Avale-Loire : étape 5

par C’est Nabum
lundi 15 juillet 2013

Blois – Chaumont puis Amboise

Coup de chaud dans le moteur.

Comment rendre cohérent le récit d'une journée qui ne l'a guère été ? Tout commence par un petit déjeuner qui ne peut se prendre. Le Lac de Loire est bien isolé et le restaurant de l'ami Jehan n'ouvre pas au petit matin après avoir fait la fête une bonne partie de la nuit. Je pars le ventre vide avec la ferme intention de m'arrêter à Blois pour me sustenter un peu.

Le passage du vieux pont fut plus tumultueux que prévu. C'est au sortir de l'arche passagère que le flot s'emporte un peu. Quand je reprends une maîtrise suffisante de mon engin pour me pauser à la rive, il n'y a plus de troquet à portée de souliers. (Je ne dois pas m'éloigner trop ). Un passant me conseille de traverser la rivière pour trouver mon bonheur plus loin.

J'entreprends ce travers quand un canoë arrive à ma hauteur. C'est Pierre, il nous vient de Pouilly sur Loire et veut voir la mer. Je constate qu'il a une économie de gestes par rapport à la débauche des miens pour un résultat analogue. J'en suis un peu jaloux. Son embarcation semble aussi beaucoup plus légère …

Ce natif de Cosnes sur Loire est un solitaire. Il dort sur les îles. Il en est à son sixième jour de navigation. Je suis un touriste par rapport à lui. Il faut dire qu'il est beaucoup plus jeune. Nous faisons un petit bout de route ensemble. Je fais en sorte de ne pas le ralentir mais la faim me tenaille. Au loin sur la berge, une enseigne de bar. Je le salue et tente l'accostage. Hélas les berges sont impropres à cette opération. Je renonce la mort dans l'estomac.

N'en pouvant plus, je me pose sur une île et fouille dans mon bidon. Un reste de pain fera l'affaire. J'arrive bien plus tôt que prévu à Chaumont. Je redoute de gêner l'équipe de Millère Raboton, d'autant qu'ils ont de nombreux passagers. Je n'aime pas déranger. J'avale un repas que je qualifierai de médiocre et décide de pousser jusqu'à Amboise.

Je n'ai pourtant pas une grosse forme. Le coup de fringale du matin m'a mis en fâcheuse posture. Je prends pourtant les flots avec une furieuse envie de dormir. La raison n'a strictement rien à voir dans ce comportement étrange. Je veux sans doute avaler autant de kilomètres que le Pierre que j'ai vu passer devant Chaumont …

Avant de partir je me lance dans une conversation technique avec Patrice, un des gars de l'équipe de Jean Ley. Il fait du kayak avec une aile de 1 mètre 20 d'envergure. Elle lui permet de remonter le courant sans aucune difficulté. D'autres usent d'un gros parapluie pour aller plus vite quand le vent est favorable. J'en reste un peu pantois !

Je vais trouver le temps long et les bras lourds durant ces presque trois heures supplémentaires que je me suis octroyées. Je ne veux pas me plaindre, je constate tout simplement. L'arrivée à Amboise va se compliquer d'une mauvaise information. Je me retrouve à l'exact opposé du camping. L'Île est immense et mon kayak récalcitrant aux déplacements terrestres. Je suis épuisé.

C'est alors que le miracle de la toile joue une nouvelle fois un tour à sa façon. Brian vient à mon secours. C'est un lecteur mais c'est surtout un marin émérite. Cet Américain parlant fort bien notre langue est venu s'installer à Saint Georges sur Cher. Mais c'est à la Loire que va son admiration et son passe-temps préféré. Il navigue autant faire que peu. De Roanne à Tours, il ne redoute aucun piège. Chapeau bas monsieur l'aventurier en voilier.

Il me parle de notre rivière avec cette gourmandise qui vient à ceux qui se découvrent sur le tard une nouvelle passion. Il a sillonné bien des rivières sans doute plus sauvages que notre Loire dans son Amérique lointaine mais jamais il n'avait trouvé ce mélange de nature et de patrimoine, de culture et de beauté. On dirait que le classement de l'Unesco a été fait pour lui.

Brian espère bien venir avec son étrange Balbuzard et sa voile livard en notre Festival de Loire. Je crois qu'il connait la rivière bien mieux que beaucoup d'entre nous. J'espère qu'on lui fera une place et que je pourrai à nouveau entendre son merveilleux accent. Voilà bien la raison qui me poussa jusqu'à Amboise. Pour Brian et cette belle rencontre, je ne regrette pas mon état du moment. Merci la Loire

Salamandrement vôtre. 

 


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