NÚs de la terre

par olivier cabanel
mercredi 19 septembre 2007

Nous en sommes issus, d’après la Bible, et nous y retournons, et ça c’est une certitude.

Mais la terre a d’autres propriétés, comme celle de nous raconter notre histoire, puisqu’elle garde en son sein toutes les étapes de nos civilisations.

Récemment, on a trouvé des tablettes en terre d’argile qui expliquent les raisons de la déchéance du peuple de Grèce (les premières tablettes d’argile datent de 3 500 avant J.-C., et les spécialistes sont convaincus que l’écriture est née à ce moment) et vous avez jusqu’au 24 septembre pour vous rendre à Caen afin d’y découvrir une infime partie de l’armée du premier empereur chinois, enterrée avec lui il y a 2 200 ans et découverts en 1974.

Il y a là 80 guerriers en terre cuite, exhumés de la terre ou ils gardaient la tombe de leur empereur.

On estime à plusieurs milliers ces soldats, avec parfois leur chevaux, et les archéologues sont impatients de pouvoir lire bientôt ce qu’ils pourraient nous apprendre, car la terre est un dictionnaire ouvert sur l’histoire de l’humanité.

Les fouilles entamées ont déjà mis au jour plus de 6 000 guerriers en terre.

Nul doute que cette découverte est l’une des plus grandes du XXe siecle et les frères Yang, en creusant un puit pour lutter contre la sécheresse de cette année 1974, ne se doutaient pas une seconde de l’importance de leur découverte.

L’armée de terre cuite de l’empereur Qin n’est peut-être que la partie visible d’un iceberg archéologique monumental.

Ainsi, demain il serait peut-être possible d’aller plus loin dans la lecture de notre histoire.

Les auteurs de science-fiction en abreuvent les sillons de leurs pages.

Théoriquement, rien n’empêche, par exemple d’imaginer qu’un souvenir sonore puisse avoir été gravé dans l’argile, à l’instar des sons imprimés dans la cire de nos vieux 78 tours , et puisse être restitué.

S’il y a eu trace dans un matériau qui aurait pu en prendre l’empreinte, il suffirait de trouver « le lecteur », afin de réentendre le son enregistré.

Imaginons un potier, en train de tourner, dans la rue, devant son échoppe, il y a 2 000 ans. Passent des gens qui discutent, ou font de la musique. Le potier tourne son argile, et ses doigts y laissent des empreintes, et enregistrent littéralement le son environnant dans la matière.

Mais la terre a d’autres propriétés, comme celle de pouvoir nous abriter, de notre vivant.

J’ai la chance d’habiter une maison de terre.

Dans notre région, on appelle ça le Pisé. L’origine vient du mot peser, dans le sens de tasser. On cherchait donc un terrain qui contienne de la « terre à piser » un mélange d’argile, de schiste et de cailloux, on l’extrayait au printemps et on la banchait entre des planches, en la tassant.*

Ces constructions étaient faites dans la joie et la bonne humeur, collectivement, dans un systeme d’entraide, sous la houlette d’un charpentier.

Ces maisons en terre sont très confortables, fraîches l’été, chaudes l’hiver et battent des records de performance en ce qui concerne le confort thermique et accoustique.

Pour avoir la même qualité d’isolation qu’un mur de 60 cm de Pisé, il faut au moins 1,40 m de pierre.

Quant aux matériaux actuels, il faudrait dépenser des fortunes en isolation, lorsque les murs sont en parpaings de béton, pour espérer atteindre les performances qu’offre la terre.

A tel point que les millardaires d’outre-Atlantique se font construire aujourd’hui des maisons en terre, dont la forme est façonnée par un artiste.

Demain ou peut-être après-demain, il y aura une technique pour lire les sons qui ont été enregistrés dans la terre.

S’il y a encore quelqu’un pour le raconter.


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