un copié-collé d’une belge de retour de libye
De retour de Libye, Ilse Grieten a
répondu aux questions d’Intal. Cette ONG a lancé la campagne «
F-16 hors de Libye », qui vise faire sortir la Belgique de la
coalition en guerre contre la Libye.
Intal : Pourquoi es-tu
allée en Libye ?
Ilse : En 2002, je suis allée en Irak avec
une mission internationale. C’était la période pendant laquelle
la guerre contre l’Irak était en pleins préparatifs, avec la
diabolisation de Sadam Hussein et le récit touchant les armes de
destruction massive, visant à ce que chacun soit prêt à participer
à la guerre. Par après, j’ai eu très mal au cœur quand j’ai
vu que tout avait été bombardé de fond en comble. Maintenant que
nous voilà plus de 8 ans plus tard, ils y sont encore.
Pouvons-nous
comparer la Libye à l’Irak ?
Quand la guerre en Libye a
commencé, j’étais aussi très fâchée. Quand j’ai regardé les
messages transmis par les medias et que j’ai vu la vitesse à
laquelle les décisions étaient prises, j’étais littéralement
malade de colère, furieuse et incrédule devant le fait que notre
pays agisse ainsi, un petit pays qui ne sait déjà pas se gérer
lui-même. De plus, le Parlement tout entier a soutenu la décision.
Les verts y compris ! Comme si nous devions d’urgence aller sauver
des citoyens avec nos F-16 ? Y a-t-il quelque chose de plus absurde
?
Une fois de plus, on pointe un leader qu’on diabolise pour
justifier la guerre. S’ il s’agissait de Kadhafi, ils auraient pu
tout simplement le faire inviter par Berlusconi ou Sarkozy et
l’arrêter à ce moment-là. Aussi longtemps que quelqu’un sert
nos intérêts, nous le soutenons pour notre propre profit. Son
accord pour contenir le flot de réfugiés, les nombreux contrats
avec des entreprises européennes, … La Libye est un pays qui mène
sa propre course indépendante, sans dette extérieure, et c’est le
seul pays qui peut en dire autant (1). Les Libyens ont une bonne
économie (avec un taux de croissance économique de 7 %), et ce
n’est pas un hasard s’ils ont aussi du pétrole.
Une fois
que vous étiez en Libye, qu’est-ce qui vous a le plus frappée
?
Peut-être trois choses.
A Tripoli, on ne percevait
pas de climat de guerre. Les gens n’étaient ni hostiles ni
méfiants les uns envers les autres. On avait le sentiment que la vie
se déroulait comme d’habitude, tous les magasins étaient ouverts,
les familles étaient à la plage, … Il y avait bien des pénuries
d’essence aux stations de distribution, avec de longues files pour
conséquence. Tout était calme, vous n’aviez pas l’impression
qu’à tout instant une bombe pouvait tomber sur votre toit.
Ce
à quoi je ne m’étais pas du tout attendue, c’est à la
composition de la population. Celle-ci est très mélangée et l’on
voit que les Libyens de toutes couleurs vivent ensemble tout
simplement, sans distinction. En plus de ça, il y a presque autant
de migrants africains provenant des pays voisins qui vivent et
travaillent là depuis des années, et semblent complètement
intégrés dans le paysage.
Tertio, et c’était ce qu’il y
avait de plus important et de plus surprenant à Tripoli et partout
où nous sommes allés dans l’ouest du pays, l’immense soutien de
la population pour Kadhafi. Partout où vous allez, à toute heure du
jour, des gens sillonnent les rues en klaxonnant et en agitant le
drapeau vert libyen, avec des photos de Kadhafi, et criant :“Allah,
Muammar wa Libya, bus” (Dieu, Muammar et la Libye, c’est tout
!).
Sur la Place Verte à Tripoli, le vendredi après la
prière de midi, des heures durant il y avait une protestation
massive contre l’attaque des forces de l’OTAN et en appui au
gouvernement. Je ne peux pas dire combien de centaines de milliers ou
combien de millions de personnes il y avait car je n’ai jamais vu
une telle masse de gens. Toute la journée, sur toutes les places et
dans toutes les rues régnait une sorte d’atmosphère de fête. Les
gens voulaient tout le temps parler avec vous. Même quand nous nous
promenions dans le souk, des personnes s’adressaient à nous
spontanément : « Qu’avons-nous fait de mal ? Pourquoi nous
avez-vous bombardés ? Nous n’avons fait de mal à personne. Dans
ce pays, chacun est bienvenu et que faites-vous ? Pourquoi ? »
Chacun était indigné et fâché, se demandant pourquoi nous
(l’Occident) venions détruire leur pays. Ils n’épargnaient pas
non plus leurs critiques à l’encontre des journalistes, qui font
tout pour vendre la guerre et ne pas raconter la vérité.