SÚnat’s not dead !

par Guerra
samedi 31 mars 2012

Comment ? Qu'oyons-nous ? De vils démagogues, de félons histrions parleraient de dissoudre le Sénat ?! Pour nous autres à Agora, le civisme n’est pas un vain mot. Aussi, nous paraissait-il important, d’encourager une certaine proximité entre nos lecteurs et l’une des plus belles conquêtes de la Démocratie, fleuron de notre belle République égalitaire, nous avons nommé le susnommé sénat !

Et quel meilleur moyen, pour entretenir cette proximité, que de découvrir les coulisses d’une fin de séance en cette auguste assemblée ?
Gageons que l’esprit festif dont savent faire preuve nos élus en cette période de disette généralisée saura redonner espoir aux heureux concitoyens qui leur allouent avec une générosité jamais démentie de quoi bâfrer et rire (et plus si affinités…)

Lorsque le M. le Sénateur Hubert Soulier (Tarn et Oise ) nous accueille dans ses bureaux, c’est avec une extrême jovialité, ainsi qu’en témoigne les coupes de champagne qu’il nous présente. Dieux savent qu’à Agoravox, on n’est pas lambins sur la gaudriole, mais tout de même… du champagne à 8 heures et quart…

 " Ah ! c’est passqu’y faut finir, nous explique M. Soulier, c’est un principe qu’on a, nous autres sénateurs : on gâche pas ! Vous pouvez l’écrire ça, hein : contrairement à nombre d’idées reçues, les sénateurs ne gâchent pas l’argent du contribuable ! Les députés, je dis pas, mais les sénateurs : jamais !"

Ce débonnaire élu nous fournissant là une belle entrée en matière pour notre interviouve, celle-ci peut donc débuter…

Agora : M. le Député, Nous vous sommes infiniment reconnaissants d’avoir eu la gentillesse de nous accorder cette petite interviouve… Et puisque vous évoquez la gabegie, quel regard pensez-vous que le citoyen moyen porte sur vos agapes de fin de séance  ?

M. Soulier :
Eh ! bien, mon dieu, mais le même regard qu’il porte sur nos festivités durant le reste de l’année.

Agora : Mais encore ? N’envisagez-vous pas la possibilité que les français soient choqués d’assister à vos gonflements de panses ? Lorsqu’on voit tous vos collègues qui sont remplis tels des outres…

M. Soulier : Je vous demande bien pardon ! Votre remarque prouve, s’il en était besoin, votre méconnaissance totale de la mentalité de vos concitoyens ! Voyez-vous, nous sommes un peuple de gastronomes, de terroir : le public... pardon, les électeurs n'aimeraient pas savoir qu'un de leurs chers élus fait des repas frugaux. Bien au contraire : la clientè… pardon, les électeurs aiment à savoir que leurs élus fabriquent de la belle graisse, de la couperose de qualité, qu’ils entretiennent de luxueuses clitoridiennes dont ils couvrent le corps d’or et de lumière, qu’ils vomissent des perles de pluie… C’est une preuve de pleine santé, mais également (et surtout) que leur sacrifice fiscal n’est pas vain. Que dirait-il, le contribuable à qui la République ne montrerait que des anémiés, des pisse-froid, des végétariens ? Il se poserait des questions, le contribuable : il gronderait, il exigerait de savoir où passe son argent, vers quel destinée obscure il est acheminé !

Agora : En somme, le peuple considère la bombance de ses élus comme un placement sûr ?



M. Soulier :
Et j’ajouterais : un placement dans la démocratie, une assurance contre la corruption, un rempart contre l’instabilité… Et pourquoi croyez-vous qu’il les réélit, ses élus, le peuple ? (Ici, notre sénateur s’incline vers nous en couvrant le micro de sa main.) Permettez-moi de vous donner le fruit d’une réflexion qui a mûri au fil de ces trop longs travaux qui ont porté sur le projet de loi organique relatif aux poignées de mains accordées aux anciens combattants manchots…

Agora : Nous sommes tout ouïe !

M. Soulier :
Voyez-vous, je suis intimement persuadé que mes confrères et moi-même devrions exposer nos défécations au vu et au su du public… pardon, de nos électeurs !

