Le plus précieux des présents

par C’est Nabum
dimanche 14 mars 2021

Au pays des songes.

Il était une fois une magicienne aux pouvoirs extraordinaires. Elle était capable de tous les prodiges même si la dame se refusait opiniâtrement à servir les rois, les princes et les puissants. Son art ne devait être qu'au service des enfants, non pas durant leur plus jeune âge, mais lorsqu'ils grandiront et que devenus de vieilles personnes, ils auront conservé leur âme d'enfant. Elle savait son désir complexe, la manière de réaliser ce tour de force des plus délicats et avouons-le, fort aléatoire.

Si elle est parvenue à ses fins, qu'elle a illuminé l'existence de rares élus, elle s'est trouvée confrontée à l'indifférence des parents, à la négligence des chers enfants eux-mêmes tout comme à la terrible et inéluctable meurtrissure du temps. Que ce récit évite aux générations à venir l'immense privation que nombre d'entre-nous eurent à subir par la faute d'une indélicatesse coupable. Prenez la peine de suivre cette histoire…

Tout avait commencé quand cette bonne dame devint par la force des circonstances la marraine d'un petit garçon orphelin. C'est à elle qu'incomba la lourde charge d'élever cet enfant de nulle part, trouvé un matin d'hiver dans un panier de joncs, posé au pied de son arbre creux. La fée de la rivière avait élu domicile dans ce chêne vénérable, les gens du pays le savait ; on peut supposer qu'une pauvre mère désespérée avait choisi de confier un enfant qu'elle ne pourrait nourrir à la plus incroyable des nourrices.

Cela se passa comme la pauvre fille l'avait espéré. Son fils eut la plus merveilleuse des enfances qu'on puisse rêver. C'est justement dans le domaine des songes que se déroula l'enseignement de sa mère adoptive. Elle lui avait expliqué que tôt ou tard, leurs chemins allaient se séparer, qu'il devait trouver dans ses rêves les possibilités que son existence d'adulte lui offrirait.

Le petit ne comprenait rien à ce langage ésotérique. Grandir auprès d'une fée n'est pas aussi simple que beaucoup le supposent. Son rapport avec la réalité, les contingences matérielles ou les impératifs éducatifs ne sont jamais envisagés comme chez les gens ordinaires. Il fallait toujours qu'elle glisse des conditions hautement compliquées, des messages étranges et des formules abracadabrantes. L'enfant s'en amusait certes mais au final, ne pouvait satisfaire toutes ses envies. Il faut même reconnaître que parfois, il se trouvait dans le besoin, la fée étant particulièrement inopérante dans les besoins quotidiens élémentaires.

Par contre, elle lui fit un cadeau précieux, un talisman pour l'existence à la condition qu'il s'en souvienne toujours et qu'il le conserve précieusement. La bonne fée lui fit présent d'un ours en peluche pour accompagner ses nuits et pouvoir de la magicienne, meubler ses songes de visions prémonitoires afin de se préparer à l'âge adulte, quand il serait loin de sa marraine. Il en fut ainsi, l'enfant fermait les yeux, se calait contre son nounours comme il disait, fermait les yeux et se trouvait projeté dans son futur.

Souvent, il se réveillait en sursaut, ne comprenant rien à ce qui se passait sous ses yeux clos. La vie d'un adulte est parfois étrange quand on l'observe de l'enfance. Ce cadeau, puisque c'est ainsi que la dame avait pensé la chose, était plus encombrant que profitable à la quiétude de l'enfant. Mais qu'importe, il jugea que si sa marraine avait songé à tel prodige, c'est qu'il y avait intention cachée qui lui appartiendra de découvrir plus tard.

Il en fut ainsi, l'enfant grandit, devint une grande personne. La vie le sépara à jamais de sa fée nourricière qui disparut avec la mort du chêne vénérable. Il conserva l'ours en peluche, celui qui avait été son nin-nin, son doudou, son compagnon d'enfance. Il le rangea dans un coffre, ne s'autorisant plus à dormir avec lui. Parfois, il le sortait, retrouvait le sourire l'espace de quelques instants avant que de se résoudre à remiser ce compagnon de sa petite enfance.

Pourtant, un jour de profond désespoir, une nuit d'angoisse et d'incertitude, de chagrin et de mélancolie, il se dit qu'après tout, il pouvait rompre sa terrible solitude de l'heure en prenant son cher nounours dans son lit. Il fut immédiatement apaisé, retrouvant ce sommeil qui le fuyait depuis quelques nuits. Il s'endormit, quiet, bienheureux, oublieux de tout ce qui jusqu'alors envahissait son esprit. Son ours le replongea en enfance, lui ouvrant les portes de ces moments heureux.

La fée revint dans ce premier rêve. Elle lui souffla dans son sommeil : « Tu as découvert le véritable secret de cet ours. Il a le pouvoir de te permettre de revenir en enfance, le temps d'une nuit, si tu le tiens tout contre toi. C'est ce que je voulais pour toi pour que jamais tu ne m'oublies. C'est le plus précieux des secrets, tous les enfants disposent d'une poupée, d'un animal en peluche qui dispose ce pouvoir. À eux et à leurs parents de ne jamais les jeter. »

Puissiez-vous à votre tour retenir ce message. La puissance des rêves a quelquefois besoin d'un truchement, d'un objet transitionnel. Nous en avons tous eu un en notre possession même si souvent nous l'avons oublié. Il suffit de le retrouver pour revivre avec une extrême précision les plus beaux épisodes du passé.

Transitionnellement sien.


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