La sÚrendipitÚ montalbanaise

par C’est Nabum
mardi 31 décembre 2013

Au fil de l'eau ...

Le Tarn revient à la surface.

En ce petit matin pluvieux sur la ville de Bourdel et d'Ingres, de doctes mantalbanais gourmets se retrouvaient aux alentours de 8 heures 30 pour un petit déjeuner comme seuls les gens de ce pays aiment à le faire. Du foie gras d'oie, des pâtisseries, du pain et du Sauternes. On peut commencer plus mal une journée même si la pluie vient s'insinuer dans le cou.

Je venais retrouver mon beau-frère qui avait l'honneur de faire partie de cette belle assemblée. Après les présentations d'usage, nous devisâmes tranquillement sur la pluie et le beau temps, passant du coq à l'âne comme cela se pratique si souvent en de telles circonstances. J'en vins à mêler mon grain de sable aux débats aléatoires que nous menions entre deux bouchées de pain. J'évoquai alors ma vaine recherche de documents sur la batellerie du Tarn, mis à part ce merveilleux petit conte trouvé au hasard de la toile, écrit il y a quelques années par un bouquiniste du pays …

C'est alors que l'un des convives matinaux me dit : « Tiens, c'est justement un bouquiniste que voilà ! » L'homme allait d'un pas pressé, la pluie n'étant pas favorable aux rencontres fortuites. Il s'arrêta cependant ; c'était mon auteur ! Nous prîmes rendez-vous pour l'ouverture de son échoppe, véritable grotte des merveilles pour qui aime les vieux livres. C'est ainsi que Maurice Baux, le bolegayre Montalbanais, m'ouvrit toutes grandes ses portes.

Nous nous retrouvâmes bien vite sur notre passion des histoires et de l'histoire. Il y avait là de quoi satisfaire un appétit qui ne chagrine pas l'estomac, celui-là. Nous échangeâmes nos récits, nos adresses et rendez-vous fut pris pour venir bonimenter aux rencontres du Quercy. Tous les chemins mènent au pays des contes à la condition de ne pas se perdre en route ….

J'appris dans la foulée qu'il y avait à deux pas de là, un tableau représentant la vierge au tonneau. Ce tableau ornait alors la chapelle installée sur le Vieux Pont du temps de la batellerie du Tarn. C'était l'époque où les marins du Tarn et de la Garonne célébraient Sainte Catherine comme patronne de leur coopération. Je retrouvais enfin le fil d'une histoire qui semblait avoir été effacée par la crue de 1930.

Qui connaît encore le nom du héros local qui sacrifia sa vie pour sauver ceux qui étaient en détresse lors de cette terrible inondation ? Il s'agit du brave Adolphe Poult qui, sur son canoë, sauva bien des Montalbanais, avant d'être emporté, à bout de souffle, par le fleuve. Il avait pour comparse dans cette honorable aventure, un compagnon qui échappa à la noyade, un certain René Bousquet qui se montra bien moins à son avantage quelques années plus tard. Leur canoë trône encore dans le club nautique et on ne m'en avait rien dit lors de mes recherches précédentes …

Je n' étais pas au bout de mes surprises. Juste à côté de cette boutique aux chimères, je remarquai un buste de Napoléon qui trônait fièrement au milieu d'un minuscule magasin, celui de Monsieur Bardet. Ce dernier, héritier d'une tradition de couteliers qui, depuis 1823, tiennent boutique et atelier sur la place Nationale, m'offrit, pour sceller notre rencontre, une pièce gravée avec l'empereur en relief. Voilà encore un personnage qu'il me faudra retrouver lors d'un prochain séjour à Montauban.

Je pensais avoir été assez béni par la providence quand je croisai le correspondant de la Dépêche du Midi qui écouta avec intérêt mes récits. Là encore, se profile sans doute une autre rencontre. Nous partageâmes un café ; il faut parfois se montrer plus raisonnable. A peine l'eus-je quitté, que je fus convié au domicile d'un amoureux des poissons qui me confia des livres rares sur l'histoire locale. Quelle succession de coïncidences étranges ; en moins d'une heure, j'avais pu étancher ma soif de connaissances ce que la maison du patrimoine avait été bien incapable de faire !

Je quitte la Place Nationale bien chargé. Le Tarn a cessé de se dérober à ma curiosité marinière. J'ai désormais de quoi lire et de nouveaux amis à retrouver une prochaine fois. Il avait suffi d'un mot autour d'un foie gras. Décidément, le Sud-Ouest recèle bien des surprises, il faut simplement savoir prendre ce pays par le bon bout. Je reviendrai pour prolonger ces instants mystérieux. Parfois, le destin a de curieuses inflexions !

Incrédulement leur.


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