La saga du Colt .45 ACP & ordalie gitane

par Desmaretz Gérard
jeudi 9 mai 2024

Lundi 22 avril 2024, les gendarmes reçoivent un appel des sapeurs-pompiers des Landes à 5 h 54. Kendji Maille dit « Girac », originaire de Périgueux, grièvement blessé par balle au thorax est transporté à l'hôpital de Haut-Lévêque à Pessac (sud-ouest de Bordeaux). Le chanteur de 27 ans qui était conscient au moment de son transport a indiqué aux secours « s’être blessé en manipulant l'arme achetée sur une brocante ». Le chanteur a affirmé que sa compagne ne lui a en aucun cas tiré dessus. Il n’y avait « pas de trace de dispute physique, ni sur Soraya Miranda, ni sur Kendji Girac ».

Selon les déclarations de sa compagne, Soraya Miranda, une résidente suisse d'origine portugaise, Kendji qui est rentré à 2 h 30, a une « addiction à l’alcool » et prend « des cuites » régulièrement et de la cocaïne « une à deux fois par semaine ». Éléments corroborés par les analyses. A 5 heures du matin, le taux d’alcool dans le sang du chanteur était à 2,5 g/l de sang, et « La présence de métabolite permet de confirmer la consommation de cocaïne » vers 2 heures du matin. De crainte qu'il ne réveille Eva, leur fille âgée de trois ans, qui dormait dans la caravane, Soraya lui aurait demandé d’aller écouter sa musique dans sa voiture. Comme il refusait de s'éxécuter, elle l'a menacé de le quitter. « Quand j’ai vu qu’elle allait partir, j’ai eu peur ». Kendji lui avait déjà lancé lors de disputes précédentes, qu'il « allait se mettre une balle ou s'ouvrir la gorge ». Il serait allé chercher l'arme dans un placard et en aurait placé le canon contre son torse avec « seulement l’intention de l’impressionner et lui faire peur. Je voulais faire entendre le bruit de la détente à Soraya pour qu’elle ne parte pas ». Soraya était à l'arrière de la caravane lorsqu'elle a entendu la détonation. Découvrant Kendji au sol et blessé, elle a appelé le SAMU.

Selon les déclarations du procureur de Mont-de-Marsan du jeudi 25 avril 2024. « Un accident, un tir intempestif qui est de manière générale extrêmement peu probable s’agissant d’armes de poing de cette nature, est jugé impossible dans le cas d’espèce », a déclaré le magistrat en conférence de presse. « Toutes les sûretés sont opérationnelles. (…) Un coup ne peut pas partir tout seul ». Les premières expertises balistiques, indiquent que la balle, qui est passée proche du cœur «  a été tirée à l’intérieur de la caravane du chanteur. Elle aurait traversé son corps, de son torse à son dos, avant de percer l’habitacle de la caravane de l’intérieur vers l’extérieur ». L'arme a été retrouvée sans son chargeur « sur indication de membres de sa famille », dans un fossé du camp sur la route de Parentis-en-Born. Le chanteur est revenu sur sa déclaration et de déclarer qu'il avait acheté l'arme le 18 avril pour « 500 € » à un homme en visite dans le camp avant de s'« excuser » pour ses mensonges contenus dans sa première déclaration.

L'enquête ouverte par parquet de Mont-de-Marsan pour « tentative d’homicide volontaire » devrait « sauf élément nouveau, se terminer par un classement. (...) D’autres investigations seront poursuivies pour savoir d’où provient cette arme » (procureur Olivier Janson). L'arme retrouvée, un « semi-automatique, Remington modèle 1911 R1 » (clone du Colt M1911) et la balle ont été adressées au laboratoire balistique. Chaque arme laisse des marques mécaniques et chimiques sur l'étui et l'ogive, particularités enregistrées dans la base de données « Comparaison et identification balistique par localisation des empreintes » qui recense plus de 22.000 références de balles répertoriées lors des examens balistiques. La base iARMS de l'OIPC contient plus de « 1,5 million d’entrées sur les armes à feu perdues, volées, détournées, réactivées (armes neutralisées) ou ayant fait l’objet d’un trafic ou de contrebande. Le traçage consiste à suivre une arme depuis son lieu de fabrication ou son importation légale dans un pays jusqu’à son dernier propriétaire connu, en passant par les diverses ventes et cessions intermédiaires ». Pour rappel, c'est un pistolet de calibre 11,43 mm qui a été utilisé pour abattre trois parachutistes à Toulouse et à Montauban.

