La politique médiatisée, une fois

par L’enfoiré
samedi 30 janvier 2010

Le « Question à la Une » du 27 janvier comparait deux manières de faire le joint entre politique et médias : la méthode belge et la française. Aborder les relations entre le monde des journalistes et des politiciens, une histoire d’amour forcée dans les deux cas ?

L’annonce de l’émission

- Journalistes et politiques sont-ils complices ?
A force de se côtoyer, journalistes et politiques finissent-ils par entretenir des liens de proximité ? Les hommes politiques tentent-ils de contrôler les journalistes ? Certains partis font appel à des sociétés spécialisées pour évaluer l’image que les médias donnent d’eux. D’autres font taire les journalistes qui les gênent.

- Nicolas Sarkozy menace-t-il la liberté de la presse ?
Le prochain patron de l’audiovisuel public français sera désigné directement par Nicolas Sarkozy, qui n’hésite pas à se renseigner sur la vie privée des journalistes qui couvrent l’actualité de l’Elysée. Quelle est la latitude de critique des journalistes français ?

A voir, la vidéo de l’émission au complet

 

Contenu de l’émission avec quelques remarques en plus

En Belgique :

Rappel : Quatre partis se partagent la scène politique dans un gouvernement parlementaire et constitutionnelle, formé à la proportionnelle capté par les élections. Trois pouvoirs indépendants l’un de l’autre. Le pouvoir législatif fédéral fait les lois et contrôle le pouvoir exécutif. Il est exercé par le Parlement et par le roi. Le Parlement est constitué de deux chambres, le Sénat et la Chambre des Représentants. Le pouvoir exécutif fédéral dirige le pays. Il fait en sorte que les lois soient appliquées de manière concrète et qu’elles soient respectées. Il est exercé par le roi et son gouvernement, constitué de ministres et de secrétaires d’État. Le pouvoir judiciaire, exercé par les cours et les tribunaux, se prononce en matière de litiges. Il contrôle également la légalité des actes du pouvoir exécutif. Au pouvoir, des laïcs et une liste de catholiques

Les relations entre politiciens et journalistes ont toujours été du style "Je t’aime, moi non plus". Chacun en est conscient.

Mais, y a-t-il des passages d’un bord à l’autre ou des collusions ? C’est ce que pense le citoyen, surtout quand il voit certaines accointances et intérêts en commun. Des époux dont l’un des membres se trouve en politique et l’autre au sein des politiques. Des journalistes qui grâce à leur renommée médiatique, passent le Rubicon en se présentant aux électeurs.

Une proximité gênante ? Journalistes et politiciens complices avec un sort lié ?

Cela ne semble pas, mais voyons de plus près car il y aurait conflit d’intérêt que de ne pas respecter les frontières.

L’affrontement, entre les deux bords, prouve le contraire. L’hypersensibilité des politiques à l’égard des médias est bien réelle. Normal et nécessaire dans un État de Droits qui se respecte avec des différences d’objectifs.

Alors, des pressions d’un bord sur l’autre ?

Aucune à partir des politiques, est-il répondu à la question par les journalistes.

Les partis ont leurs préférés chez certains médias télévisuels, mais cela change en permanence et les camps évoluent dans le temps.

Les "affaires douteuses" qui reviennent en cycles dans les paroles des journalistes, ne plaisent pas au sommet des partis. Alors, on râle. Le temps de parole, le nombre de fois que les politiciens sont interrompus, tout est comptabilisés, diabolisés. L’importance des partis est ostensiblement avancée pour expliquer les dérapages et les mauvais comptages, disent les politiques attentifs. Les journalistes s’en défendent en disant que seul la qualité des discours des politiciens influence pour interrompre les déviances des politiciens du cadre des questions posées, tout à fait, "impromptues et involontaires" comme il se doit.

L’intérêt des politiciens est de faire parler d’eux. Les livres, pleins d’expériences, sont des outils d’utilité publique. Le discours le plus simpliste est souvent la base d’une réussite de la compréhension du message. Informer nécessite une complexité parfois toute inhabituelle inadaptée au commun des mortels.

La hantise de commettre en direct la faute devant les médias est bien présente et certains préfèrent de sortir de l’interview non préparé.

