Une journée de perdue

par C’est Nabum
jeudi 31 octobre 2013

Le Bonimenteur rentre chez lui ...

La trop longue route !

Plus de six cents kilomètres au compteur … Assis stupidement dans une voiture , j'enrage de ce temps sans fin, ce temps perdu ! Plus le temps passe et plus le déplacement automobile me paraît corvée lancinante, long tunnel sans vie. Je subis en m'isolant avec mon clavier, j'écris pour avoir l'air de m'extraire de ce vide temporel, ces minutes qui n'en finissent pas de se dissoudre interminablement.

Que faire ? Pris dans un flot de véhicules, nous sommes des nomades indifférents aux autres. Nous nous déplaçons avec la folle prétention d'aller d'un point à un autre en effaçant tout ce qui se dresse entre ces deux points. Les grands itinéraires abolissent le paysage et les villages. Nous errons dans un décor uniforme, insipide et vide.

Le voyageur moderne se fie désormais à un écran bavard qui le guide, l'avertit, le tance ou le rappelle à l'ordre. Une communication cristalline, un échange à sens unique entre la machine qui ordonne et le pilote qui lui obéit aveuglement. Et moi, pauvre passager inactif, j'écoute ce discours monocorde jusqu'à la nausée, jusqu'à ce désir fou de détruire la machine !

Puis, surgit l'imprévu. La route se charge soudainement de véhicules immobilisés, de poids lourds, monstrueuses bêtes à l'arrêt. C'est l'imprévisible bouchon, le piège immonde qui prend en otage de pauvres gens en vadrouille. C'est alors l'arrêt complet, le long silence d'un blocage sans explication.

On s'interroge, on s'inquiète, on se lasse, on finit pas être excédé. Et rien ne se passe ; les voitures sur la file de gauche, les camions sur celle de droite, tous englués dans ce mouvement suspendu. Quelques personnes sortent de l'habitacle, cherchent à comprendre, à quérir une explication, à percevoir un indice lointain. Rien, le silence de l'ignorance est pire encore que cette immobilité inféconde.

Puis un mouvement léger se fait, au compte-goutte, les véhicules légers sont libérés. Des agents en orange nous expliquent que dix kilomètres plus loin, un camion est en feu. Nous sommes libérés, on nous fait sortir par la bretelle latérale. Illusion de courte durée ! D'une main ferme, un gendarme nous demande d'accélérer le pas pour prendre à nouveau la bretelle de retour.

Mouvement absurde, nous pensions pouvoir nous échapper et voilà qu'on nous renvoie à cet affreux blocage. Ordre incohérent d'un gendarme débordé. Intervention stupide qui nous a empêchés d'aller à l'aventure en prenant cet objet obsolète mais parfois si précieux : une carte routière. Nous replongeons dans cet enfer immobile, avec en plus la terrible sensation de nous être fourvoyés par la faute d'une autorité défaillante.

Bien longtemps après, une nouvelle sortie s'offre à nous. Nul képi pour intervenir. Nous filons par les routes de campagne ; un trajet à la carte, un itinéraire incertain mais des paysages rares, des églises magnifiques, des petits ruisseaux et de nombreux calvaires. Cette France qu'on ne voit plus en dehors de son petit périmètre familier, se donne en spectacle. Le temps cesse d'être un problème, le décor vaut la chandelle.

Puis, au terme de ce rallye champêtre, nous retrouvons le long ruban insipide. Il est dégagé, la longue et lancinante route reprend le dessus. La pendule nous indique ce temps perdu qui s'ajoute à toute cette durée monotone d'un long trajet. Et pour enfoncer le clou, la machine impersonnelle reprenant la parole, nous impose son itinéraire rapide et sans surprise. Elle nous contraint à subir, sommet dans l'art de la torture électronique, le décompte du temps qu'il nous reste, à supporter cette horreur.

Ah, vivement la téléportation. Voyager est un supplice que l'on s'impose par masochisme lors de chaque vacance. Imbéciles certes mais imbéciles heureux ; d'autres n'ont même pas ce luxe de s'ennuyer en voiture : ils ne prennent pas de congés. Alors, je vous laisse à mes états d'âme de privilégié.

J'entends certains me glisser à l'oreille que je n'ai qu'à prendre l'avion. Cette fois, je ne peux laisser passer l'offense. C'est ce mode de déplacement qui tue notre planète. Il est grand temps que les humains cessent de bouger ainsi en tous sens pour des prétextes futiles. Mais ceci est un tout autre problème … Quant au train, son prix est si prohibitif que c'en est un scandale !

Immobilement vôtre.


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