Depuis le 27 février 2024, l'autorisation d'acquérir ou de détenir une arme de catégorie B se fait en ligne après la création d'un compte sur le Système d’Information sur les Armes du ministère de l’Intérieur. Article 222-52 du Code pénal : « Le fait de détenir des armes, éléments d’armes ou munitions relevant des catégories A ou B, sans l’autorisation prévue au I de l’article L. 2332-1 du code de la défense est puni de cinq ans d’emprisonnement et de 75 000 € d’amende ».

Le calibre .45 pour 45/100 de pouce (11,43 mm) fut longtemps l'arme en dotation dans l'armée américaine et très appréciée du « milieu » français d'après la Seconde Guerre mondiale. Le 45 ACP (Automatic Colt Pistol) fut livré aux mouvements de Résistance, et a équipé les Forces Françaises Libres. Il semble que l'idée du pistolet semi-automatique (chaque action sur la détente entraîne le départ du coup suivant) a germé dans le cerveau d'un Américain vers 1854, mais c'est John Moses Browning qui en dépose le brevet en 1895. Le premier pistolet semi-automatique de calibre .45 sorti en 1905 est le fruit de la collaboration entre Browning et l'entreprise Colt.

Le 15 mars 1911, le nouveau prototype fabriqué par Colt et présenté par Browning tire 6 000 coups sans aucun incident de tir. Le War Department adopte officiellement cette arme le 29 mars sous la dénomination « Automatic Pistol ca. 45 Mode ! 1911 ». Le Colt 45 est jugé le pistolet le plus rapide, le plus puissant et le plus précis du marché. Lors de l'entrée en guerre des États-Unis en 1917, 55.553 pistolets ont été livrés à l'Armée et 86.000 au marché civil. L'arme est distribuée aux sous-officiers et officiers français à la fin de la Première Guerre mondiale. Plusieurs modifications lui seront apportées dans les années vingts, avant d'être classé « arme de guerre » en 1939. Les parachutages destinés à la Résistance en livrèrent très peu aux maquis. L'arme va doter les F.F.L et la 1° Armée. A la Libération des Français « héritent » d'un « Colt 45 » acheté avant 1939 ou échangé avec un Américain. Dans l'après-guerre le Colt 45 devient l'arme des malfrats. Les militaires français portent un Colt 45 lors des guerres d'Algérie et d'Indochine. On le retrouve pendant la guerre de Corée et la guerre du Viet-Nâm et reste en dotation jusqu'en 1985. L'OTAN a adopté le 9 mm Parabellum comme calibre standard des armes de poing. Le brevet de Browning tombé dans le domaine public, l'innovation est universellement copiée par d'autres marques.

De nombreux amateurs ignorent que les pistolets Colt sont en fait des Browning. Le principe du « Colt 45 » utilise un brevet Browning (court recul du canon, culasse verrouillée par deux biellettes), c'est le calibre .45 qui était utilisé sur le revolver Colt Peacemaker au temps du wild west. Pour le premier tir avec un « Colt 45 », le tireur doit ramener la culasse en arrière pour armer le chien et chambrer une cartouche. L’arme est alors prête à tirer en Simple Action, ce qui signifie faible pression et faible course de la queue de détente. C’est très rapide pour le départ du premier coup, mais il faut porter l’arme en condition « one », c’est-à-dire chien armé, sécurité enclenchée. Dans cet situation l’arme risque, en cas de chute, de faire feu accidentellement. C’est la raison pour laquelle le Colt 1911 a une sûreté manuelle (pédale) placée sur le dos de la crosse et qui doit être enfoncée par la paume de la main pour permettre de libérer la queue de détente.

