Une vie de chien

par C’est Nabum
mardi 28 décembre 2021

 

Chafouin et entravé.

 

Est-ce par ce qu'il fait un temps de moi, que j'éprouve le besoin de nous narrer ma vie de chien ? Je ne saurai vous le dire d'autant plus que depuis quelque temps, je me retrouve affublé d'une muselière pour tenter de mordre dans la vie. La chose n'est pas aisée et me laisse sur ma faim. Toujours est-il que j'ai l'humeur chafouine, ce qui pour un animal de mon espèce n'est jamais bon signe.

Je me garde bien de monter sur mes grands chevaux pour aboyer au premier chat venu. J'ai d'ailleurs dans mon secteur, une petite chatte qui minaude, venant sans cesse devant ma niche, me faire la nique. Plus je la vois, plus je la bois des yeux tandis que je gronde pour ne pas perdre la face.

Elle, passe, feignant de m'ignorer. Elle me délaisse, voulant sans doute me faire comprendre qu'elle est libre comme l'air et qu'elle n'a nul besoin de traîner un maître au bout d'une lanière de cuir pour pouvoir sortir en ville. Je feins d'ignorer ma situation d'esclave mais au fond de moi, je sais qu'elle a raison.

Une chienne du voisinage, elle aussi passe de temps à autre devant moi. Elle voudrait me mettre le collier autour du cou, surtout quand elle est en chaleur. Je ne tiens nullement à me laisser mettre le grappin dessus. C'est une chienne à sa mémère et je ne chasse pas dans ce monde. Quand je quitte ma niche, je cours les grands espaces, traquant le gibier pour un maître qui, pour montrer son affection a installé un chien à son fusil.

Je fais donc les yeux doux à cette chatte, plus féline que je ne puis l'être et qui profite de l'aubaine pour me rabaisser plus bas que terre. J'ai beau lui dire que je ne suis pas un fox terrier, elle joue de la provocation pour m'expliquer qu'elle n'a pas besoin d'être le subalterne d'un chasseur, qu'elle est à elle seule, une prédatrice redoutable.

Décidément en me pousse à bout, cherchant toujours la petite bête pour démontrer la supériorité de race féline, je tente de la mordre pour lui clouer le bec, elle me donne un coup de griffe tout en m'expliquant qu'elle aussi à une belle gueule. Je reste coi devant sa morgue tandis qu'elle s'en va plus loin en réalisant de délicieux entrechats.

Je ronge mon frein, la vilaine ne me donne même pas un signe d'encouragement, un os à ronger pour me laisser espérer des jours meilleurs. Mon sort est scellé au bout de cette chaîne qui me laisse prisonnier de cette niche. Je n'irai pas courir le guilledou avec cette petite chatte, la nature est ainsi faite que notre union est impossible.

Je la vois passer et repasser devant moi. Quelque chose me dit qu'elle a malgré tout de curieuses intentions. Son comportement me met la puce à l'oreille. Une fois encore je vais devoir subir un désagréable traitement, tandis que la tigresse s'en ira, ravie de cette nouvelle avanie qu'elle me fait subir.

Je dois renoncer à ce doux rêve. Entre chatte et chien, il n'est rien de bon à attendre. Je me faisais bien trop d'illusion. La cruelle me laisse à mon désespoir. Je pense enfin jeter mon dévolu sur une femelle de mon espèce quand soudain au loin, alors que la pénombre s'installe, j'entends hurler une louve. Me voilà conquis dans l'instant, tirant frénétiquement sur mon entrave pour rejoindre celle qui a du chien.

Ce sera une fois encore une cruelle désillusion. La bête fauve, non seulement a d'autres chats à fouetter, mais plus encore, elle est connue comme le loup blanc dans tout le pays. C'est ainsi qu'elle arrive à pas éponymes pour m'humilier plus honteusement que la petite chatte. La louve vient marquer son territoire devant mon museau. Je suis humilié. Oui vraiment, quelle vie de chien !

À contre-sujet.


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