La souris et les coquilles

par C’est Nabum
samedi 3 mars 2018

La fin d’un mystère.

Il était une souris qui aimait son métier même si un jour, elle eut la déplaisante sensation d’être prise pour un mulot. C’était un homme important qui n’y connaissait rien et qui s’était permis de l’outrager ainsi. Notre bel animal frétillait alors de la queue, c’était encore un temps où cet appendice était indispensable à sa mission. Depuis, elle a pu s’en passer, ce qui avouons-le, l’arrangeait plutôt. Il y avait toujours confusion de sens chez ses maîtres quand ils souhaitaient se connecter à elle et je n’évoque pas ici, le délicat problème de la latéralité des uns et des autres.

Être souris en ce temps-là n’était pas une sinécure même si alors, elle ne risquait jamais de se retrouver à plat. Depuis, avec l’âge, la belle a dû se munir de piles, son cœur ayant sans doute quelques soubresauts incontrôlés. Il est vrai qu’elle était souvent à cran dans un environnement de plus en plus complexe.

Autre souci pour notre souris, elle était fréquemment pointée du doigt pour des prétendues coquilles que des usagers maladroits lui attribuaient systématiquement. Il est plus simple d’accuser sa souris de la rage que son chat. Et pourtant l’animal sournois reluquait sans cesse sur la belle qui en voyait de toutes les couleurs quand le greffier était dans les parages.

Elle avait une peur bleue du félin. Elle riait jaune quand ses utilisateurs la laissaient seule avec le terrible carnivore. Ce qui devait arriver finit par se produire, se mélangeant les pinceaux, la souris devint verte sans pour autant pouvoir se mettre au vert. Un drame qui ne cessait de l’inquiéter, ainsi grimée, elle était sous la menace directe du chasseur, tant elle était repérable ! C’est ainsi que de fil en aiguille, elle somatisa, attrapa une vilaine angine et se retrouva avec un chat dans la gorge.

Il eut suffit, me direz-vous, de prendre des bonbons au miel pour calmer l’inflammation. Certes c’est assez facile pour vous mais bien plus délicat pour une souris attachée à son ordinateur qu’elle ne quittait pas d’un pouce. Jadis, elle avait droit à un tapis, ce qui lui évitait de prendre froid. Cette pratique était tombée en désuétude, elle devait supporter le froid d’un bureau ou bien les frissons d’une table en verre. Quelle vie !

La pauvrette n’en pouvait décidément plus. Il lui fallait changer d’existence, oser le grand saut dans l’inconnu. Ce maudit chat dans la gorge, tout autant que celui qui la surveillait du coin de l’œil sur les genoux de son maître, devint une obsession. Elle voulait se munir d’une carapace, se protéger des assauts probables du greffier. C’est un jour qu’un clavardeur malhabile l’accusa une fois de trop d’avoir commis une coquille qu’elle eut cette superbe idée : « Je vais me glisser dans la peau d’un escargot, ainsi on me fichera la paix et je n’aurai plus à craindre le chasseur ! »

Aussitôt dit aussitôt fait, la souris verte, par la vertu de son imagination, devint un bel escargot, équipé de grandes antennes. La pauvrette ignorait sans doute qu’avec la Wifi, ce genre d’appendice n’était plus indispensable. Nous pouvons l’excuser, une souris n’est pas toujours au fait des avancées technologiques.

Cependant tout escargot hermaphrodite qu’elle était devenue, la souris avait toujours son chat dans la gorge, circonstance aggravante dans sa nouvelle condition. Je peux vous l’affirmer, elle en bavait vraiment. Elle toussait fort, se raclait la gorge, attendait que quelqu’un se préoccupe enfin de sa santé. C’est alors qu’un enfant, plus attentif qu’un adulte aux drames qui se jouent parfois dans l’indifférence générale des adultes, perçut son malaise.

Le gamin, fort d’une pratique familiale assez curieuse pour son âge, pensa qu’un bon grog la soulagerait. Il prépara avec amour une eau chaude dans laquelle il ajouta du miel de bruyère, un jus de citron, un peu de thym, une larme d’huile de foie de morue et une grosse rasade d’alcool de poire d’Olivet. Il mélangea le tout et plongea notre ancienne souris verte dans ce bain chaud et revigorant.

Voilà vous savez désormais pourquoi la souris verte trempée dans l’eau trempée dans l’huile devient un escargot tout chaud. C’est l’enfant qui chanta cette comptine durant son forfait. Par malheur, la chose ne passa pas inaperçue. Ce plongeon fatal provoqua un grand désordre informatique et tous les enfants qui avaient les yeux rivés sur des tablettes les jetèrent au feu et se mirent à chanter tout en revenant à des jeux d’autrefois. Le sacrifice de la souris verte n’avait pas été inutile. L’enfance avait retrouvé son cadre !

Comptinement vôtre.


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