Pour les coups suivants, l'armement se fait automatiquement par le mouvement arrière de la glissière (emprunt des gaz). Cela présente un inconvénient pour une utilisation rapide. Soit l'arme est portée chargée, chien à l'abatté, ce qui ne va pas sans risque. Le tireur ayant introduit une cartouche dans la chambre doit ramener le chien en douceur sur le percuteur. Dans cette position le percuteur qui agit par inertie est maintenu à l'écart de l'amorce de la cartouche par son ressort. La deuxième position, celle du chien armé et sûreté en position est encore plus dangereuse. C'est pourquoi les règlements militaires prévoient que l'arme doit être portée non chargée. En cas de besoin il faut donc rapidement manipuler la glissière pour introduire une cartouche et armer le chien, opération qui exige du temps et les deux mains. Il faut un entraînement draconien pour « approcher » la rapidité d'un revolver à double action qui lui est toujours prêt à faire feu tout en étant porté en sécurité. Autre inconvénient du Colt 1911, la capacité de son chargeur limité à 7 cartouches (plus une si une balle se trouve dans le canon).

Certaines armes possèdent un ou plusieurs systèmes de sécurité et de sûreté combinés pour prévenir tout départ accidentel. Il convient de faire une différence entre un dispositif de sécurité qui permet selon le choix du tireur de faire feu ou de s’abstenir, et les systèmes automatiques de sûretés qui permettent de prévenir le départ accidentel du coup. Cette sûreté dépend du type de l’arme et non du choix du tireur.

On rencontre différents dispositifs :

Le seul fait d'ôter le magasin bloque automatiquement le percuteur. Cela évite le classique départ du coup lors du nettoyage de l’arme ou d'une chute.

La pédale placée sur le dos ou le devant de la crosse s’oppose à tout départ du coup (pression d'environ 4 kilos).

Si une munition est partiellement chambrée et que la culasse est fermée incomplètement, la liaison bielle avec le talon de gâchette est désolidarisée.

Décrochage accidentel du chien qui quitte le bec de gâchette lors d’un choc ou de l’armé, un second cran de sûreté ou de demi-armé l’accroche automatiquement pendant sa course. Ce cran de sécurité sert pour transporter l’arme chargée. L’on parle alors de chien à l'abattée.

Les sécurités, rappelons le, nécessitent l’action volontaire du tireur, on retrouve : le levier de sécurité placé sur le côté de l’arme qui peut être relevé du pouce par le tireur pour immobiliser la détente et son mécanisme. Position marquée par la lettre « S » ( sécurité, safe, sicherheit). Ce dispositif est placé parfois sur la glissière pour assurer le blocage du percuteur ou du chien. Pour le tir, il faut la désengager vers le bas, position indiquée par la lettre « F » ( feu, fire, feuer).

Le Colt .45 n'a pas fini de faire parler de lui. Le model 1911 est mythique, aucun amateur de cette arme légendaire ignore que le général George Patton portait un Colt 45 aux plaquettes de crosse recouvertes de nacre. Plusieurs millions d'exemplaires militaires et civils de cette arme ont été fabriqués, et Colt en propose six versions, sans parler des nombreuses imitations américaines ou étrangères.

Une balle 45 ACP c'est un projectile de 12 à 15 grammes se déplaçant, selon la charge, entre 236 à 305 m/s. La vitesse n'est qu’indicative car elle dépend : du sertissage, type et dosage de la poudre, forme et masse de la balle et de la longueur du canon. La munition létale à 100 % n'existe pas. Aux États-Unis un homme atteint par une trentaine de balles 9 mm (impacts tête et poitrine) continuait à riposter. Il n'a été mis hors d'état de nuire qu’à la 32 ème balle ! Ce n’est pas seulement l’importance du calibre qui tue, l’endroit touché rentre en compte pour une grande part dans la sévérité d'une blessure, domaine de la balistique lésionnelle. Un enfant est décédé après avoir été atteint dans la poitrine par un plomb de 4,5 mm tiré par une arme à air comprimé ! Une correction, une précision, une remarque ?

°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°


Lire l'article complet, et les commentaires