Vacance singulière

par C’est Nabum
vendredi 17 avril 2020

La fin des haricots, ils vont manquer de lingots

Le monde entier s’est mis en vacance, non pas que le temps soit venu de ne rien faire, de profiter du soleil et d’un printemps précoce et généreux, pour jouir de la liberté de vaquer à sa guise, non bien au contraire il a rompu non pas les amarres mais ses liens avec cette frénésie absurde qui le caractérisait.

Pour les anonymes, les invisibles, les petites mains des métiers indispensables mais si souvent méprisés, bien au contraire, le temps n’est pas au farniente. Quand beaucoup tuent le temps entre écrans et téléviseurs, eux, n’arrêtent pas un instant de lutter, d’agir, de se démener. Il serait indécent de leur évoquer ces vacances qu’elles n’ont souvent pas prises depuis fort longtemps.

C’est donc tout autre chose qui ainsi vaque, cesse de s’agiter, de se remuer frénétiquement. La mondialisation connaît son premier coup d’arrêt, brutal, terrible. Sera-t-il définitif ? Il y a peu de chance tant les admirateurs de ce système mortel pour un grand nombre d’espèces vivantes et pour la Planète elle-même, demeurent persuadés que ce que nous traversons n’est qu’un incident de parcours, une pause avant la reprise qu’ils appellent de leurs vœux.

La cupidité et leur stupidité ne se mettent jamais en congé. Ils sont déjà en action pour envisager demain sans tenir compte d’aujourd’hui. Bien sûr du point de vue comptable, il y aura de nombreuses victimes, de préférence parmi les petits, les plus fragiles, les moins solides. Il suffira d’accaparer les aides des États et des institutions, de menacer ou de faire chantage pour ponctionner toutes les aides et ne laisser des miettes qu’aux autres.

Il n’y aura jamais vacance de leur capacité de nuisance puisque ce sont eux les maîtres du monde, ceux qui ont mis en place les différents pouvoirs qui ne sont en définitive que leurs obligés, leurs valets obéissants. Le monde d’après sera conforme au précédent si le pouvoir ne change pas de mains.

C’est exclusivement dans la vacance de ce dernier que réside notre seul et unique espoir d’inverser notre marche triomphale vers la grande catastrophe. Seuls les peuples affranchis de leurs représentants, rouages d’une machine de destruction massive de la biodiversité et de l’environnement, peuvent en effet rompre avec un système fondé à la fois sur la concurrence, le moins disant, la brutalité et l’absurdité. Repenser les échanges, les besoins, les organisations c’est d’abord abattre le vieux modèle, supprimer la spéculation, fermer les bourses, donner sa juste rétribution au travail et éradiquer à jamais les rapaces de la finance.

Les carences ont conduit à cette vacance inique qui devrait nous conduire collectivement à une introspection globale, une remise en cause générale de nos comportements, de nos besoins, de notre assujettissement à la doctrine consumériste. Ce temps vide, cette période de reconquête des solidarités, cette pause dans la destruction de la nature devrait constituer une chance et non pas un petit arrêt avant que de repartir de plus belle.

Au lieu de quoi, vous étiez encore 36 millions devant vos écrans à donner votre confiance à ceux-là même qui sont les responsables, par leur idéologie mortifère, de la catastrophe à venir. Le temps serait pourtant venu de balayer l’ancien monde, ses scories, ses parasites, ses représentations indignes. Vous sombrez tout au contraire dans la vassalité, accordant une confiance absurde à ceux-là même qui demain vous dépouilleront de tout pour que rien ne change pour eux.

Nous avions, au plus profond de ce désastre, une chance inespérée de tout reprendre à zéro, d’inverser la marche inéluctable vers l’abîme. Comme des bons moutons, vous suivez les yeux fermés votre guide, lui trouvant soudainement des qualités et des accents de sincérité. L’occasion ne se renouvellera pas. Vous avez sacrifié votre dernière chance en misant sur une carte totalement biseautée.

Désespérement vôtre.


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