Roland-Garros : le choix du compromis

par Renshaw
mardi 15 février 2011

Roland-Garros restera à Paris. L'espace réduit, les projets concurrents ambitieux et la montée au créneau des écologistes et riverains parisiens n'auront pas eu raison du site historique du tournoi. La Fédération Française de Tennis a voté à la majorité (deux tiers des votes) le maintien du tournoi dans la capitale, un compromis entre histoire et modernisme.

Tout ça pour ça serait-on tenté de penser après le verdict des votes de la Fédération Française de Tennis. Roland-Garros se voit donc maintenu à Paris sur le site qui était le plus petit des quatre projets en concurrence. Comme souvent dans notre pays, c'est le choix du compromis qui a été privilégié. 

La fin de la concession prévue pour 2015 avait donné une occasion historique de bâtir un Roland-Garros moderne, plus adapté aux exigences sportives du XXIème siècle. Par le passé, les australiens n'avaient pas hésité à délocaliser le tournoi de Kooyong vers Melbourne, en proie à l'époque aux même problèmes que la FFT aujourd'hui. 

Ce qui était principalement reproché aux trois autres projets était leur coût (environ 550 millions d'euros contre 235 pour l'agrandissement à Paris) et l'éloignement du centre de Paris. Au-delà de ces paramètres, le critère historique a pesé dans le choix du site, à l'image d'un pays plus conservateur qu'il ne veut le laisser paraître. 

Une décision loin de faire l'unanimité

Néanmoins, cette décision est lourde de conséquence et n'est pas sans poser un grand nombre de problèmes : 

- un choix à "court terme" : une fois agrandit, le site atteindra sa capacité maximale. Autrement dit, si des nouvelles contraintes logistiques se présentent dans quinze ou vingt ans, les organisateurs n'auront pas de solution d'agrandissement à proposer. Or il est légitime de penser que le sport, qui a pris depuis une vingtaine d'années une place croissante dans l'économie d'un pays, imposera des exigences plus grandes à un tournoi aussi important que Roland-Garros. 

- les conditions d'accès au site. L'agrandissement du site engendrera une hausse de la fréquentation de 5 à 6000 personnes. Actuellement, le stationnement aux alentours du stade est très compliqué, les conditions de circulation à Paris vont se durcir et l'usage du métro ne se fera pas sans heurts. 

- pas de session de nuit. C'est le point noir sportif du projet. Contrairement à l'Open d'Australie ou à l'US Open, Roland-Garros ne pourra pas organiser de session nocturne car la couverture du court Philippe Chatrier ne sera adaptée que pour la pluie. Une situation difficile à comprendre pour certains sportifs comme Amélie Mauresmo. En effet, les sessions de nuit offrent une dimension supplémentaire à un tournoi et permettent, en outre, une couverture médiatique internationale plus importante. 

- la fronde des riverains. Depuis longtemps, les riverains sont opposés à l'extension du site et sont même, dans leur majorité, favorable à la délocalisation du site. Cette opposition est renforcée par la présence des écologistes à la Mairie de Paris. Ceux-ci se sont fortement mobilisés contre l'extension du site et, malgré la décision, ne comptent pas en rester là. Agnès Popelin, secrétaire générale d'Ile-de-France Environnement a même annoncé que le projet était mort-né et fera usage de tous les recours juridiques possibles pour bloquer le projet. 

L'histoire n'est plus un critère suffisant

Face à ces problèmes, le projet élu avait reçu le soutien de joueurs de tennis emblématiques tels que Rafael Nadal, Roger Federer ou Yannick Noah, évoquant le caractère historique du site, pointant sans le vouloir du doigt la complexité de la société française, balancée entre un conservatisme puissant mais silencieux et un modernisme prudent mais réel.

Le choix du maintien du site est pourtant dangereux car il est utopique de croire que l'histoire du tournoi pourrait à elle seule repousser des réalités économiques et concurrentielles. Plusieurs pays, notamment l'Espagne, se sont déclarés très intéressés pour organiser le tournoi du Grand Chelem sur terre battue. Ion Tiriac, propriétaire du tournoi madrilène, avait même déclaré en 2010 que Roland-Garros était un tournoi du XIXème siècle, Madrid du XXIème siècle. Le modèle économique mondial actuel, brisant tous les critères moraux au profit de réalités économiques et financières, n'accorde que peu de considération à l'histoire de Roland Garros. La suffisance française à se croire intouchable sous ce prétexte-ci est dangereuse car elle pourrait conduire, à terme, à la délocalisation du tournoi au-delà de nos frontières... 


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