Alors, des listes noires de journalistes circulent. Il faut maitriser son info, coute que coute et se méfier des journalistes trop zélés.

Pour maîtriser l’information, il faut de l’investigation et il faut assurer. Des idées fixes ? Mais, non.

Les "tout de boîte" intéressent les politiciens par le fait que tout message passe sans véritable contrôle mais n’apporte aucune valeur ajoutée du côté du travail éditorial.

Des émissions auxquelles les citoyens sont appelés à questionner et à commenter leurs politiques ajoutent la pression de la base. Il y a de tout derrière des pseudos et des SMS. Parfois téléguidées, parfois très organisés, parfois totalement libres de tout attachement politique.

Les journalistes votent plus à gauche que les citoyens en général d’après les statistiques. Vision plus critique, plus progressiste ? Non, peut-être.

Les actionnaires des médias ont une influence plus à droite, mais elle est minimisée. L’info masquée par le monde des affaires ? On s’en défend.

Les affaires, les magouilles, BHV occupent les trous de nos soi-disant volontés de réformes. Les Bourgmestres non nommés suite aux élections inquiètent, un jour et puis, plus rien. Le flamand est l’ennemi désigné du francophone et vice-versa dans un spectacle à petit budget. Le populisme fait les choux gras des affaires de petites vertus pour remuer les neurones endormis. Alors, on s’inscrit tout ragaillardi d’avoir trouvé le bon filon.

Les internautes restent, c’est vrai, assez discrets. Quelques commentaires un peu vifs pour commenter les articles des journaux mis en pâture sur Internet suites aux interviews de politiciens, mais pas de quoi fouetter un chat ou un tchat.

Les discussions énergiques entre partis amusent la galerie, plus qu’elle n’émeut. Le Soir a son caricaturiste pour déboulonner les idées reçues avec un décalage sur l’information chaude, Kroll.

Pouvoirs et contre pouvoirs ne sont-ils pas les mamelles d’une démocratie prise entre journalistes et politiques qui continuent à s’aimanter. Le véhicule de l’information émoustille parfois les narines, mais la caravane passe.

Vaccinés, on se souvient de nos histoires belges qui transitaient par les sketchs de Coluche.

Que dire de nos télévisions en tant que téléspectateur belge ?
La télé semble tout nous dire. Les budgets, sans aucune commune mesure avec ceux des télévisions françaises, se partagent entre communautés et publicités. Publique ou privée, elles s’épaulent comme ce fut le cas lors du drame d’Haïti. Toutes les télévisions étrangères sont accessibles par le cables ou par décodeurs en numérique.

Cela va du bêtisier comme quand nous avions appris que le Roi Albert II avait été opéré pour une fracture du col de l’uterus, que la Brabançonne avait des airs de Marseillaise, quitte a faire une mauvaise bouillabaisse, jusqu’à nous tester pour voir si nous n’étions pas endormis avec "Bye bye Belgium".

Mais, tout était faux. Alors, il y a des débats qui sont assez bien gérés.

Donc, tout va bien ?

Peut-être ben que oui. Sans le savoir, on a inventé, avant l’heure, le vert "j’espère" dans le durable.

Parfois, par la méthode Coué et la concertation avec le mot "ensemble" comme leitmotiv. On cherche le plus pauvre et on annonce tout de go que "Manifester n’a jamais créé d’emploi". L’Etat serait plus généreux avec l’Eglise. Même la Sûreté de l’Etat publie son premlier rapport. On s’envoie même des hommages entre partis. Pour couronner le tout, voilà qu’on joue avec les grands du sport.

On croit rêver. La Belgique, un pays de cocagne ?

"It’s under control", comme on dit chez nous pour ne pas avoir de problèmes linguistiques.

Ca roule, mais on ne veut pas savoir pour qui. Car il y a parfois des ratés. Il y a le "Jeu du dictionnaire" et la "Semaine infernale" pour remettre les horloges à l’heure.

Conviviales nos télés. C’est un peu le mot qui convient.

Allez, chef, une demi-gueuze, une fois, car on a soif.

