« On a pris deux points nos concurrents directs »

par Chem ASSAYAG
mercredi 14 juin 2006

Il arrive un moment où la langue de bois et les propos lénifiants et/ou insignifiants prennent une saveur soudain amère. Après un match nul très décevant tant sur le plan du résultat que sur celui du jeu, Raymond Domenech nous a donc servi une des sentences dont il a le secret. Nous avons donc pris deux points à la Suisse, wouah, quel exploit, quelle grande nouvelle, mazette, faites retentir les cloches ! Un zéro à zéro contre une nation moyenne du football international constitue donc une bonne entame de Coupe du monde, selon le sélectionneur, mais remarquez, il a peut-être raison, car c’est mieux que de perdre comme en 2002 contre le Sénégal. Ca s’appelle la méthode Coué.

Le problème, c’est qu’on ne voit pas très bien comment Domenech espère faire un meilleur parcours qu’au Japon et en Corée, où nous avions été éliminés au premier tour, et l’on comprend encore moins les ambitions démesurées qu’il semble afficher en parlant de la finale du 9 juillet. A un moment, il faut arrêter de prendre les amateurs de football, quand bien même ils seraient « derrière l’Equipe de France », pour des analphabètes du ballon rond. Et pour des aveugles. Soit nous espérons être de futurs champions du monde, et le résultat contre les Suisses est mauvais, soit nous serions contents déjà d’être en 8e, et là, bon, d’accord, c’est pas trop mal...

Il est tout à fait possible d’avoir des équipes nationales de niveau moyen, et la France a connu de longues périodes de disette, sans grande compétition internationale, comme dans les années 1960 et 1970 ; ça arrive à toutes les nations du football, à l’exception du Brésil, et peut-être de l’Allemagne. Alors voilà, aujourd’hui, l’équipe de France est redevenue une équipe moyenne, il faut simplement le reconnaître, et éviter les fanfaronnades.

Nous n’avons rien gagné depuis l’Euro 2000, la campagne de qualification - avec ou sans les anciens - a été laborieuse, la qualité de jeu proposée depuis de nombreux mois est sans intérêt. La génération 98 aura été à son apogée entre 1996 et 2000, mais plutôt que de renouveler l’ossature de l’équipe, on rappelle un Zidane manifestement usé physiquement, ou un Thuram en fin de carrière. Alors, dans une espèce de déni permanent, on semble vouloir repousser l’échéance où on admettra une fois pour toutes qu’il faut tourner la page des glorieuses années du dernier millénaire, et passer à autre chose. En 2002, l’arrogance était fatale, en 2004, l’ambiance interne était détestable, et en 2006, tout simplement, l’équipe n’est pas très compétitive. Déjà on entend les excuses poindre quant au match raté contre la Suisse : « Il faisait très chaud », comme si les Suisses eux, étaient immunisés contre la chaleur, « L’arbitrage était pointilleux », comme si l’arbitre n’avait vu que les fautes françaises, « Nous avons eu beaucoup d’occasions », comme si Barthez et son poteau n’avaient pas à tour de rôle évité la défaite. Déjà, on entend qu’il reste deux matchs, et que rien n’est encore joué. C’est vrai, et la France se qualifiera peut être pour les 8e de finale. Mais tels des amoureux déçus, le jeu proposé, le manque manifeste de cohésion et d’abnégation dans l’équipe, une condition physique moyenne et une communication infantilisante, nous empêchent encore de nous projeter plus loin dans cette Coupe du monde.

La magie semble avoir définitivement disparu, mais je serai le premier à reconnaître un miracle s’il a lieu.


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