La femme industrielle (1)

par Yohan
lundi 6 octobre 2008

Face au déclin des industries traditionnelles, il en est une qui continue d’afficher une prospérité insolente. Cette industrie exploite un gisement parfaitement naturel, une source inépuisable, du moins tant que Dieu lui prête vie et des bas résilles : la femme. 

Le business du mannequinat

Après avoir célébré la beauté scandinave, texane, allemande, italienne, française, la mode est maintenant au discount, récession oblige.

Avec les nouvelles poupées russes, tchèques, nigérianes, le filet mignon persillé cède à la déferlante de la dinde sous célofemme.

Année après année, nos créateurs ont rogné sur le fameux 90 cm de tour de poitrine, jusqu’à faire disparaître les seins de l’attribut féminin. A ce rythme, il est clair qu’on sera bientôt à l’os.

Déjà, l’ossature extrêmement étroite de ces poulettes de batterie nous rapproche peu à peu du portemanteau en ivoire Au rancart donc les années 80 et 90 qui consacraient le retour à la femme pulpeuse, incarnée par les Campbell et Crawford.

 

Les créateurs de mode haïssent-ils la femme à ce point, pour la condamner à croquer éternellement la pomme, poing à régurgitation dans la bouche ?

Après avoir un temps semblé devoir plier face la vindicte populaire, succession de décès suspects oblige, les agences reprennent leurs sales habitudes et leur préférence morbide pour l’os à moelle et la chair triste, revendiquant haut et fort leur « droit d’employer des femmes dont le physique sort de l’ordinaire » sic !

Pour leurs défilés, ils les préfèrent longues, sèches et diaphanes. Poitrine dégraissée, hanches de garçonnet, épaules en portemanteau et muscles de gazelle famélique.

Avec des bras et des jambes interminables, un cou très long et une tête d’épingle, ces femmes n’ont plus rien d’une femme. Sur les podiums, une épidémie de chutes fait d’ailleurs le bonheur des internautes. A peine détectées que déjà elles vont au tapis.

Quant à nos poulettes de batterie, elles finissent leur carrière dans les filets des joueurs de Raymond Domenech qui les recyclent volontiers en potiche de discothèque. Rien ne se perd, là non plus. La remballe n’est donc pas que l’apanage de la grande distribution.

La vente au détail

La femme se vend aussi au détail.

Ainsi le mannequin de détail monnaye, selon la qualité et la valeur marchande de ses attributs, ses mains, ses pieds, ses jambes, sa bouche, ses oreilles.

Mannequin de détail, c’est un peu comme pour le cochon élevé sur paille et nourri à la châtaigne, tout est bon dedans, il n’y a rien à jeter.

Prenons le mannequin de main. La main du mannequin de main doit présenter de belles formes avec un aspect bien lisse et sans tache, ongles de longueur et de forme régulières, jolie pigmentation de rigueur.

Le mannequin de jambes doit afficher des jambes longues, galbées et fuselées.

Pour les pieds, le pied romain est de rigueur. Si votre deuxième orteil est plus long que votre pouce, formant de surcroît une courbe harmonieuse, vous avez le pied romain. A ne pas confondre avec le pied paquet, cher au regretté Jean Carmet, si ce n’est un vague cousinage avec l’andouille.

La peau se vend également. Elle se doit d’être fraîche et très légèrement tannée. Un excellent coefficient en fibroblastes, mélanocytes et kératinocytes peut vous projeter sous la douce chaleur des spots et l’inévitable (h)ardeur de photographe.

L’infiniment petit se vend aussi. Ainsi, le grain de beauté n’est pas l’ennemi du mannequin de détail, à condition d’être bien placé et agréable à l’œil.

 

Côté fesse, l’Hexagone semble plutôt bien doté en mannequins fesse. D’ailleurs, la mannequin fesse la plus célèbre du moment est française.

Pour cette poulette prénommée Laura, nous pouvons bien pousser un petit cocorico. Rien que du naturel chez elle, rien à voir avec la fesse brésilienne dure et bombée en silicone carné.

Miss plus belles fesses du monde est un titre qui vaut bien 1 000 emplois sur le site de Saindoux-ville, non ?

Aujourd’hui les agences de mannequin ressemblent à ces galeries de paléontologie qui exploitent des fossiles vivants.

Une industrie pour le moins lucrative et florissante, qui a encore de beaux jours devant elle car, tandis que les mannequins défilent, les politiques eux se défilent.

 

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