 

En France :

Rappel : République présidentielle à scrutin à deux tours. Laïc. Le Président choisit son équipe gouvernementale. Il est élu pour un quinquennat renouvelable. Politique très différente de ses prédécesseurs. Un véritable "système" avec des réformes à répétition dans un rythme infernal pour faire table rase du passé.

D’entrée de jeu, certains analystes en France disent que c’est plus une presse de révérence plutôt que d’investigation.

Le Président Sarkozy "vampirise" les médias. La France n’a jamais connu un président aussi médiatique.

Il est partout et tout le temps. Comme ses déclarations, ses annonces importantes sont imprévisibles, des journalistes deviennent les rémoras de leur fournisseur d’information, le Président.

Des visites d’usines deviennent stratégiques. Le critère de taille est même avancé pour faire opposition équitable au Président. Il fait le bonheur des magazines people avec ses épouses successives.

Les journalistes à la botte du pouvoir en place ? S’ils ne sont pas empêchés d’exercer leur profession, ils sont très encadrés. Toutes les vérités ne seraient pas bonne à dire ou à écrire, est-il dit, même si la Sibérie n’est pas le bout du chemin.

Les informations "dérangeantes" s’incrustent en France par l’intermédiaire des télévisions étrangères comme un blanchiment de l’information. Travailler sous pseudos ou noms d’emprunt, devient la norme si l’on veut sortir des sentiers battus. L’information, pure et dure, se vend au prix fort et, souvent, sous le manteau.

Les Guignols de l’Info font exceptions par l’ironie et l’humour. Canal +, des journalistes qui sont encore épaulés en derniers bastions de l’indépendance.

Le patron de Paris-Match, viré, le remplacement de PPDA ne manquent pas de laisser des soupçons. Les chaises musicales s’organisent.

De petites paroles "malheureuses" ne sont jamais perdues et les vengeances des politiques existent dans l’ombre par seule incitation pour améliorer une situation jugée trop peu dans l’air du temps. L’expérience fait place à l’aventure.

Pour se renforcer aux entournures, des liens entre politique et grands patrons des médias existent au sein même du pouvoir. Alors, pour assurer, aucun politique haut placé, s’il ne se fait représenté par un porte-parole, ne s’est jamais présentés en public sans connaître les questions d’avance.

Désirer nommer les dirigeants de l’audiovisuel publique par le Président établit manifestement un conflit d’intérêt et crée un mélange des pouvoirs. L’indépendance de la presse s’en trouve amoindrie, de fait ou par soupçon.

Un humour sarcastique pour répondre aux questions des journalistes trop précis dans les questions, de la séduction dans des rapports très directs, au besoin, par le tutoiement, des liens d’amitiés fictives, permettent d’éluder les problèmes en rendant la critique possible que dans un sens. Au cours d’une conférence de presse inattendue, il est lancé qu’il est existe un doute de faire partie d’"une monarchie élective" plutôt que d’une république. S’adresser de la sorte au Président se solde par un jeu théâtral qui fait rire politiciens et même journalistes. Phénomène précurseur, car, plus tard, le fils de Sarkozy, nommé le Prince Jean, aurait pu être investi de qualifications empreintes de népotisme, si la presse et les citoyens ne s’étaient ligués contre sa nomination.

Répondre aux critiques par d’autres critiques, jusqu’à en oublier la question et la critique, n’est pas un scénario inconnu. Étendre les problèmes pour les minimiser est loin de les faire oublier et pourtant cela en laisse le goût amer.

Ce sont toutes les techniques utilisées pour faire passer les pilules et faire temporiser. Décryptez et il en restera peut être un peu plus qu’une impression. Les inexactitudes existent mais il faut les découvrir.

S’il est reconnu que la presse a toujours été dans le "système français", il est seulement plus visible, aujourd’hui.

Une rupture était vendue au début comme un bienfait ? Oui, mais pas celle que le marketing présentait.

