Petit lexique l’usage des futurs ministres

par C’est Nabum
vendredi 30 septembre 2016

Emmanuelle Cosse me plagie.

France Inter recevait ce jour-là une célèbre inconnue : Emmanuelle Cosse, ministre du logement d’un gouvernement en instance de déménagement. J’écoutais d’une oreille distraite les propos de la susdite ministre quand soudain, mon attention fut attirée par un étonnant tic de langage. J’avais le sentiment étrange que la dame était une lectrice assidue de mes billets, me plagiant allègrement et usant jusqu’à plus soif de l’adverbe de manière.

Notre logeuse ne pouvait commencer une réponse sans la parsemer d’expressions adverbiales précédées systématiquement d'un adverbe indiquant le superlatif absolu-celui qui ne suppose aucune contestation possible- placé devant son homologue de manière, pour lui conférer, dans l’esprit de la dame, une dimension indubitable. Ainsi répondait-elle «  Très sincèrement », « Très franchement », « Très clairement », « Très objectivement », « Très ministériellement » en somme !

Plus elle usait de cette forme, plus j’avais envie de mettre en doute la parole d’une personne qui a besoin d’étaler ainsi sa franchise, sa sincérité, sa clairvoyance, son objectivité, son honnêteté. Ce sont là, très justement, toutes les qualités dont le citoyen ordinaire pense que nos représentants politiques sont totalement dépourvus. Les mettre en évidence de la sorte est non seulement suspect, mais encore parfaitement déplacé et agaçant.

J’en étais là de cette remarque de pure forme qui m’avait fait perdre de vue le propos de la dame quand soudain, je compris qu'elle était ministre du logement. Voilà donc la véritable stratégie de la communication ministérielle de cette équipe embarquée sur un navire qui sombre sans que l’équipage prenne réellement conscience du désastre. Pour les occuper, de joyeux experts en communication ont donc décidé de parsemer les discours des matelots condamnés à la noyade, de termes en rapport avec leur ministère.

Pour la dame Cosse, illustre subalterne installée dans une mansarde de l’organigramme gouvernemental, la demande était des plus élémentaires. Pour rimer avec logement, les adverbes de manière seraient suffisants. La gentille Emmanuelle, pour faire du zèle, ajoutant à sa propre initiative le « très » si redondant, soulignant ainsi d’un trait personnel sa lettre de mission.

Pour le ministre de l’économie, le choix des termes à employer n’est pas simple. Monsieur Sapin doit faire preuve d’adresse pour glisser dans ses discours les mots qui illustrent le mieux la situation calamiteuse de nos finances. Voici sa liste, telle que me l’a confiée un membre de son cabinet : « Parcimonie- anatomie – compromis – sodomie – lobotomie - agonie – anomalie – hémorragie – bandit – saillie - ... ». On peut constater que les rimes pauvres ont la part belle : ce qui semble assez normal dans le contexte actuel.

Le ministre du travail n’a pas la partie facile. Jugez-en par vous même : « bétail – racaille – médaille – canaille – duraille – sérail – ripaille – tenaille et enfin volaille  ». On comprend mieux avec les mots de la fin que les comptes de la police sont toujours en défaveur des manifestants. Chacun appréciera l’emploi des termes sélectionnés et leurs destinataires éventuels. Il est vrai que ce gouvernement se prétend de gauche.

Le ministre de l’intérieur n’est pas à la fête. « aboyeur- ailleurs - batailleur – brailleur - chamailleur – nettoyeur – mitrailleur – tirailleur – torpilleur – entrebâilleur » entre autres charmantes missions de notre homme sans oublier le terme le plus significatif de la conception martiale de la fonction « sanibroyeur ». J’en suis d’ailleurs resté sur le c... Des relents nauséeux se sont installés dans ce discours depuis l’état d’urgence.

Nous pourrions ainsi faire le tour des mots-clefs qui ouvrent la porte des discours creux de nos ministres. Chacun peut chercher à son tour le petit lexique de ces dignes représentants de la langue de bois à employer sur un pédalo en détresse. Ce petit jeu ne manque pas de charme et permet d’avaler bien des couleuvres.

Il ne faudrait pas oublier le grand chef, le président en personne, le maître du discours qui sonne creux. Il a de quoi faire avec le petit lexique que lui ont confié ses conseillers. Malheureusement, les braves éminences grises ont omis de lui expliquer comment jouer de la voix, varier le ton et la vitesse de son expression. Plus piètre orateur ce n’est guère possible. Notre brave capitaine est si soporifique que ses discours sont à dormir debout.

Voilà en tout cas sa feuille de route : « accident - excédent - incident – outrecuidant - résident – strident – adjudant – imprudent - confondant – obsédant – redondant – pédant – trop prudent ». Il y a un mot que beaucoup de ses conseillers voudraient évincer de sa liste « prétendant » mais le brave président semble convaincu qu’il peut prétendre à une nouvelle candidature. J’espère qu’il aura la décence de n’en rien faire.

Ministériellement leur.


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