On trinque l’œil

par C’est Nabum
vendredi 1er octobre 2021

Promesse de campagne.

Les promesses fleurissent en pleine campagne, c'est ainsi que le futur électeur peut en faire un merveilleux bouquet, le plus souvent fatal à ses espérances. Mieux que le chiendent, la plante grimpe le long des murs de nos écoles et de nos mairies, cherchant incontestablement à cacher celles de la saison précédente qui n'ont pas tenu sur le crépi lézardé de la République.

Celles-là non plus ne tiendront que le temps de la bataille des vains mots, des idées creuses et des discours de Perlimpinpin, le grand rédacteur, sorti en catimini de l'ENA, pour mettre un peu de fantaisie dans le débat politique. Nous avons compris, puisque de la Corrèze profonde, un virtuose de la menterie a déclaré : « Les promesses n'engagent que ceux qui les reçoivent ! »

Fort de cet argument massue, le locataire du Palais nous sert la petite dernière : « Les pourboires seront défiscalisés s'ils sont payés en carte bancaire ! ». Il est bon d'examiner par le menu ce propos qui ne peut nous laisser sur notre faim. Si la carte est bleue, le verre plein, l'assiette fiscale vide, le client noir d'avoir trop bu, le serveur rouge de confusion, le percepteur risque d'en voir de toutes les couleurs.

Mais comment prendre en compte ce petit supplément à la facture ? La question mérite qu'on s'y attarde. Le consommateur replet, arrondira-t-il aussi sa note ? Qui dans pareil cas mettra la main sur ce dépassement. Le jeu complexe des virgules qui sautent fera tache dans la serviette du comptable…

Si des convives de la tablée, ravis de leur soirée, offrent une tournée supplémentaire au passage de la carte bancaire, le risque est grand de brouiller les codes, de dépasser la dose prescrite ou de se tromper de quelques degrés. Le serveur sera-t-il pour autant le bénéficiaire de ces débordements lui qui n'est pas titulaire du compte accrédité ? J'imagine les embrouillaminis de la chose qui par la même deviendra indigeste à la clarté des déclarations.

Le serveur devra-t-il mettre sur le plateau de sa balance fiscale, deux appareils bancaires ? Celui du patron pour le paiement du repas ou de la consommation, le sien propre pour le denier de la culbute ? Une double comptabilité s'imposera alors, une espèce de double facturation à la loterie jamais gagnante du code à saisir même quand on est à point.

On peut imaginer une inversion des montants, le pourboire allant au restaurateur et le repas étoilé à son serveur en queue de pie. Si ce dernier y trouvera aisément son compte, le chef se fera du mouron au moment de constater qu'il a été roulé dans la farine, un comble pour un maître queux. Le sujet n'est pas encore apparu dans toute sa complexité au petit mitron de l'Élysée. Il est vrai qu'il se contente de passer la commande sans jamais assurer le service législatif et réglementaire.

Mais au-delà de cet aspect particulier d'une mesure destinée à la restauration, le pourboire défiscalisé risque de donner des ailes et des idées au chauffard alcoolisé qui va exiger que la mesure concerne également l'amende pour conduite en état d'ébriété. On peut à juste titre supposer que l'extinction à ce cas de figure ne relève pas que de la seule galéjade.

Nous allons assister à de belles batailles de spécialistes des arcanes juridiques, la jurisprudence risque fort de s'emballer, de faire une sortie de route et quelques tonneaux à propos de ces fameux pourboires qui ne seront désormais plus en liquide.

Pour les spécialistes du corps humain, il conviendra de fouiller plus avant la question. Peut-on s'hydrater avec des boissons virtuelles ? Beaucoup d'eau risque de couler sous les ponts avant que d'apporter une réponse satisfaisante. Le grand timonier de la République, après nous avoir interdit les bars, place la barre très haute en matière de démagogie électorale. Garçon, remettez-nous la même chose s'il vous plaît !

Pourboirement sien.


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