contre-sens

par C’est Nabum
lundi 19 décembre 2022

 

À rebrousse raison

 

Si rouler à contre-sens vous expose à bien des périls, il n'est sans doute pas aisé de contrecarrer le flot bêlant des moutons qui suivent le berger, les yeux fermés, prétendant tous, d'une même voix, qu'ils sont à la fois dans l'air du temps, la norme et la tendance. Ils appellent leur manière d'être le Bon Sens, une notion si galvaudée qu'il serait urgent d'en prendre le contre-pied.

L'essence même de ce bon sens, aujourd'hui est curieusement placée sur courant alternatif. Le quidam de base, argenté si possible, s'offre un véhicule électrique en bénéficiant de ces fameuses primes d'état qui ont un penchant affirmé pour toujours tomber dans des poches nanties. Disposer d’un véhicule à batteries destructrices de la Planète vous met en tête de gondole des gens qui œuvrent pour le bien de l'humanité.

Fort de ce satisfécit, ils se permettront deux ou trois voyages en avion pour prendre le soleil en hiver ou visiter Dubaï, afin d'être du nombre des élus qui se sont rendus là où il convient de se rendre pour faire comme tout le monde. Leur bon sens nous conduit dans le mur tout en sacrifiant une pelletée d'esclaves qui triment pour favoriser leur confort.

Le sens du reste n'est plus sensé. Il se contente de suivre le mouvement sans prendre la peine de chercher à savoir où mènera cette agitation non point stérile, mais plus exactement mortifère. Maintenant la croissance est la ligne directrice, celle qui justement nous enverra tous en l'air. En dépit de sa folle prétention à se qualifier de durable, cette direction ne fait qu’accélérer plus encore le cataclysme final.

Du reste, que les experts et les têtes pensantes de la planète aient systématiquement recourt au jet privé pour aller évoquer notre avenir dans tous les coins d'un globe qui a oublié depuis bien longtemps de tourner rond, prouve que ces suppôts du génocide planétaire se moquent éperdument de ce qu'ils entendent défendre.

Le bon sens pour eux réside dans l'espoir aussi fou que vain de trouver une planète de rechange pour les privilégiés de leur rang. Ils s'enverront en l'air pour mieux assister à la catastrophe que leur appétit d'argent a engendrée. Ne levez pas les yeux au ciel, ce n'est pas dans les étoiles que vous trouverez la solution ni dans les chimères des Princes qui nous gouvernent.

Le sens de la vie ne réside pas dans l'accumulation des richesses, dans la jouissance permanente de produits de consommation, dans le divertissement indéfini et la course effrénée aux loisirs. Vivre ce n'est pas accumuler, consommer, dépenser, s'agiter et s'enthousiasmer pour des choses sans importance. L'essentiel est ailleurs et n'a nul besoin de faire grand bruit.

Méfiez-vous des tenants de ce libéralisme assassin qui vous bercent de l'illusion que tout peut continuer comme avant par la seule grâce des énergies renouvelables. Si vous ne changez rien, si le monde lui-même ne bascule pas dans un autre système, tout est perdu, avec ou sans batteries, le roulement de tambour annoncera notre fin prochaine.

Le sport professionnel est à ce titre un des exemples les plus extravagants de cette course à contre sens que notre époque mène. Chaque compétition suppose des trajets en avion, des dépenses énergétiques délirantes, des retransmissions qui imposent des satellites, des spectateurs qui traversent le monde pour assister à ces farces, des présidents qui en profitent pour ne pas mélanger sport et politique à grand frais et enfin des spectateurs tous équipés d'un téléphone pour filmer afin de montrer à leurs amis ce qui est déjà télévisé. L'absurde et la gabegie, la vacuité et la fatuité, une époque où l'on ne se contente plus de vivre sans le faire savoir à la terre entière sans user de satellites de télécommunication. Le contre-sens dans toute sa splendeur.

À contre-raison.


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