La prévarication : une histoire française ...

par C’est Nabum
samedi 30 juin 2012

Fer : bon poids !

 

Quand la conscience vacille.

 

Il y a bien longtemps de cela, à Marseilles lès Aubigny , au quinzième siècle, les hommes vivaient au rythme de la Loire. Le commerce allait son train sur le fleuve, il n'était pas à l'abri des difficultés ni des vicissitudes. Les variations du fleuve jouaient alors un rôle bien subalterne face aux caprices des hommes. En la matière, c'est d'un impôt qu'il sera question, il est d'ailleurs fort rare que la fiscalité face bon poids et bonne mesure en temps ces lointains comme en notre période actuelle !

 

Les braves moines de l'abbaye de Fontmorigny, bien qu'ayant fait vœu de pauvreté, avaient pris le fort désagréable usage de réclamer droits et taxes sur tout ce qui circulait sur la Loire. L'habitude est ancienne, les pouvoirs, quels qu'ils soient aiment à prélever leur dîme sur le dos des petites gens. L'habit ne fait certes pas que le moine, il lui accorde onction divine et immunité devant les hommes. Ceux-là en abusaient avec une gourmandise toute monacale !

Ils avaient, en bons gestionnaires et en économistes avisés, décidé de taxer les transport du bois, du poissons et du fer. Bois et poissons ne doivent pas vous surprendre, la région est favorable à ces commerces. Longtemps le fleuve vit passer dans le sens dévalant, les bois des pays hauts quand les poissons de mer, remontaient la Loire dans des viviers à fond de cale. Pour le fer, je vous dois une explication. Le Cher était alors riche en minerai et les fonderies ne manquaient pas. Le minerai était travaillé grossièrement sur place et envoyé sur des fûtreaux de par le pays.

Notre région aussi connut son heure ferrugineuse. Ferroles doit son nom à cette activité en un temps d'ailleurs où le fleuve passait tout près de ce village. Ainsi va l'histoire de la Loire et des hommes, les choses vont et viennent, le temps se jouent des uns et des autres. Seuls les fripons de toutes extractions demeurent ainsi que les mille et une manières de délester la bourse des braves gens

On peut prier Dieu et se soucier de sujets plus prosaïques. Sous la soutane, bat un cœur d'homme sensible à toutes les corruptions que Satan place sur sa route. Les bons pères avaient des conceptions bien particulières de la charité chrétienne. Ils s'appliquèrent ce généreux principe en contraignant mariniers et bateliers au denier du culte. Faire de l'or avec du fer fut le rêve de tous les alchimistes, les moines avaient trouvé la botte secrète pour y parvenir sans pierre philosophale ni rituels magiques.

Le fer taxé valait son pesant de pistoles, d'autant que les Cisterciens avaient jugé bon d'imposer un transport en vrac sur nos bateaux de bois ainsi l'estimation du poids de la marchandise transportée se faisait au jugé. Forts avisés, les moines avaient les yeux aussi gros que leur bedaine, et l'estimation tournait, vous vous en doutez, systématiquement en défaveur des mariniers. Aucun recours possible, la parole d'un envoyé de Dieu ne peut être remise en cause par de pauvres gueux poussant la bourde ou la bricole.

Bien que souvent incultes, nos mariniers d'alors étaient des hommes au raisonnement sûr. Ils en eurent vite assez de cette escroquerie et cherchèrent à échapper à la magouille de la Levée du poids de fer, car c'est ainsi que l'on nommait ce lieu où s'organisait cette grivèlerie divine !

Ne pouvant échapper à la taxe mais souhaitant qu'elle devienne plus juste, ils créèrent à deux pas de là, un nouveau port dont les statuts imposaient l'embarquement du fer en conteneur. Il y avait deux avantages dans cette mesure sage. Le rangement était plus efficace, de doctes économistes le décréterait rationnel et l'estimation serait plus bien précise. Les moines, devant cette évidence logistique feraient moins les farauds et seraient délivrés de la tentation du mensonge par exagération.

La nouvelle levée, établie à bien peu de distance de la précédente fut nommée : « Levée de la Conscience ». Les statuts étaient écrits, le cahier des charges approuvé par les autorités de l'époque. En ce port, l'on paie le juste prix ! Dans de nombreuses villes de notre pays Ligérien, des noms de rue portaient le mot « Poids », que ce fut celui du roi, du fer, du sel et autres marchandises.. Elles sont toutes le souvenir déplorable des escroqueries officielles dont le peuple avait à pâtir.

À Marseilles Lès Aubigny, les religieux furent pris à leur propre piège. Le nouveau port, fort de cette « Conscience » dont les saints pères se prévalaient à longueur de prières et de prêches, ne fut jamais remis en cause. Les moines de Fontmorigny ne purent, au risque de perdre la face, refuser de se plier à cette belle astuce marinière. Les mots se retournent parfois contre les fâcheux qui en abusaient jusque là. Chacun peut prendre au piège ces pouvoirs qui vous croyaient prendre. Retenez la leçon et cherchez vous aussi belle astuce pour les punir de la même manière !

Consciencieusement leur.

 


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