« Oui d’accord, la France est en finale de la Coupe du Monde. Mais avez-vous pensÚ Ó la mort ? »

par Shawn
mercredi 11 juillet 2018

C'est l'excellente question allénienne posée par Edmar Gorin, compte parodique sur Twitter d'un illustre philosophe et sociologue de 97 ans, au soir de la victoire de la France face à la Belgique en demi-finale du Mondial en Russie.

Oui d'accord, la France est en finale de la coupe du monde. Mais avez vous pensé à la mort ?

— Edmar Gorin (@Edmar_Gorin) 10 juillet 2018

C'est aussi un peu l'état d'esprit mortifère de Philippe Poutou, candidat du NPA aux élections présidentielles de 2017, qui attira sur son nom la bagatelle de 1,09 % des suffrages.

Il se passe quoi ce soir sur les champs Élysées ? Y a du monde bizarre ! Y a une manifestation contre les attaques antisociales du gouvernement ? Un réveil de la population qui se mobilise enfin contre les licenciements ou pour l’accueil des réfugiés ? Ça devait arriver. Ouf.

— Philippe Poutou (@PhilippePoutou) 10 juillet 2018

La différence entre Edmar Gorin et Philippe Poutou, c'est que le second n'est pas un personnage parodique (du moins, pas intentionnellement). Il parle avec l'esprit de sérieux qui caractérise tous les militants un brin fanatiques (nous avons récemment eu l'occasion de voir ce que cela donnait chez les végans).

Que le bon peuple ne pense pas 24h/24 aux luttes sociales, n'utilise pas 100 % de son énergie à manifester pour l'accueil des migrants et contre les licenciements, ou, selon le voeu d'Etienne Chouard, ne passe pas ses week-ends et ses soirées, et le moindre moment de repos, à organiser, dans un enthousiasme contagieux, des ateliers constituants, et voilà notre meneur de peuple dépité.

Comme tout aspirant au leadership, il se désole de cette masse de cons, d'abrutis, de moutons, capable d'envahir les Champs-Elysées après un match de foot, mais pas décidée à mettre le nez dehors, dans la moindre petite manif', pour renverser le système capitaliste et virer l'oligarchie à coups de pieds dans le cul. Le meneur d'hommes est vexé, car le troupeau ne le suit pas, mais vit sa vie de veau, de mouton ou de cochon comme bon lui semble, sans se soucier des mots d'ordre du bon berger. Que ce peuple est sot et ingrat, se dit l'aspirant despote éclairé (surtout un soir de match).

Tous ces gens de tous milieux, de toutes couleurs, de toutes religions qui se rassemblent autour d’une joie commune et simple... Ça ne pouvait donc pas plaire à ce monsieur ! https://t.co/JlenqIVrQs

— frédéric hermel (@fredhermel) 10 juillet 2018

On pourra reconnaitre à Philippe Poutou de ne pas être démago, en n'allant pas dans le sens du vent dominant, en ne nous faisant pas croire, comme tant d'autres qui n'en ont cure, qu'il aime le football. Mais on peut ne pas être démago sans être pisse-froid pour autant. Ce n'est pas parce que nous ne vivons pas encore dans le paradis communiste auquel Poutou aspire qu'il doit nous dégoûter des vils plaisirs que nous pouvons prendre, nous, hommes et femmes imparfaits, dans la très imparfaite société actuelle. Même l'extrême gauche, on le voit, a ses prêtres culpabilisateurs.

De l'autre côté de l'échiquier politique, chez l'idéologue identitaire Renaud Camus, même consternation devant les bas plaisirs de la populace. L'homme étant obsédé par le "grand remplacement" de population sur le vieux continent, comme son compère d'extrême gauche est obsédé par la lutte des classes et l'ouverture totale des frontières, il ne voit que cela, à travers n'importe quel événement, comme un match de foot par exemple.

C’est bien, le football, c’est un peu comme la Fête de la Musique à l’Élysée, on a les deux Remplacements en un seul.

