Développement durable, l’imposture ?
par sylvie brunel
mercredi 25 juin 2008
« Il n’existe pas de planète de rechange ». Ceci est l’argument choc des propagandistes du développement durable. Tel est le constat de Sylvie Brunel qui dans son dernier ouvrage A qui profite le développement durable ? (Larousse) assène une volée de bois (vert) non pas contre le développement durable, mais contre ses adorateurs, ceux qui transforment cette belle idée en dogme ou, peut-être pis encore, en espèces sonnantes et trébuchantes, au risque d’exclure une part conséquente de l’humanité, à savoir les plus pauvres, les plus fragiles.
Dans le cadre des Rendez-vous de l’Agora, nous vous présentons un extrait du dernier livre de Sylvie Brunel précédé de son interview exclusive.
Vidéo de Sylvie Brunel réalisée par Olivier Bailly
« Tel qu’il nous est présenté aujourd’hui, le chemin du développement durable paraît exiger à la fois des sacrifices financiers, beaucoup de temps et une conscience de chaque instant.
La plupart d’entre nous n’ont connu que la société de consommation ! Depuis notre enfance, toutes les ressources paraissaient à notre disposition, gratuites ou presque.
Nous nous sommes trompés, nous dit le développement durable : les ressources sont rares, au contraire. Et nous sommes coupables. Nos péchés ? Innombrables. Habiter loin de notre lieu de travail, dans des banlieues où se loger est moins coûteux qu’au centre des villes.
Faire les courses une fois par semaine dans d’immenses centres commerciaux, pour bourrer le coffre de nos voitures, désormais honnies, de marchandises dont la publicité ne cesse pourtant de nous vanter les mérites. Nous nourrir d’aliments prêts à l’emploi, fabriqués industriellement. »
« … Sur le plan du développement durable, l’hypermarché n’est pas le scandale généralement dénoncé : une mère de famille active qui doit préparer chaque jour les repas d’une ribambelle d’affamés en pleine croissance n’a pas la possibilité de nourrir toute la famille en se rendant tour à tour chez le crémier, le maraîcher, l’épicier, le poissonnier.
La perte de temps est colossale et les coûts prohibitifs. Sans compter que la planète n’y gagne pas forcément : se servir chez les petits détaillants et producteurs multiplient les déplacements. Surtout si, croyant bien faire, vous allez chercher directement vos produits à la ferme.
Le bilan énergétique entre les deux modes d’approvisionnement penche en réalité en faveur de l’hypermarché, qui concentre en un seul lieu la totalité des produits et s’approvisionne lui-même en jouant sur les économies d’échelle.
D’où sa compétitivité, comparée à celle des petits détaillants. C’est aussi lui qui fait vivre des régions entières par le volume des marchandises qu’il écoule : pour un producteur, être référencé par une chaîne de magasins représente un enjeu essentiel. »
« Comme elle fut pendant la colonisation le champ d’expansion des églises, et aujourd’hui des sectes de tous poils, l’Afrique reste le terrain d’action privilégié des missionnaires du développement durable. À l’heure où ce continent cherche à échapper au piège de la pauvreté et de la dépendance envers la nature, le reste du monde cherche à l’y maintenir de force.
Au nom du paradis perdu, l’Afrique devrait figurer, dans la mondialisation, cet Eden pré-adamique, immense zoo à ciel ouvert où les riches du monde entier pourraient venir puiser de quoi se régénérer, conservatoire de la faune et de la flore passées, comme si la misère tenait lieu de brevet d’authenticité. »
©Larousse