@ Aurélien,
Le coeur de votre discours ici c’est que vous trouvez arrogant, lorsqu’on n’en est pas, d’en parler. Qu’il est arrogant, quand on est docteur de Paris en 1880, de commenter la manière de marcher ou de respirer des Congolais. Arrogant donc sec de fructification.
Je trouve bien de raisonner de cette manière. Je trouve sain, quand on n’est pas un hippopotame, de ne pas parler de l’hippopotame. Sinon, en posant d’abord tous les préalables de l’impénétrabilité. Précaution épistémologique et respectueuse que même Claude Lévi-Strauss n’avait pas cru devoir prendre.
Convenons toutefois que pour un Parisien, la question des zones difficiles de la RP se pose au quotidien. Il n’est certes pas du côté de l’anus social que représentent les zones difficiles mais la merde le concerne tous les jours. Mettons donc qu’un Parisien du Marais soit de plein droit lorsqu’il commente les zones difficiles.
Et à la limite, un sociologue habitant Saclay peut faire une thèse sur les zones ou quartiers difficiles selon le point de vue de Chevreuse.
Là où ça commence à devenir gênant c’est lorsqu’on disserte entre gens du V ème pour décider des plans d’action sur Clichy Sous Bois ou Bobigny.
Mais après tout, le Pouvoir est bien autour de la place de la Concorde n’est-ce pas ? Personne ne s’y trompe n’est-ce pas ?
Ce qui est chouette (car il y en a tout de même dans cette histoire) c’est qu’il existe des maires dans ces secteurs difficiles (Ici, je localise. Ce qui est un préalable abusif . Mais faisons avec tout de même dans un premier temps) . Et ces maires sont au contact permanent avec ces populations. Ils rapportent au Parlement ce qui se passe dans leur commune et cela avec beaucoup de justesse et de sens de la médiation.
Alors que le Pouvoir dispose déjà des maires et conseillers municipaux de ces endroits pour entendre la voix de l’anus social, pourquoi lui faut-il encore entendre les avis d’experts qui n’en sont pas ?
Vous voulez tout savoir sur Clichy Sous Bois ? Ecoutez ce qu’en dit son maire et vous aurez déjà une bonne synthèse.
L’immigration (en gros) ?
Elle pose des problèmes spécilfiques, certes. et ils ne sont pas minces. Inutile de les répéter ici, chacun les connaît par coeur.
Ce qui est moins dit, par contre, c’est que s’il n’y avait eu aucun immigré en France, la ceinture rouge serait tout de même difficile.
Jusqu’aux parents des baby boom, il était valable voire très valable ou digne d’être un ouvrier.
Entre les baraquements de fermes, les bidonvilles (il y en avait un devant le café de l’Etoile, au bas de Clichy Sous Bois en 1970) et les appartements bien propres et chauffés des barres, yavait pas photo. Les ouvriers de 1950 étaient ravis d’accéder enfin au confort avec supermamouth au pied de l’immeuble.
Puis les mentalités ont changé.
Même sans aucun immigré d’aucune sorte, les Français post baby boom se sont progressivement détournés de la condition ouvrière et de tout ce qui la rappelle. Même sans aucun immigré, la ceinture rouge serait devenue l’anus social de la France.
On prend une barre en excellent état, on la place à Angers, les Français n’en veulent pas ou n’y logent que par dépit de la même manière qu’ils logent par dépit dans les barres clapier de Montparnasse.
Non non et non, les US n’ont pas voulu des barres, ils leur ont préféré les maison en lotissement et bien les Français ont rejeté les barres et ils préfèrent , eux aussi, les maison ou les petits immeubles. Et cela depuis 1970
Par rapport à une barre de la Courneuve, un grand immeuble du Front de Seine ou même du XIIIème, ça fait tout de même chic. Mais que l’on supprime les barres de la ceinture rouge, qu’il n’en reste plus une seule et on verra les habitants de la tour Rubis ou Totem la fuir.
La promiscuité qu’impose la vie en immeuble où des centaines de personnes passent par la même porte, le même hall, le même ascenseur, engendre un stress énorme.
EN 1995, dans le XVIème, un couple d’homos m’appelle. Leur nouveau voisin du dessus fait trop de bruit : il refuse de mettre de la moquette ou des tapis sur son parquet et garde ses chaussures au pied. Je leur ai répondu que je ne pouvais pas insonoriser parfaitement leur superbe appartement Haussmannien. Alors qu’il venaient de refaire toute la déco à grands frais, ils l’ont vendu pour aller loger ailleurs.
L’habitat idéal c’est la maison et en version urbaine c’est la domus, le palazzo, le ryad où un propriétaire loge, reçoit et commerce en famille et où il y a des boutiques avec petits logements au-dessus, loués à des petits commerçants ou artisans. Jamais plus de 3 niveaux et des entrées sur rue séparés par logement.
Dès qu’on sort de là, on doit produire des anxiolytiques et des prisons.
L’immigration, l’islam, le chômage, l’école décadente, etc. ce ne sont là que des problèmes supplémentaires qui se surajoutent au tout premier problème qui est celui de notre très mauvaise conception du logement.
A Montfermeil, aux Bosquets, à ras de Clichy Sous Bois, on va récupérer un ex immeuble d’habitation pour en faire la « villa Médicis » Française.
A pleurer !
Une barre à titre de villa !
N’importe quoi.
Si l’on veut une « Villa Médicis » française, il faut qu’elle ait une allure de petit Vatican ou de La Ruche du point de vue des volumes, pas une allure de clapier ou de « frigo ».
(la Cité Radieuse ? Buerk !)
Savez-vous pourquoi Sylvie Vartan Roberto Alagna, François Feldman, Uderzo, Sylvie Guilem ont quitté Clichy Sous Bois dès 1970 ?
Parce que ça faisait prolo d’y habiter.
Bernard Zehrfuss aurait mieux fait de se casser une patte
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