Tout le monde poil !

par olivier cabanel
jeudi 22 mai 2014

Il y a encore peu, les poils n’étaient pas en odeur de sainteté, et il est encore de coutume pour nombre de femmes et d’hommes de se raser régulièrement les poils, lesquels sont parfois accusés de tous les malheurs.

Mais tout passe, tout lasse, tout casse, et le poil est peut-être enfin de retour.

Allons-nous donc assister bientôt à un retour échevelé du poil, au moment de la célébration du centenaire de la guerre de 14/18, et de ses fameux poilus, sauf que l’appellation que l’on donnait à ces soldats n’avait aucun rapport direct avec les poils, mais serait tirée de l’expression ancienne « brave à trois poils » signifiant « avoir du courage…ou avoir du poil au ventre ». lien

Et contrairement à une idée reçue, l’expression « poilu » remonterait à un bon siècle avant la première guerre mondiale…de l’époque des grognards napoléoniens.

Certains linguistes précisent que le terme «  poilu » désignait le soldat combattant, l’opposant à « l’embusqué  ». lien

Aurait-il eu un « poil dans la main » ?

Plus près de nous, on se souvient que le dernier gagnant à l’Eurovision, le travesti Conchita Wurst, arborait, outre ses vêtements féminins, une barbe du plus bel aloi. lien

Dans la foulée, on ne peut ignorer la «  femme à barbe », qui grâce à son abondante pilosité faisait le bonheur des fêtes foraines. lien

A l’instar d’Hatchepsout, cette reine égyptienne qui pour affirmer sa place s’était débarrassé des attributs féminins et n’hésitait pas à se parer d’une barbe bien fournie, (photo) il faut évoquer les 6 films d’actions emblématique de « la Barbe », groupe de réflexion féministe (lien) dont les membres s’amusent à porter ostensiblement la barbe devant les hommes de pouvoir, quitte à semer la confusion des genres.

Les militantes de « La Barbe  » ne sont pas dépourvues d’imagination et leur champ d’action est large, décorant à l’occasion les personnages des monuments publics de généreuses barbes de toutes les couleurs. lien

On l’aura compris, il s’agit pour ces militantes de mettre en évidences les lacunes en matière de parité entre femmes et hommes dans notre pays.

On peut aussi s’intéresser au rôle que jouent les poils, notamment chez les animaux, et en particulier aux moustaches des chats.

Ils en ont 24 et pas une de plus, et ces vibrisses sont essentielles pour nos amis félins : enracinées profondément, reliées aux nerfs de l’animal, elles lui permettent de détecter le moindre courant d’air, lui faisant ressentir par avance la présence d’obstacles, mesurant aussi la vitesse du vent, tout en lui permettant de s’orienter. lien

De là à se poser la question : les moustaches humaines pourraient elles avoir des fonctions ignorées ?

La recherche actuelle se dirige dans ce sens, imaginant que nos vibrisses pourraient participer à ce que nous appelons le « sixième sens ».

Ces recherches seraient mêmes de nature, estiment les scientifiques, à permettre de redonner la vue à une personne malvoyante…lien

Pour revenir dans le domaine des poils, intéressons nous à l’épilation.

L’urologue Sarah Ramsey avait déterminé avec précision les différents degrés d’épilation des poils pubiens : du stade zéro, l’épilation totale, au stade final, qu’elle caractérise de « prolifération anarchique », en passant par le stade 1 (dit brésilien, ou piste d’aviation, voire ticket de métro, ou même moustache d'Hitler) c'est-à-dire un petit rectangle de poils (lien), le stade 2 baptisé play-boy, ou sicilien (un mini triangle), et le stade 3 dit « bikini » qui épouse les frontières du dit bikini. lien

Des sondages ont même étés réalisés faisant apparaitre que les hommes donnent leur préférence pour 43% d'entre eux au stade 3, et en tout cas ne sont pas des fanatiques de l’épilation intégrale. lien

Beaucoup de rumeurs ont été colportées pour pousser les femmes à se livrer à l’épilation, celle-ci allant des aisselles au pubis, affirmant qu’il s’agissait d’une simple question d’hygiène, ce qui est sans fondement, car les poils, tout comme les cheveux, une fois lavés, ne peuvent être suspectés de n’être pas hygiéniques.

