Maroc : condamnation trois ans ferme de l’auteur du faux profil du prince sur Facebook

par Alain Germain
mardi 26 février 2008

Et voilà. Le Maroc vient d’entrer dans l’Histoire. Il n’est pas le premier pays africain à avoir organisé la Coupe du monde de football. Non. Il n’est pas non plus le premier pays arabe à accueillir une exposition universelle. Non : le Maroc peut se targuer d’être le premier, et le seul pays au monde, à faire condamner une personne à de la prison ferme (trois ans) pour la création d’un profil sur Facebook.

Le 22 février, au tribunal d’instance de Casablanca, le juge chargé de l’affaire Fouad Mourtada était certainement au courant qu’il avait rendez-vous avec l’Histoire. Ce n’est pas tous les jours qu’il lui est donné, entre dossiers de violeurs, pédophiles (dernier fait en date au Maroc : condamnation à deux ans pour viol d’un enfant de 4 ans) et escrocs en tout genre, de traiter d’une affaire relayée par la presse mondiale.


Le tapage médiatique international qui règne autour de l’affaire Mourtada, le juge en a certainement eu vent. Il dure depuis plus de quinze jours. Il a dû même avoir entendu parler de l’article sulfureux d’El Pais, qui a rapporté avec moult détails la manière dont le jeune homme a été kidnappé et les sévices et tortures que lui ont fait subir la police. On a dû lui rapporter que même le très lointain New Zealand Herald avait consacré un article à Fouad Mourtada et avait présenté à ses lecteurs le Maroc comme un pays très étrange. Certains membres de sa famille, les plus jeunes certainement, ont dû le prévenir que des chercheurs américains attendaient ce verdict pour s’y pencher d’un point de vue juridique et éthique. Que le livre Guiness, dans sa rubrique traitant des condamnations les plus incroyables, allait dans sa prochaine édition consacrer un article touffu à cette affaire. Le juge savait tout ça.

Le juge savait aussi qu’il avait un dossier vide : aucune affaire d’escroquerie, aucun message envoyé à quiconque au nom du prince ni partie civile ni plaignant. Il savait que l’avocat de Fouad Mourtada allait lui fournir toutes les preuves relatives à Facebook. Il allait lui montrer les 493 profils de Georges Bush, les 127 profils du prince Williams ou ceux du prince Felipe d’Espagne. Il allait lui démontrer que lorsqu’il s’agit de célébrités ou de stars, il est entendu que la majorité écrasante des profils sur Facebook étaient le fait d’admirateurs, de fans ou de plaisantins. Il savait que l’avocat, Ali Ammar, allait lui parler du profil encore actif du roi du Maroc lui-même (créé par une personne résidant manifestement en France). Le juge savait tout ça.

Il a pourtant condamné Fouad Mourtada à trois ans de prison ferme «  pour donner un châtiment exemplaire en matière d’usurpation d’identité princière ». Les instructions étaient donc claires.

Fouad Mourtada, quant à lui, vient de se voir offrir le statut de martyr du net, potentiellement le plus connu au monde. Ce même statut lui permettra de fuir le Maroc dès sa libération, comme beaucoup de jeunes Marocains choqués par cette histoire, pour refaire sa vie dans un pays où les ingénieurs hautement qualifiés sont accueillis à bras ouverts, et où il ne risquera pas de se faire kidnapper et torturer par la police en allant à son travail.


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