Christophe, son ange gardien !

par C’est Nabum
samedi 25 août 2018

La roue de sa bonne fortune

Nous sommes à Toulouse, la ville rose où sans doute tout est possible pour peu que l’on croie à l’étrange tournure que peut prendre parfois le hasard à moins que tout ceci ne relève, une fois encore de la sérendipité, ce curieux phénomène qui rend possible ce qui en théorie ne peut l’être. Je sais mes propos abscons, cette histoire vraie va peut-être vous éclairer davantage.

Éliane vient de changer ses pneus. Elle est contente d’être ainsi chaussée de neuf pour aller chercher un couple d’amis à Blagnac, l’aéroport de la cité. Auparavant, elle a une course à faire, un petit crochet sur sa route. La ville est comme à l’accoutumée bondée, pour se garer elle n’a d’autre recours que de s’engouffrer dans un parking souterrain. C’est là le début de notre histoire.

La rampe de descente vient d’être laminée par des travaux. Nul panneau n’annonce qu’elle est une véritable toile émeri susceptible de mettre à mal les pneumatiques. Éliane n’échappe pas au piège, elle se gare au plus vite afin de changer un pneu. Sur l’esplanade, deux hommes ont assisté à cette nouvelle scène. Ils se sont amusés de ce spectacle plusieurs fois de suite depuis que les ouvriers sont passés en laissant la chaussée dans cet état.

Parmi les deux rieurs, Christophe, un punk à chien, la mine patibulaire quand on se fie à l’impression première. Il s’aperçoit que la dame est fort ennuyée et bien incapable de changer une roue. Il lui propose de son observatoire son aide. Celle-ci est pressée, ses amis l’attendent. Après quelques hésitations, elle accepte, restant quelque peu sur ses gardes.

L’homme arrive, se lance immédiatement dans l’opération. Il a fallu vider le coffre pour sortir une galette, ces roues de secours qui se réduisent au minimum. Le changement vite réalisé, la femme se répand en remerciements. Elle lui dit qu’elle a trouvé son « Ange gardien ! ». L’autre s’amuse de la formule. Elle veut le récompenser, il est déjà remonté à la surface en lui criant un énigmatique « Viva ! »

Le temps de tout remettre en ordre dans son coffre et ses idées, Éliane sort du parking en se disant qu’elle va revoir son sauveteur. Le temps lui presse, l’avion a dû atterrir. Elle doit partir sans avoir retrouvé l’homme et son chien. Elle se jure de le retrouver un jour, le monde est rond, elle finira bien par croiser à nouveau son chemin.

La promesse n’est pas longue à se réaliser. Le lendemain, un groupe d’hommes vivant à la rue est là, au bout de son chemin. Elle s’avance vers eux, certaine d’y retrouver son Ange gardien. Elle a raison, il est là parmi les autres, la reconnaît et lui sourit. Sans plus attendre, elle sort un billet de dix euros pour payer sa dette morale. Christophe s’étonne, lui affirme qu’elle l’a déjà rétribué. Éliane ne comprend pas, elle lui demande des explications.

« Viva m’a remis vos dix euros hier ! » Cette fois, la femme pense être tombée sur un mystique, elle est surprise, interrogative. Elle veut comprendre. Les explications de notre homme sont alambiquées, vagues, curieuses même. Qu’importe, elle lui laisse dans sa poche le billet en lui soufflant à l’oreille : « Un Ange gardien quand il est incarné doit être récompensé ! » Elle part, laissant l’homme et son chien, interloqués. Christophe a juste le temps de lui crier : « Avec toi, je crois que je peux recommencer à croire à l’amour du genre humain ! »

Deux jours plus tard, Éliane repasse devant ce maudit parking. Soudain tout s’éclaircit dans sa tête. Une enseigne lui ouvre les portes de la compréhension « Vival ». Elle avait mal compris, c’est ce que lui criait Christophe du haut de la plateforme. Elle entre dans le magasin, espérant y retrouver sa curieuse connaissance. Une fois encore, le destin souvent facétieux, lui est favorable. L’homme est là qui achète des bières.

Ils se voient, se reconnaissent. Christophe se souvient alors de ce billet glissé dans sa poche. Il prend Éliane par la main et se dirige vers le gérant du magasin. Le punk s’adresse au commerçant : « tu m’as menti, personne ne t’avait donné dix euros pour moi. Tiens je te rends ton argent, j’ai été gratifié directement par la dame ». Le gérant sourit, empoche l’argent, il aura bien d’autres occasions de remettre ce billet à ce curieux client. Christophe s’en va à sa vie d’errance.

Éliane apprend alors de la part du commerçant que Christophe est un garçon formidable qu’il a cherché à employer. Mais hélas, il est libre comme l’air, il a choisi une existence qui ne peut se résoudre à accepter les contraintes, ce qui n’empêche qu’il est toujours disposé à rendre un petit service, le cas échéant. Il est l’Ange gardien de la rue. Quand l’homme a vu Éliane partir sans récompenser Christophe, il l’avait fait à sa place, jugeant que son geste le méritait.

Éliane venait de découvrir deux hommes hors du commun, du moins dans cette société où l'individualisme et l’égoïsme sont devenus la règle. Dans des registres fort différents, tous deux sont des êtres qui méritent de l’humanité. La femme s’en alla, elle savait que désormais, elle avait un Ange gardien dans la ville rose. Si vous croisez à Toulouse un punk à chien affable et bienveillant, n'hésitez pas à lui offrir un sourire ou un billet de dix euros.

Incroyablement sien.

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