— Renaud Camus (@RenaudCamus) 10 juillet 2018

Dans l'équipe de France, le bougre ne voit que des méchants Noirs qui viennent menacer sa race blanche en péril. Pour lui, la victoire des Bleus contre la Belgique, c'est le "succès des troupes d’Occupation", rien que ça ! Parmi le peuple en liesse, il ne voit, là encore, que des Noirs et des Arabes, des envahisseurs en puissance, sinon en acte. Comment verrait-il autre chose, d'ailleurs, puisque ce sont les idées qui l'obsèdent à chaque instant ?

Il y a quand même un point qui m’échappe, dans ces célébrations du Grand Remplacement sur les Champs-Élysées. Pourquoi tous ces drapeaux algériens ? L’Occupant n’a plus de drapeaux palestiniens ?

— Renaud Camus (@RenaudCamus) 10 juillet 2018

Le peuple français, que ce monsieur, paraît-il, aime de tout son cœur et veut sauver de sa disparition annoncée, aime le foot, manifeste sa joie après une victoire, descend dans la rue, se rassemble, chante la Marseillaise, brandit des drapeaux tricolores. Nulle coercition derrière ce mouvement spontané, qui correspond à ce qu'un peuple peut faire de mieux : se rassembler et communier dans la ferveur, espérer une victoire finale, oublier l'espace d'un instant toutes ses différences et les tensions qui le divisent, se sentir un, vibrant à l'unisson d'un même frisson. Comment donc un homme qui aime sincèrement le peuple français peut-il à ce point se montrer dégoûté d'une telle manifestation de bonheur partagé ? Peut-être tout bêtement parce qu'il ne l'aime pas ; parce qu'il n'aime qu'un peuple qu'il rêve, un peuple lettré, cultivé, à son image... et qui n'a jamais existé.

L’industrie de l’hébétude promet un quatorzième mois. https://t.co/tKSZ9qRXmj

— Renaud Camus (@RenaudCamus) 10 juillet 2018

Mais, face aux pisse-froid, aux peine-à-jouir, il y a la ribambelle des imbéciles de l'autre bord, bien-pensants, ceux qui, dans un mouvement contre-mimétique, s'empressent d'exploiter une victoire sportive à des fins politiques. Eux aussi, en voyant l'équipe de France, ne voient que des Noirs, des Africains, des étrangers... devenus français. Ces imbéciles croient bien faire, mais ils se trompent : leurs commentaires, loin d'être unificateurs, sont diviseurs. Ils attisent les différences ; l'air de rien, ils scindent le peuple, le balkanisent, le rendent à jamais disloqué.

Et la voilà , la belle claque à tous les declinistes . Regardez les , ces #Bleus , issus des quartiers , de la classe moyenne , originaire de l’Afrique, du Beaujolais, des Caraïbes ou d’Espagne . Regardez la #France , comme elle est belle en blacks blancs beurs . #FRABEL pic.twitter.com/EOUql068Vb

— francoise degois (@francoisedegois) 10 juillet 2018

Plantu, le dessinateur du Monde et de L'Express, voit carrément des migrants dans l'équipe de France... qui justifieraient, on l'imagine, l'accueil des millions d'autres qui frappent à la porte. Nos Bleus victorieux sont ainsi pris en otages, comme en 1998. Quelle bêtise...

L’ÉQUIPE DE FRANCE DE FOOTBALL. Le dessin de L’Express. pic.twitter.com/4D2ySIrdyv

— PLANTU (@plantu) 4 juillet 2018

Deux femmes, qui ne sont pas des "Françaises de souche" (leur parole aura d'autant plus de poids), ont justement condamné cette dérive des "progressistes", qui ne font que nourrir le mal qu'ils prétendent combattre, le racisme ; il s'agit de la journaliste Noémie Halioua...

Le courant progressiste a atteint un tel niveau de folie qu'il se fourvoit dans la même idéologie que les pires réactionnaires. Par exemple, ils trouvent judicieux de remarquer "l'origine" des footeux de l'équipe de France, exactement comme les racistes.

