Bienvenue chez les cons (sanguins ?)

par LM
lundi 31 mars 2008

Grosse marrade façon kop de Boulogne, samedi soir, au Stade de France. Certains supporters du PSG n’ont rien trouvé de mieux que de dérouler une banderole géante et haineuse visant les « Ch’tis » chers à Dany Boon. Sarkozy et Bachelot ont fait comme s’ils n’avaient rien vu.

Ah là là, les pères la vertu qui pensaient qu’après la micro affaire dite « Ouadou » (du nom de ce joueur de Valenciennes couvert d’insultes racistes par des supporters messins) et les sanctions qui en découlèrent (un point retiré au FC Metz déjà en Ligue 2 de toute façon) le football se voyait soudain guéri de ses sempiternels travers, ceux-là mêmes qui pensaient jusqu’à samedi soir, comme Roselyne Bachelot, que la finale de la Coupe de la Ligue allait être un grand moment d’amitié et de fête, ceux-là ont dû se rasseoir illico sur leurs certitudes niaises et admettre qu’on ne changera pas de si tôt les habitudes très ancrées dans ce sport millénaire qui divertit les bœufs autant que les élites.

Oui, parce que donc, samedi soir, le football français s’était abonné à France 3, chaîne de service public, qui a l’honneur depuis quelques saisons d’abriter la finale de la compétition la moins intéressante du football français : la Coupe de la Ligue, qui pour toute récompense offre au vainqueur un billet pour la Coupe de l’UEFA, interminable épreuve européenne qui ne rapporte pas grand-chose, rien de sonnant, peu de trébuchant, si ce n’est de solides fatigues, quelques handicapantes blessures et un championnat dur à gérer. Bref, samedi soir, le service public avait mis ses vieux animateurs dans leurs smokings de location pour interviewer les ministres présents et même le président de la République lui-même, Sarkozy Nicolas, supporter du PSG mais réel amateur de petite balle ronde. Avant match, une question bateau à Roselyne Bachelot, flanquée d’un Bernard Laporte muet comme un demi de mêlée plaqué haut, sur l’ambiance du stade, cet air de fête et cette joie magnifique, toute la ribambelle de poncifs plats et épuisants que nous délivre le service public à chaque retransmission. Et la Roselyne, toutes dents dehors, de se gargariser de ce grand moment de fraternité qui fait du bien, par les temps qui courent, une petite phrase aussi sur les valeurs du sport, et patati et patata. On écoute, on s’assoit, la pizza est là, le match peut débuter.

Une mi-temps pour le PSG, agressif et appliqué, loin de son niveau famélique du championnat, qui ouvre le score d’un but chanceux de Pauleta, et une mi-temps pour Lens, qui revient au score assez vite après la reprise, rate de peu le deuxième but sur une frappe soudaine et splendide de Monterubio, puis plus, rien, quelques actions, mais un chemin tout tracé vers les prolongations. Jusqu’à ce que l’arbitre déniche un penalty aussi imaginaire que fatidique, à la dernière seconde, de quoi tuer tout suspense. Paris transforme, Paris gagne, JPP hurle à l’escroquerie. Mais l’essentiel est ailleurs. L’essentiel s’est déroulé, c’est le cas de le dire, en tribune, évidemment du côté de celle des supporters parisiens. Sur le direct à la télévision, on a bien eu l’impression de lire quelques chose comme « pédophiles » écrit sur une banderole, mais le plan est coupé, ou resserré, et le réalisateur décidera de ne pas s’attarder. Les commentateurs de France 3, Gravelaine et Balbir, ne pipent mot. Après le coup de sifflet final, Sarkozy, lui, espère juste qu’il n’y aura pas d’incidents entre supporters, mais ne dit rien de la banderole qu’il a pourtant forcément vue. Tout le monde, en tribune officielle, l’a vue. En fait, on ne voyait que ça : des lettres, énormes, noires, sur tissu blanc, étalées sur toute la largeur d’un virage, disant « PEDOPHILES, CHOMEURS, CONSANGUINS : BIENVENUE CHEZ LES CH’TIS ». L’humour (parce qu’il s’agit quand même de cela) gris-noir d’un kop habitué à ce genre de dérive (on se souvient d’une banderole raciste et néonazie visant George Weah au moment de son départ pour l’AC Milan), aux coups de force, aux provocations extrêmes. Rien de bien nouveau sous le ciel du kop de Boulogne, en somme, qui s’inspire beaucoup des exemplaires ultra de la Lazio de Rome, réputés eux aussi pour leurs banderoles littéraires.

Mais cette fois-ci, il y avait du beau monde, du grand monde dans le stade. Le genre de monde qui ne se prive pas de faire les gros yeux dès qu’injustice se passe, qui ne se prive pas de grandes déclarations moralisantes pour flatter l’électorat le plus large possible, le genre de monde qui a le pouvoir de faire appliquer les lois. Ce monde-là, du président à ses ministres, n’a pas bronché, n’a rien dit de l’incident, n’a pas moufté à la fin du match, au micro des journalistes de France 3. Comme si, finalement, ce n’était qu’une péripétie. Pas de quoi fouetter un chat. Certes, l’ensemble d’une population insultée comme jamais, humiliée, rabaissée, mais bon, il y a plus grave, à commencer par un penalty dont tout le monde a parlé, pour le coup, dès le match terminé. Sarkozy n’aurait-il pas dû quitter le stade ? Ou au moins, après coup, révéler le scandale ? Ou alors peut-être estime-t-il que ce n’est pas si inadmissible que cela de traiter l’ensemble d’une population de dégénérés pervers ? N’était-il pas, d’un seul coup, urgent de relire la lettre de Guy Môquet ?

Aujourd’hui en tout cas on cherche les responsables, Thiriez, le président de la LFP, affirme que les caméras de surveillance, le fichier de la billetterie, permettront de retrouver les coupables. Le maire de Lens veut rejouer le match. Gervais Martel réclame une sanction, et JPP, lui, pense que le PSG n’a rien à voir là dedans. Bernard Laporte, de son côté, fulmine, lui qui pensait peut-être être débarrassé du problème des supporters de foot haineux après l’affaire Ouadou.

Tous feront mine une fois de plus de découvrir que dans les tribunes des stades se côtoient le banal et l’odieux, les gentils et les moins gentils. Des types qui ont un certain sens de l’humour noir et d’autres qui en ont contre les noirs, sans humour. Mais c’est comme cela depuis la nuit des temps, depuis que le football est football, ou presque. Sauf que là, certains supporters, plus provocateurs que les autres, ont profité de l’exposition médiatique d’une région, devenue à la mode par le biais d’un film potache au succès démesuré, ont choisi de frapper un grand coup, comme pour prouver aux grands décideurs tout autant qu’aux belles âmes toujours en retard d’une eau tiède que c’est pas demain la veille qu’on interdira de stade les cons. Petits ou gros.

Le plus drôle dans tout ce cirque, parce qu’il y a toujours une dimension comique au scandale, c’est que le match avait été introduit par un concert de Cali, sorte de Leni Escudero ségolénien, qui manie les périphrases aussi aisément que la bien-pensance, et qui a dû juste avaler de travers ce clou du spectacle. Paris sera toujours Paris.


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