Et puis tout ça fait avancer le petit commerce lorsque l’on sait qu’une épilation intégrale se paye 150 €…et 70 € pour les aisselles, opérations à répéter régulièrement. lien

Ces poils condamnés d’avance seraient donc les refuges faciles de toutes les maladies, et abriteraient les parasites que l’on sait, dont le nom est synonyme de ce jeu pratiqué par les écoliers, lors de moments de désœuvrement, quelques temps avant les vacances. lien

Il semble que les choses soient en train de changer, et que le poil ferait un retour en force.

Dans son livre, « the body book  », (éditeur Harper Collins) la blonde actrice américaine Cameron Diaz encourage ses compatriotes a « laisser son sexe habillé »…et le message passe plutôt bien. lien

Le spécialiste des « dessous troublants » « American Apparel », semble l’avoir bien compris en mettant récemment dans ses vitrines des mannequins vêtus de sous-vêtements blancs transparents laissant apparaitre une abondante pilosité pubienne. lien

L’occasion peut-être de rappeler que les poils, où qu’ils soient placés, ont une utilité.

Ils servent surtout à se protéger de la chaleur, du froid, des UV, (pour la tête) des poussières (cils, narines, oreilles), et assurent une protection des zones fragiles comme les parties génitales.

De plus ils participent également au sens du toucher en faisant office d’antenne.

Ils permettent aussi de ralentir l’écoulement de la sueur. lien

D’ailleurs l’épilation n’est pas sans risque, quelle que soit la technique déployée.

C’est un médecin de l’université de Wahington, Emily Gibson, qui a lancé l’alerte, dénonçant les dérives de la « guerre du poil », affirmant que « l’épilation pubienne irrite et déclenche une inflammation des follicules pileux, laissant des plaies microscopiques ouvertes. Une épilation fréquente (…) a pour effet d’entrainer une irritation régulière de la zone rasée ou épilée à la cire. Combiné à la lumière et à l’environnement humide des organes génitaux, cela devient un milieu propice à la multiplication des plus mauvaises bactéries pathogènes ».

Elle évoque des maladies peu ragoutantes dont l’apparition serait facilitée par l’épilation régulière : herpes, pustules, furoncles, abcès, cystites, mycoses…et elle ajoute que bien au contraire, les poils pubiens sont une protection contre les bactéries. lien

C’est aussi ce que confirmait le journaliste scientifique (docteur en sciences physiques), Antonio Fischetti, dans les colonnes de Charlie Hebdo. lien

Ce scientifique est coutumier du fait, et aime a s’amuser de tout, surtout de la science, ce que l’on peut découvrir dans son ouvrage « Charlie ramène sa science  » (en collaboration avec Guillaume Lecointre), paru chez Vuibert en 2005. lien

Dans son livre « questions idiotes et pertinentes sur le genre humain  », (Albin Michel 2012), son chapitre « les poilus sont-ils sales », fait largement le tour de la question. lien

Il évoque entre autres une étrange étude réalisée par le docteur Serrafettin Demirci qui, en analysant les cas de 2850 décédés, dont 7,2% étaient des suicides, a mis en évidence que 31,6 % d’entre eux s’adonnaient au rasage quotidien des aisselles et du pubis, contre 1% des autres…de là a conclure que ceux qui ont une phobie du poil cachent peut-être une profonde détresse psychologique, il y a un pas que l’on peut hésiter à franchir…lien

Et Fischetti de finir son chapitre avec un certain humour en prenant la défense d’une espèce qui pourrait à terme être menacée d’extinction : le morpion.

En effet, ce pou a la particularité de ne pouvoir vivre que sur les poils pubiens, et le docteur Nicolas R.Armstrong, médecin à l’hôpital de Leeds en Angleterre a constaté que le nombre des personnes parasitées par les morpions a été divisé par trois entre 1997 et 2003, rappelant avec sagesse que ce n’est pas parce qu’on a des poils pubiens qu’on a fatalement des morpions, et que s’épiler par « hygiène » est aussi ridicule que de se raser la tête plutôt que d’utiliser un shampoing.

Comme dit mon vieil ami africain : « à chercher les poux sur la tête d’un autre, ils finissent par vous démanger vous-même ».

L’image illustrant l’article vient de : « doryphore.skynetblogs.be »

Merci aux internautes de leur aide précieuse

Olivier Cabanel

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