— Noémie Halioua (@NaomiHalll) 9 juillet 2018

"78 % d'origine migratoire"
Bravo Plantu, qui reprend la rhétorique des pires racistes - et les chiffres pseudo-scientifiques qui vont avec.
Ne pourrait-on pas simplement dire qu'ils sont français ?. https://t.co/9Oce5k05HA

— Noémie Halioua (@NaomiHalll) 10 juillet 2018

... et de Fatiha Boudjahlat, enseignante en collège, essayiste, qui se définit elle-même comme féministe universaliste, à la fois contre les identitaires et les indigénistes :

« D’origines migratoires » @plantu ? Cette formulation est odieuse. Irrespectueuse. Vous croyez lutter contre le racisme ? Vous êtes dans le racisme ... pic.twitter.com/2eLIZe7wwh

— Fatiha Boudjahlat (@FBoudjahlat) 9 juillet 2018

En effet, quel irrespect dans la formulation de Plantu... Un irrespect dont, du haut de sa bonne conscience, il n'a vraisemblablement aucune conscience.

Mais alors, si les uns et les autres (anticapitalistes, identitaires, progressistes) se fourvoient, qu'aurait-il fallu qu'ils disent après le match ? Rien, justement. Qu'ils se taisent enfin. Car, dès que nos militants et politiciens ouvrent la bouche, pour faire de la récup', ils gâchent tout. Ils dénaturent une joie pure et simple, ils la travestissent, lui font dire des choses qu'elle ne dit pas, car elle ne dit rien (rien qui ne puisse se dire dans leur langage à eux).

Voici peut-être la plus belle image de joie de ce Mondial, le magnifique sourire d'une supportrice, lors du huitième de finale entre la France et l'Argentine :

Que voulez-vous y ajouter qui ne l'enlaidisse pas ?

La joie qu'ont ressentie des millions de Français en voyant leur équipe gagner n'a pas à être commentée avec des arrière-pensées politiques, ni dans un sens ni dans l'autre. Les amateurs de foot, lorsqu'ils voient l'équipe de France, voient des Français sur le terrain, des Français qui, depuis que Deschamps a repris l'équipe, se comportent bien, donnent une bonne image, chantent la Marseillaise, se battent sur le terrain, sont sympathiques en dehors. Lloris, Varane, Umtiti, Pavard, Hernandez, Kanté, Matuidi, Pogba, Griezmann, Giroud, Mbappé, et leurs remplaçants, tous sont exemplaires durant ce Mondial.

Le peuple, plus sage que ses élites, ne voit ni Noirs, ni migrants, ni remplacistes, ni capitalistes... Il voit des joueurs qui jouent bien ensemble, sont solidaires, pensent à l'équipe de France avant de penser à eux-mêmes (nos politiciens sont bien incapables d'une telle vertu). N'Golo Kanté en est le meilleur exemple ; on lui pose une question sur ses performances individuelles extraordinaires, qui font de lui le meilleur milieu relayeur du monde, il répond en vantant les mérites de l'équipe. Pas un mot sur lui. Là où nos policitiens, par électoralisme, ont fracturé le pays, surtout depuis Sarkozy, en s'adressant à telles ou telles communautés, ces sportifs nous rappellent qu'il n'existe, ou ne devrait exister, en France, qu'une seule communauté : la communauté nationale.

Pour le moment, on n'a guère entendu Macron disserter sur les Bleus, essayer de tirer la couverture à lui. On l'a vu exprimer sa joie hier soir. Comme un enfant ? Peut-être. Et alors ? C'est la seule réaction à avoir devant un match de foot. Crier sa joie, ensemble, sans se prendre la tête outre mesure. Etre heureux d'être français, d'un bonheur simple et fugace, qui ne s'encombre pas d'analyses extra-sportives, qui, si elles commencent à se prendre au sérieux, deviennent instantanément foireuses. 

Quand il y a cordon bleu à la cantine de l’Élysée :#FRABEL pic.twitter.com/aOF9qnVwfl

— deSperate (@TBMJ2_) 10 juillet 2018


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