. L’école ne pouvait accepter la tenue légère, la rue se couvrait de harceleurs à l’affût. Pour leur couper le sifflet il faudra couvrir la peau des femmes libres. C’est le retour au lapidaire, la peau de bête et la bestialité de nos rapports. Bientôt les proviseurs vont prendre des mesures. Le mètre de couturière sera de sortie à l’entrée des établissements scolaires pour évaluer la correction de la tenue. Pour que le niveau baisse, l’étoffe se doit de suivre le mouvement.

Ne relevons pas l’absurdité de ce débat. La toile bruisse de cette querelle qui dérobe les jeunes filles en fleurs. Le réchauffement climatique, avouons-le nous joue un fort mauvais tour en poussant le vice à tourner les têtes tout en dénudant les corps. Le retour de l’uniforme à l’école est dans les cartons, ce sera une étape pour élever un peu à la « bure » une jeunesse en perdition. On devine que la pédagogie est battue en brèche, l’essentiel est désormais ailleurs. Un peu de tenue s’il vous plaît, qu’importe si le contenu scolaire n’y est pas, votre contenant doit sauver la face de l’institution. Le masque du reste étant une première étape particulièrement symbolique de ce voile qu’on étend sur un monde en perte totale de valeurs.

Textilement vôtre.


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