Patient, force d’attendre ...

par C’est Nabum
mardi 4 avril 2023

 

Scènes ordinaires d'un désert médical

 

Il advint de manière parfaitement inopinée que cet assuré social dont nous tairons le nom, se retrouva fort dépourvu lorsque son médecin traitant partit avec dossiers médicaux et bagages pour achever sa carrière dans une clinique privée afin de constituer un petit pécule. L'homme agit en catimini, une forme thérapeutique qui laisse en plan les malheureux patients, contraints alors de se lancer dans l'impossible quête d'un remplaçant.

Il se trouvait fort opportunément qu'une maison de santé avait depuis peu ouvert ses portes dans le quartier de notre héros malgré lui. Il s'enquit d'une place mais essuya un refus, l'établissement de santé ayant été pris d'assaut, tant la demande est forte dans le secteur. De guerre lasse, notre ami à l'instar de nombre d'assurés sociaux se résolut à ne plus se faire soigner tant qu'il n'en serait pas dans l'impérieuse nécessité. Cette pratique est finalement courante et selon le conseil du désordre est une forme élaborée de médecine imprévoyante, petite sœur de celle qui se veut préventive.

Ses petits maux repoussés à l'installation hypothétique d'un praticien dans son quartier, notre homme comptait sur sa bonne santé pour ne pas lui jouer de vilains tours, laissant dans l'indifférence les petits maux du quotidien qui finissent inévitablement par faire les futures civières. Il était encore en âge de se croire indestructible.

Un beau jour, une petite excroissance au bas de l’aine lui apprit que sa mécanique n'était pas à l'abri d'un petit désagrément. Une simple hernie certes mais qui nécessitait un avis compétent pour qu'un chirurgien fasse ce qui se doit. La démarche pour classique qu'elle était autrefois n'en est pas moins devenue un parcours du combattant pour qui n'a pas de médecin référent, belle escroquerie législative dans un contexte de pénurie.

De la rumeur publique lui parvient qu'il était un bon samaritain des patients en déserrance qui consultait à la va vite et à tour de bras. Une forme de médecin sans frontière ayant posé ses bagages dans un quartier de relégation. Pas de rendez-vous, une cadence de visite infernale, pas de dossier et une salle d'attente qui relève de la cour des miracles n'empêchèrent nullement le bon diagnostic et un aiguillage pertinent sur un confrère.

La hernie résorbée, il se retrouva dans la même situation, ce médecin de l'urgence ne pouvant être une solution pérenne d'autant que la justice vint se mêler de ses pratiques, lui interdisant un temps de rendre service à rebours des valeurs du Conseil de l'Ordre établi. Une nouvelle période de vaines recherches s'ouvrit devant lui avec toujours la même rengaine : « Nous ne prenons plus de nouveaux patients ! »

L'homme venait de découvrir qu'il convenait de comprendre « clients » en lieu et place d'un mot qui pouvait avoir bien des acceptions sauf celle de « malade » qui désormais ne figure plus dans le lexique de la blanche corporation. La colère n'est jamais bonne conseillère. À force de se faire du mauvais sang, sa tension lui joua des tours. Il devait sans tarder trouver un refuge médical.

La nouvelle lui parvint ; la maison de santé avait accueilli de nouveaux praticiens et acceptait donc de nouveaux clients. J'use à dessein de ce vocable puisque le premier rendez-vous pris ne fut que l'objet d'un entretien préalable, une forme de rencontre informelle et purement administrative. Quand son futur médecin demanda à notre ami ce qui le pousse à vouloir un médecin traitant (comme si du reste, il était possible de s'en passer) il évoqua ses inquiétudes à propos de ses sautes de tension. Il s'attendait naïvement je vous le concède, que son interlocutrice se lève pour prendre son tensiomètre, il n'en fut rien. Elle lui réclama le montant de la consultation et l'invita à prendre un rendez-vous pour examiner ce problème dans trois semaines environ.

Il m'avoua que de cette première rebuffade, il tira un ressentiment certain vis à vis de cette professionnelle de la santé à l'éthique conforme aux normes actuelles. La suite prouva qu'il n'y aurait jamais un climat de confiance entre eux, les visites se limitant strictement à un seul problème à la fois et donc toujours le même : l'hypertension.

De négligence en négligence, d'indifférence en consultation expédiée, il ne put jamais franchement évoquer ses inquiétudes qui finirent par être prises en charges par le Samu lors d'un appel de détresse. Le patient, dans cette médecine de proximité, est celui qui attend jusqu'à l'extrême limite et trouve éventuellement la réponse à un problème qu'il n'a pas eu le loisir d'évoquer de par le formidable professionnalisme des gens du 15.

Notre ami, remis sur pied, est-il besoin de vous le préciser, est à la recherche d'un nouveau médecin traitant, si possible un professionnel de la santé qui ne fait pas fi de son serment. N'allez pas lui dire que c'est impossible, il en ferait une nouvelle maladie.

À contre-cœur.


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