Le Hakka est-il politiquement correct ?

par Georges Yang
lundi 24 octobre 2011

Nous avons tous vu lors de la finale de la Coupe du Monde de Rugby, les All blacks pratiquer un Hakka impressionnant, face à des Français impassibles pas du tout intimidés. Ce rituel maori qui se retrouve dans l’ensemble du Pacifique Ouest possède tout de la danse guerrière, de l’intimidation et de la provocation. Les premiers hakkas étaient même teintés d’obscénités et d’insultes à l’adversaire, hélas non traduites, sauf par quelques anthropologues spécialistes de la région. Il suffit de regarder Piri Weppu excitant ses hommes de la voix et du geste pour se dire que ce n’est pas vraiment gentil et poli. Les All Blacks ne sont pas des Bisounours, et c’est pour cela qu’on les aime !

Pourtant, personne en France n’oserait remettre en cause cette tradition venue des antipodes. D’ailleurs les Wallisiens qui sont citoyens français ont eux aussi leur danse qui ressemble fort au hakka. Il ne serait pas venu à l’idée de ceux qui critiquent les paroles martiales de la Marseillaise qui incitent à la haine de l’ennemi de fustiger les All Blacks ou les autres Polynésiens quand ils tirent la langue, passent le plat de la main sous la gorge ou font une sorte de bras d’honneur collectif. Nous ne sommes pas du tout dans la guerre en dentelles et le fameux « tirez les premiers, Messieurs les Anglais ». Disons tout de suite que le Hakka n’est plus désormais une danse de préparation à la guerre comme à son origine, mais qu’il garde une symbolique guerrière évidente. Que pourrions-nous faire pour leur montrer « qu’on en a » ?

Déjà, le fait de se rapprocher au plus près en les fixant dans les yeux est un bon début, on pourrait montrer notre cul, mais on aurait du mal à le justifier par une vieille tradition française. Il est donc étonnant que les ligues de vertu, celles qui parlent de respect, de civilité, de consensus d’hygiène du langage et autres balivernes ne se soient pas indignées, le mot est à la mode, devant une telle provocation venue d’un autre temps, celui des cannibales qui bouffaient les La Pérouse et consorts. Parmi ceux qui n’ont que la culpabilisation, la repentance aux lèvres, le pardon demandé pour chaque événement de notre histoire (il est certes des épisodes peu glorieux et condamnables), il n’y a personne qui ose critiquer les Néozélandais en les traitant de barbares, de va-t-en-guerre, de poujadistes ou de cocardiers chauvins. Sous Louis XIV, une chanson populaire reprenait en refrain, « le Hollandais qui a mangé ma sœur », ce n’était pas très fair play, d’autant que les Bataves n’ont guère la réputation de cannibales.

Et puis nous avions le fameux chant de fin de noce : « buvons un coup, buvons en deux, à la santé des amoureux, à la santé du Roi de France, et merde pour le Roi d’Angleterre qui nous a déclaré la guerre ». Que diraient les partisans du respect et de la bien-pensance si l’on se mettait à ré-entonner ce chant sur les terrains de rugby lors des confrontations avec nos voisins de la Rose ? Cela dit, ce fut un beau match pour des Français donné battus d’avance, il suffisait d’un drop pour le gagner, d’autant que le fougueux Piri Weppu a raté trois coups de pieds. Que les All Blacks continuent à jouer comme cela pour enchanter les amateurs de ballon ovale et que vive le hakka, même s’il n’est pas politiquement correct et d’une certaine façon se fout de notre gueule. Mais un jour, la question se posera dans un monde qui devient lisse, lâche et peureux.

A force de se poser des questions sur ce qu’il faut faire et ne pas faire, dire et ne pas dire, on n’osera bientôt plus rien en Occident. PS : J’ai assisté au match dans les jardins de l’Ambassade de France à Kampala, il y avait un Néozélandais isolé et rassurez-vous, personne ne l’a insulté. Il a même été invité à dire un mot à la fin du match. C’est aussi ça le sport !


Lire l'article complet, et les commentaires