Sarko civilisation Úpisode V : anticipons et rions un peu (jaune)

par terpacific
lundi 17 mars 2008

2012 Sarko civilisation : (ceci est une fiction)

3 mars 2010, 7 h 30, je me réveille sur le tube du moment, une reprise électro-d’ascenseurs de Quelqu’un m’a dit. Je me lève et je te bouscule, tu ne te réveilles pas et c’est normal. La veille avec quelques amis de confiance nous avons oublié le quotidien dans des alcools frelatés et des clopes de contrebande achetées à prix d’or. D’ailleurs comme pour narguer l’univers, nous les avons fumées sur le balcon histoire de montrer aux voisins que nous étions des rebelles. Ceux-ci, en effet et conformément aux derniers articles de loi sur la répression du tabagisme et l’inscription de la nicotine dans le tableau des drogues dures, préfèrent filer droit.

Je vide vite fait trois tasses d’ersatz de café de la marque « la France qui se lève tôt », le vrai étant hors de prix. Il est dégueulasse, mais bourré de caféine de synthèse étudiée pour la France qui travaille plus. Dehors le soleil fait déjà grimper la température aux alentours de 19 °C, ce sont mes tomates qui vont en être rouges de contentement. Je m’habille rapidement et sors dans l’espoir de trouver un dealer de croissant. Je sais bien que leurs produits sont à moitié coupés avec de la sciure, mais les vrais sont actuellement tellement chers qu’il faut payer l’ISF pour s’en offrir un. Je commence à traverser la rue quand une voix m’interpelle : « — Eh !! Vous, l’homme avec le short rouge et le tee-shirt vert, vous traversez en dehors des clous. » Merde, les brumes douloureuses de la gueule de bois m’ont fait oublier les caméras de surveillance... Qu’est-ce que je fais  ? Je me tire en vitesse ou pas... « — Halte, arrêtez-vous, l’homme chauve dont le numéro d’identité est : P. S. L. 24036642 3014. » Putain, plus possible de faire trois pas sans être fliqué ou abreuvé de pubs à la con soi-disant personnalisées à cause de cette foutue puce greffée au poignet. Tout ça, paraît-il pour mieux contrôler le flux d’immigration clandestine. « — Restez où vous êtes ! Une patrouille va vous contrôler dans 16 secondes à partir du premier bip sonore. BIP  ! ! ! » Ça se voit que la nouvelle milipolice est payée au rendement, elle arrive même avec une seconde d’avance... Les quatre flics harnachés comme des chars d’assaut m’encerclent. « — Allonge-toi par terre ! Plus vite ! Magne-toi ! ! » Comme je ne réagis pas assez vite, je me ramasse une décharge de teaser, la vache, ça secoue. Les quelques passants, des oisifs sans doute, trouvent assez vite d’autres préoccupations vitales à faire de toute urgence, avant de se retrouver embarquer pour résistance passive et soutien du regard à un forcené malmenant les forces de la milipolice agissant dans son bon droit. Menotté, cagoulé et complètement déphasé par les 30 000 volts qui ont pris mon corps pour un câble haute tension, on m’emmène au centre de rétention 4309 217. Depuis la fermeture de la plupart des tribunaux, le ministère de la Justice a ouvert des centres de garde à vue où, en moins d’une après-midi, on vous pointe, vous interroge, vous juge, vous condamne et vous envoie en gare de triage pour être redirigé vers le lieu où vous effectuerez votre peine ; 43 c’est pour le département, 09 pour l’année d’ouverture, 217 pour le nombre de centres dans le département.

Sur place, on commence par me mettre à poil et à me faire une fouille corporelle très poussée... J’en ai eu mal au cul, pendant les deux semaines qui ont suivi. En plus de mes empreintes, de mon ADN, de mes caractéristiques physiques qu’ils avaient déjà depuis la loi sur la sécurité intérieure pour lutter contre la délinquance, il me prélève du sang et photographie mon iris. Une fois ces traitements effectués, un gardlice me refile une chemise qui laisse les fesses à l’air, comme dans les hôpitaux publics lorsque nous y avions encore accès. Il paraît que fringué comme ça, on a beaucoup moins envie de jouer au con. Finalement, il m’enferme dans un local où se trouve déjà une cinquantaine d’autres personnes dans la même tenue. En tout cas, je me dis que si l’obtention du prêt à taux préférentiel était au moins à moitié aussi rapide que le fonctionnement de ce lieu, il y a longtemps que nous serions tous surendettés. Toutes les dix minutes, une voix monocorde et métallique appelle un numéro d’identité, l’interpellé se place devant la porte vitrée d’un sas, il y entre, une autre porte en bon blindage celle-là, s’ouvre quand la première se ferme, et le gus disparaît de notre vue.

