Gasquet confirme enfin

par LM
lundi 11 mai 2009

Le bitérois, espoir depuis une nuit de saisons ratées de tout un peuple de spécialistes du tennis qui ne gagne jamais, a été pris le nez (sans les cheveux) dans la poudre, à Miami, alors qu’on le croyait en train de chercher une nouvelle excuse pour expliquer son futur forfait à Roland. Pauvre Richard.

« L’examen de l’échantillon B du contrôle subi fin mars 2009, pendant le tournoi de Miami, auquel je n’ai pas participé, a confirmé le caractère positif du résultat de l’échantillon A prélevé le même jour  ». Gasquet confirme. Pour une fois. Le bitérois, âgé de 23 ans, vainqueur jusqu’ici de 5 tournois mineurs (Stuttgart, Nottingham…), perpétuel espoir décevant du tennis français, nous avait plutôt jusqu’à présent habitué à infirmer son statut. De favori. Et voilà qu’il confirme son statut de sportif positif à la cocaïne, dans un tournoi auquel il n’a même pas participé ! On en rigolerait presque. Il faut dire que cette forte tête a pris l’habitude ces derniers temps, en masters comme en Coupe Davis, en grand chelem comme en tournois de plages de se décommander pour un oui pour un non, au bon vent de son capricieux caractère.

 

« Compte tenu de la complexité de ce dossier, je réunis actuellement les preuves de mon innocence et fixerai le moment opportun pour m’exprimer ». Oui, parce qu’il y a cocaïne et cocaïne. Il y a la cocaïne du cheveu, et l’autre. La cocaïne présente sur prélèvement capillaire est sensée démontrer une consommation régulière du produit, donc un problème de dépendance chez le sportif. Ce n’est pas le cas ici, selon les résultats des examens, et l’on s’oriente donc vers une de ces explications dont les sportifs fautifs ont le secret, du style le traitement contre les ampoules au pied prescrit par le beau frère de la belle sœur, l’aspirine avalé de travers ou le shampoing anti-poux qui n’était pas marqué sur la liste des produits interdits. Gasquet cocaïnomane, c’est pas pour tout de suite donc. Les amis d’ailleurs viennent à la rescousse, comme Santoro (« Je connais son mode de vie et ça me surprend énormément parce que ça ne lui correspond pas. Je l’ai eu au téléphone, il est triste et vraiment choqué. ») tandis que les moins proches n’essuient même pas une larme, comme Henri Leconte, qui expédie le fautif d’un de ces revers du gauche qui ont fait sa légende : "Quand on joue avec le feu, on se fait prendre, qu’il assume les conséquences, si c’est bien sûr confirmé. Je suis contre toute drogue, je trouve ça dramatique. C’est dommage, il va briser sa carrière, qui était déjà entamée par beaucoup de blessures. Je ne cautionne pas, je suis contre, et il doit assumer. ». Break.


Ironie du sport, la positivité de Gasquet arrive au sprint juste derrière celle de Tom Boonen, récent vainqueur de Paris Roubaix, et qui lui ne nie rien, avoue tout, la poudre sans trop de doute et l’alcool sans aucun doute : « Après avoir passé 3 à 4 mois à rouler, quand je sors, je dois vraisemblablement dépasser les bornes. (...) Pendant 364 jours, c’est parfait, j’essaie d’être un citoyen exemplaire. Mais le jour où je bois trop, ce que je ne fais pas souvent, je change. Je vais maintenant chercher de l’aide ». Damned ! Même sa formation a annoncé qu’elle ne chercherait pas à l’imposer aux organisateurs du Tour de France ! (Lesquels auront déjà suffisamment à s’occuper avec le retour de la vengeance du miraculé Armstrong, le Terminator du deux roues) Mais contrairement au jeune tennisman qui tarde à s’imposer, Boonen lui a déjà gagné 3 Paris Roubaix et assuré sa carrière. Il peut lever le coude l’esprit tranquille, le devoir accompli. Tandis que Richard, lui, risque d’en prendre pour deux ans, et espérer revenir si tout va bien sur les cours à l’âge même où Roger Federer, qui aurait peut-être besoin d’un petit euphorisant en ce moment, a commencé inexorablement à décliner. On imagine mal Gasquet se transcender à 25 ans, lui sur qui repose d’immenses espoirs depuis qu’il a 9 ans, nous dit-on, mais qui n’a jamais pu (ou voulu) enfiler le costume. Ca sent donc la sortie de terre, battu.


Mais la cocaïne, au fait, quel intérêt ? Aucun au niveau de la performance sportive, assurent les toubibs, mais beaucoup au niveau de la joie de vivre, demandez à Maradona, à feu Pantani, à Boonen donc, aussi, ces autres vedettes là, manifestement trop seuls, trop tristes, trop paumés pour assumer leur vedettariat. Ou autre chose. Et c’est peut-être là que réside la clef, chez Gasquet, cette entêtante façon qu’il a de tirer la tronche, tournoi après tournoi, de ne jamais sembler s’amuser, prendre du plaisir, s’éclater dans ce qu’il fait. Même pas un glandeur, un jeune homme qui n’a pas l’air d’être bien là où il est. Un mec à côté de ses pompes, qui à trop flirter avec les lignes va finir le nez dedans. Balles neuves.


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