Islam, créationnisme, catholicisme, où vont les religions ?
par patrick de saint-exupéry
mercredi 2 juillet 2008
Où vont les religions ? Changent-elles ? Evoluent-elles ? Se régénèrent-elles ? C’est le sujet du dossier de une de la revue XXI dont le troisième numéro sort le 3 juillet.
Trois reportages ponctuent ce dossier : « Adam et Eve au pied de la lettre », de David Fauquemberg dont nous vous invitons à lire ci-dessous un extrait en avant-première ; « L’Islam à la carte » de Joseph Confavreux ; « Les moines de la place du Capitole », extraordinaire reportage de Sylvie Caster sur une douzaine de moines francisains qui depuis cet hiver se réunissent en cercle, en plein centre de Toulouse, pour prier en silence. Accompagnés de citoyens toujours plus nombreux, ils protestent contre les conditions de rétention des sans-papiers.
Comme l’écrit Patrick de Saint-Exupéry, rédacteur en chef de la revue XXI, dans la présentation de ce dossier : "Les religions épousent les passions, les chimères et les espérances des hommes. Elle sont un oscillographe du présent ».
Patrick de Saint-Exupéry, évoque en exclusivité pour les Rendez-vous de l’Agora le dossier de cette nouvelle livraison consacré aux religions mutantes.
Les Religions mutantes, une interview-vidéo réalisée par Olivier Bailly
Extrait de Adam et Eve au pied de la lettre, par David Fauquemberg.
Un reportage à lire dans le n° 3 de la revue XXI
« Le capitaine Wilson est un homme affable, prudent. Pompier à Dayton, dans le sud du Tennessee. La caserne est déserte en cette heure de veille. Dehors, l’orage redouble, et des torrents de pluie inondent les trottoirs. Assis à son bureau, Wilson tend sous la lampe articulée un album de vieilles photos, patiemment rassemblées : « Scopes Trial ».
Le procès Scopes, que chaque année des figurants rejouent en juillet, mot pour mot, dans la salle d’audience du tribunal de Dayton. Retransmis en direct à la radio, une première, le « Procès du singe » tint en haleine l’Amérique, à l’été 1925. Fait sans précédent, un juge allait se prononcer sur le conflit supposé entre création biblique et théorie de l’évolution : l’homme était-il créé par Dieu, ou bien descendait-il du singe ?
Ils sont tous là, figés, sur tirage noir et blanc. Wilson fait les présentations. « John Scopes, l’accusé. » Le jeune homme, athlétique, pose avec son équipe de football, le regard ailleurs. Professeur remplaçant, il a produit devant des collégiens un manuel inspiré de Darwin. Ce qui lui vaut d’être poursuivi.« Là, c’est William Jennings Bryan, pour l’accusation. »
Une foule endimanchée accueille le grand homme, trois fois candidat démocrate à la présidence, défenseur du petit peuple et de l’autorit biblique, pourfendeur de l’évolution darwinienne. Il a l’air soucieux, fatigué, il mourra à Dayton une semaine plus tard. « Lui, c’est Darrow, avocat de la défense, un athée… » Clarence Darrow, libre penseur, spécialiste en droit criminel, est descendu tout spécialement de Chicago. Véhément, le rictus mauvais, Darrow gesticule tant, dit-on, qu’il en déchira deux chemises.
Wilson referme son album. « Tout ça nous a nui, en fin de compte. Ceux du Nord, ils nous prennent pour des fanatiques. » Et lui, le pompier, qu’en pense-t-il de cette histoire d’évolution ? Il fixe le bout de ses chaussures, renâcle. « Eh ben, certains y croient. Mais y en a qui croient autre chose. »
La Terre créée en six jours voici six mille ans Le coup de pub a fait long feu. Dayton demeure une country town de quelques milliers d’âmes, oubliée de tous. Des papillons gros comme la main apparaissent avec le printemps, et dans chaque arbre ou presque un couple d’écureuils. Des pickup déraisonnables passent au ralenti dans les rues dépeuplées, au pied des édifices en brique, des vérandas à colonnades.
Le Sud profond, rural. Il n’y a pas si longtemps, en venant de Knoxville, on traversait le fleuve Tennessee à bord du Washington Ferry, six voitures à la fois. Au Dayton Coffee Shop, des ouvriers en bleu de chauffe dévorent le plat du jour, poisson-chat et purée. La-Zy Boy, une fabrique de canapés, est le principal employeur de la région, pour ainsi dire le seul. On se salue d’une table à l’autre.
Sur les murs, des photos d’enfants, de vétérans de toutes les guerres. Au-dessus de ma table, les Dix Commandements. Le Chattanooga Times du jour dénonce l’arrogance de Barack Obama : qui est-il pour critiquer ces « petites villes qui se raccrochent aux armes et à la religion » ? Un chroniqueur raille la liste annuelle des « cent hommes d’influence » publiée par le magazine Time.
Quelle influence peuvent bien avoir ces acteurs, ces politiques, ces journalistes ? Pourquoi Jésus de Nazareth n’est-il jamais cité, « lui qui change nos vies depuis deux millénaires » ? »
© XXI