Pendant l’attente, hébété nous regardons défiler des écrans publicitaires sur des écrans protégés par des vitres blindées. Ces spots tantôt dédiés à la gloire de notre président et de son action, nous vante aussi les bienfaits des peines planchers, des avantages à être croyant et pratiquant de l’une des trois religions d’État pour améliorer les conditions de rétention ou même avec la scientologie bénéficier d’une remise de peine, plus connue sous le nom Cruise-réduction. « — Nº P. S. L. 24036642 3014, avancez vers le sas.  » J’obtempère, la porte s’ouvre puis dans un chuintement se referme derrière moi. Je n’en mène pas large à vrai dire. La porte blindée s’ouvre. Un gardlice me fait signe d’avancer puis de m’asseoir sur une espèce de chaise métallique avec des menottes sur les accoudoirs et les pieds de devant. En m’asseyant, j’ai peur d’avoir froid au cul, mais la chaise n’a pas eu le temps de refroidir depuis la dernière paire de fesses. Une fois attaché, un écran plat dernière génération, s’allume à environ 1,50 m devant moi. Un type avec une tête de premier de la place, dans la matière « faux cul qui a un compte à régler avec l’humanité, mais a fait une thérapie de groupe avec des anciens d’Al-Quaïda » me fait la liste de mes infractions : « — Nº P. S. L. 24036643014, vous êtes accusés des faits suivants : — traverser la route en dehors des clous réservés à cet effet en violation de l’article D. 12417 de la loi Dati. — refus d’obtempérer à la première interjection du réseau de surveillance “tranquillité pour tous” en violation de l’article R. 362247 de la loi Balkany-Dati. — intention de délit de fuite en violation de la loi I. 22467 de la loi Dati. — résistance à l’interpellation en violation de la loi R. 467268 de la loi Dati. — consommation de substances illicites, du tabac dont les traces de nicotine ont été retrouvées dans votre sang. Substances inscrites au tableau des drogues dures dont l’usage est condamné par la loi C. 196234 de la loi Boutin-Dati. »

« 
— De plus, nº P. S. L. 240366423014 en vertu de la rétroactivité des sanctions pénales jusqu’aux cinquante dernières années passées, vous êtes accusé des faits suivants : — conduite dangereuse de véhicule ayant entraîné un contrôle radar à 97 km/h au lieu de 90 km/h le 3 septembre 2000.

— atteinte subversive à la sûreté de l’Etat pour les faits suivants : — écriture article d’opinion antigouvernementale — écriture et composition de chansons antilibérales — propagation et gestion d’un réseau ayant pour but de l’apologie du libre et du gratuit au travers une association de loi 1901, aujourd’hui prohibé pour cause de désordre public, nommé « AiMSA, no sacem Inside »

« 
— Vous pouvez, nº P. S. L. 240366423014, contester ces faits et demander l’assistance d’un avocat. Vous pouvez réclamer un jugement devant un tribunal pénal pour un forfait judiciaire de : 50 euros pour l’ouverture du dossier, 100 euros pour l’inscription de votre demande auprès du tribunal dont vous dépendez et de 12 467 euros d’acompte pour l’avocat commis d’office. Les frais de déplacement vers le tribunal seront à votre charge. Veuillez énoncer haut et clair votre décision.
— Euh... Combien vous dites ? — Veuillez seulement répondre par oui ou non ! — Ben... Non. — Nous prenons acte de votre réponse, nº P. S. L. 240366423014. »

« 
— Êtes-vous détenteur d’un certificat de croyances et de pratiques de l’une des trois religions d’État, le christianisme, l’islam ou la scientologie ? — Non, je suis athée. — Alors nº P. S. L. 240366423014, en vertu des pouvoirs conférés par la loi Dati, au vu de vos actions passées présentent et en prévision de vos actions futures de transgression de la loi Dati, ainsi que des réponses aux questions d’usages dans lesquels vous reconnaissez être insoumis à la morale, car athée, je vous condamne aux peines planchers de dix ans d’enfermement dans les ateliers d’Etat de Marne-La-Vallée où vous fabriquerez des costumes pour Disney conformément aux accords commerciaux liant l’Etat français et cette entreprise. Cette peine sera suivie d’une peine préventive d’un minimum de cinq ans renouvelable. »


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