Agora : J’ai peur de ne pas saisir. Vous voudriez présenter votre matière heu… enfin, montrer vos…

M. Soulier :
Présenter nos excréments, parfaitement ! Sur télé-sénat, par exemple… Tenez : je suis même certain que nos clients… pardon, nos électeurs se battraient pour nous tenir le coton sur la chaise percée… Nous pourrions surtout (c’est une idée que je lance, elle à creuser, naturellement) faire expertiser nos fèces par un laboratoire public d’analyses, dont les résultats seraient publiés au Journal Officiel. Ainsi, notre public… pardon, les électeurs seraient à même de faire le tri entre les élus dignes de confiance, baignant dans un cholestérol ou un diabète patriotique, et les autres, les tristes sires désespérants, les oiseaux de mauvais augure ! Croyez-moi : chez tout miséreux somnole un admirateur rentré du luxe et du superflu. Prenez les clochards : entre un litron superfétatoire et un utile sandevouiche, vers quoi pensez-vous qu’ils tendent ? Hmm ?

 Agora : Oui, on pourrait dire que les sans abris sont des arrivistes qui n’ont pas réussi ?

M.Soulier : C’est une belle formule ! Je la retiens pour la grille de mots croisés du Petit Sénateur Illustré, notre bulletin interne… Et puis, vous savez, nous mettons l’accent sur les plaisirs de la chère et de la chair (notez comme je suis astucieux, n’est-ce pas ?) mais il n’y pas que ça : la Chambre, c’est avant tout l’esprit de chambrée (astuce là encore !), la camaraderie farceuse…

Agora : Les sénateurs sont farceurs ?

M.Soulier : Et comment ! Il n’est pas rare qu’un Sénateur trouve un coussin péteur sur son siège ou un travesti exagérément velu en lieu et place de la call-girl qu’il s’apprêtait à besogner ! Ah ! vous n’imaginez pas à quel point l’on rit : le client... pardon, l’électeur, lui, s’en doute bien, allez ! Et ça le comble d’aise : grâce à ses contributions, il a de la joie par procuration !

Agora : Vous semblez être un fin connaisseur de la mentalité de l’électeur moyen : pensez-vous qu’il y ait des chouchous, parmi vos collègues ?

M. Soulier : Ah ! C’est une très bonne question ! Eh ! bien oui : il y en a ! Mais il faut que leur personnalité soit cohérente avec leur place sur l’échiquier politique. L’électeur tient à cette cohérence. Voyez M. Charasse, par exemple : un homme en pleine santé, encore capable d'étouffer un chevreuil entre ses mains à son âge, de le dépecer tout palpitant puis de besogner une servante sur un coin de table jonché de tripailles et d’abats pendant que la bête rôtit ! D’évidence, cet homme est un hymne aux valeurs de gauche sous l’étiquette desquelles il mène ses mandats !

Agora : Effectivement…

M. Soulier : M. Pasqua, également, est très prisé. C’est une figure majeure du folklore français. Et ils sont bien réducteurs, tous ces pseudo-comiques qui ne voient en lui qu’un Fernandel autoritariste. M. Pasqua représente bien plus que ça aux yeux du client… pardon, de l’électeur : c’est un symbole ! Celui de l’intouchable grâce aux dossiers qu’il possède et qui lui assurent une impunité totale : chaque français aimerait détenir un beau gros dossier compromettant au sujet du gendarme qui le fait souffler dans l’alcootest ou de son chef de bureau qui le raille devant la nouvelle secrétaire aux blancs nichons…

Las Las ! Cette enrichissante interviouve se termine sur cette fulgurance du Sénateur Soulier. En effet, l’un de ses estimés confrères, venu écouter ce qui se racontait par ici, vient de rendre son vacherin au gibier et à la pistache sur son épaule ! Nullement rancunier, le Sénateur Soulier part alors d’un grand éclat de rire et entreprend de ramasser un peu de vomi, qu’il lance ensuite à la face du collègue malade ! La blague fait aussitôt boule de neige parmi les fêtards, et lorsque nous quittons ce vénérable aréopage, il n’est plus que jeux, ris, jarretelles et fraternelles sodomies…


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