La confiance dans les médias s’est ternie et les forums citoyens prennent la relève en y ajoutant une couche assez violente. Je lisais "Une des réalités qui se cache derrière ce choix dit démocratique est que les peuples cherchent toujours/souvent des emblèmes. Des idéaux. Peut-être des utopies. Donc des messages qui font penser ou rêver à des jours meilleurs. A des solutions faciles à comprendre, qui se déclament avec peu de mots. Donc, à des slogans. Les représentants des travailleurs dans un passé pas si lointain avaient la capacité, surtout la volonté, de représenter et de discourir sur ces utopies. Ils ne l’ont plus. Donc, les peuples cherchent des alternatives. Utiliser cet espace laissé vacant, est affaire de recentrage. Ces représentants ont très peur de dire la vérité à leurs affiliés sur ce qui se passe véritablement depuis une vingtaine d’années. Ils sont persuadés que leur survie dépend plus de leur capacité à dialoguer avec les ’vraies’ pouvoir en place que d’éduquer les travailleurs à comprendre les véritables problèmes de notre époque. La classe politique ne fait pas mieux."

Comme Internet fait peur en donnant plus de place qu’auparavant, on essaye de le museler la toile et ses araignée, au milieu, jugés comme impénitents en appuyant cette volonté par l’impression de trop plein, de mauvaises utilisations.

Mais la caravane passe... Il faut dire que Sarkozy hypnotise. « il est quand même génial Sarko, il regarde les gens dans les yeux quand il leur répond », dit la voisine.

On semble passer à la vitesse supérieure quand les bougies s’en mêlent et s’entrechoquent.

Le lendemain de ce "Question à la Une", c’était l’anniversaire du Président. Une coïncidence du calendrier

Donc tout va bien ? Juste une question : Qui va encore pouvoir tenir la bougie ?

Les humoristes, nombreux, très certainement. Ils y trouvent leurs ressources et de leurs idées.

Pour les Belges, du Canteloup, ils aiment le trouver à la télé, juste avant le Jardin Extraordinaire. On a tellement de souvenirs de vacances de la France, alors devant la télé, pour aimer se rafraichir la mémoire.

C’est vrai, "on ne vous dit pas tout" aux Français, "on vous cache tout, on vous dit rien." Mais, après les 30 glorieuses, faut pas rêver que la "Ferme célébrités" pouvait faire revenir "Douce France". C’est plutôt les vagues de "Thalassa" qui étaient au programme. "Joséphine, ange gardien", "soeurthérèse.com" n’étaient pas au rendez-vous.

Outre Quiévrain, qu’aurions-nous comme distractions pour passer nos longues soirées d’hiver, sans les chaînes françaises ?

La boucle est-elle, donc, bouclée entre journalistes, politiciens et citoyens ? Chacun y a t-il trouvé son compte ?

Oui, il y a une boucle. Elle tourne en cycles concentriques dans une politique spectacle. Merci, pour elle, de nous prêter ses moments avec sourires en commun. Oui, il y a plus qu’un homme au sommet de la hiérarchie française. Il y a un ’système’.

Le mot "critique", lui, n’est-il pas formé de "cri" qui oppose à celui de "tics" de tous les bords ?

"Les chants désespérés sont les chants les plus beaux", disait Musset. Il ne pouvait pas deviner le futur et les médias étaient assez réduits à son époque.

Espérons que la critique ait été constructive dans le durable. Le Président a été élu. Pas de doute, là-dessus. La Fée du logis est en place.

Voilà, que le jour même d’anniversaire du Président, le NouvelObs nous apprend que l’hyperPrésident a des plans secrets pour reprendre l’initiative tout azimut. Réformateur ou illusionniste ? se demande le magazine. Il n’y a vraiment plus de considérations pour les anniversaires. Pour l’anniversaire, voilà un "ancien ennemi", pas rancunier, qui, relaxé, reprennait en plus du service. Si le journalisme semble vaciller sur ses bases, la justice, elle, n’a semble-t-il, pas encore viré de bord.

Qui va trinquer et ouvrir la bouteille de champagne ? Qui va y trouver son compte en bulles pétillantes ? Mais, je me rappelle Sarkozy ne boit que de l’eau. Il l’a dit. C’est donc incontestable.

Va falloir encore une fois déplacer les billes qui restent et elles sont peu nombreuses.

Mais, en France, si on n’a pas de pétrole, on a des idées.

Donc, plus de soucis, pour le Président.

 

En tout cas, cela fait du bien de se comparer dans la francophonie.

 

L’enfoiré,

 

Citations :


Lire l'article complet, et les commentaires