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easy easy 27 décembre 2011 14:34



Merci Fergus de nous avoir fait remarquer qu’il sortait 3 films tournant autour de ce sujet.

Et concernant ces films, je ne vois rien à redire au fait que chacun pour sa part, chacun selon son angle, ne traite spécifiquement que de l’hystérie féminine.



Mais j’attends qu’advienne une autre série de mises en examens qui iraient à proposer que soit élargi le champ de vision de l’hystérie. Où elle ne serait plus limitée aux seules manifestations spécialement criantes dont les femmes ont le chic. Où il serait envisagé que les hommes éprouvassent ou subissent aussi des hystéries mais manifestées autrement.

Je ne crois pas trop aux discontinuités. Je crois plutôt aux gradients, aux variations progressives. Je ne crois pas trop que madame Dupont soit absolument hystérique et que madame Durand ne le soit pas du tout. Je ne crois pas non plus que l’hystérie soit exclusive des femmes. Y compris dans la forme clinique exposée par Charcot. Car pour peu qu’un homme renonce au jeu de mâle, qu’l préfère le jeu de gay folle ou de travelo, il va manifester des formes d’hystérie de manière féminine.

Je ne suis pas intéressé par quelque biais permettant de stigmatiser qui que ce soit et je préfère un « précieux » sur lequel nous ne voulons rien lâcher. Ce qui nous conduit tous à une certaine hystérie sur les sujets rattachés à ce cristal.




De tout ce qui concerne nos manières de réagir, soit à un évènement ponctuel, soit à un évènement à long cours, je ne distinguerais la part de comédie humaine Vs la part de naturel qu’en considérant ce qu’un individu ferait s’il faisait face à cet évènement (court ou long) en étant seul sur une île, et seul pendant disons 4 ans, histoire qu’il ait eu le temps de se débarrasser de ses réflexes sociétaux, de ses habitudes.



Un individu voit une cité en feu au loin.
Les premières choses qu’il examine in petto c’est son degré d’implication.
Son corps est-il pris dans cet incendie ? Sa responsabilité est-elle engagée danc cet incendie ? Ses proches et ses biens sont-ils engagés ou pris dans cet incendie ? Ses croyances, sa culture, ses repères, sont-ils menacés par cet incendie ?
Une fois cette analyse faite et si le bilan est NON partout, s’il est donc complètement détaché de ce drame, arrivent deux cas de figure. Soit il est en train de regarder cet incendie en étant seul. Soit il est en compagnie de gens susceptibles de voir ses réactions et d’en témoigner.

Si le bilan de son scan est « Je ne suis en rien concerné, ni de près ni de loin » et qu’il est en compagnie de témoins, il va jouer un certain numéro du genre « Oh my God ! » car il est tout de même engagé en tant que témoin social. 
Si le bilan de son scan est « Je ne suis en rien concerné, ni de près ni de loin » et qu’il est seul, il ne va jouer aucun numéro sinon pour lui-même (c’est-à-dire face à sa conscience qui le regarde) et sera bien plus silencieux, bien moins agité. Son « Oh My God ! » sera marmonné.

Si en cette position de spectateur non concerné et isolé, il compte se rapprocher d’autres spectateurs dans les minutes suivantes, il pourrait manifester quelques réactions relativement agitées ou visibles pour constituer une histoire vraie, afin de pouvoir dire plus tard, « Oh la la, quand j’ai vu cet incendie, je me suis écrié My God »
Si en cette position de spectateur non concerné et isolé, il ne compte pas raconter ses émotions, il restera très silencieux et immobile, il ne fera aucun cinéma, même pas pour lui-même.

La comédie humaine (que certains singes pratiquent) est si conséquente pour chacun, chacun est si constamment jugé par les autres à l’aune de son jeu, que nul ne peut s’en abstenir. Sauf à avoir la puissance de Diogène, nous nous sentons tous obligés de pratiquer un certain jeu tant vis-à vis des autres que de nous-mêmes.

Et les jeux les plus spectaculaires qu’on qualifie d’hystériques ne sont que l’octave la plus haute de tous les jeux possibles.

Dans les octaves les plus basses, nos hystéries sont moins spectaculaires, plus sourdes, voire sournoises mais elles sont alors plus durables, ancrées et entêtées.


Je considère que Che Guevara, en particulier quand il s’est éloigné de Fidel Castro et de Cuba, tout en ayant l’air calme, jouait pour son équipe et pour lui-même un jeu particulièrement têtu (étanche à toute discussion, à toute pondération) et que c’était à mes yeux une des formes de l’hystérie.
Je crois qu’une personne qui rumine une vengeance, qui n’en montre rien et qui se venge 20 ans après est hystérique mais en joue le jeu ( pour elle-même) dans la gamme la plus sourde. Le désir de vengeance est, avec la panique (brutale ou au long cours) et le désir de possession ou de contrôle, un des sentiments les plus hystérisants.


Lorsqu’un acteur fait un numéro sur scène, il se veut étanche à la salle, il déroule son cinéma et rien ne le fait dévier de son rail. C’est de l’hystérie encadrée et elle provoque une catharsis tout aussi hystérique et encadrée.
Lorsque deux personnes se concertent sur la manière de déplacer un arbre tombé sur la route, lorsque chacune se montre disposée à s’imprégner des idées de l’autre, elles ne jouent aucun jeu et il n’y a alors aucune hystérie.





Puisque vous articulez votre sujet sur 3 films, je signale « Miss Prettigrew » où Delisya (Jouée par Amy Adams) est parfaitement hystérique en première partie et où elle réduit son jeu spectaculaire à la fin du film lorsque qu’elle passe en communion-coopération avec son gentil fiancé.
 
Et dans « Mon beau-père, mes parents et moi » ils sont tous fortement hystériques. Il n’y en a pas un qui consent à sortir de son rail-jeu-rôle.

Dans 37°2, Betty est très hystérisée, elle refuse de sortir de son rail-jeu-rôle. Zorg est peu hystérisé. Il accepte toujours tout. Se sentant un peu perdu, il est séduit par l’entêtement de Betty, il a l’impression que c’est de l’énergie pure, que ça ouvre des portes ou soulève des montagnes. Mais découvre aussi que le manque de conciliation d’un esprit aussi entêté rend la vie très compliquée.

Klaus Kinski était une personne très hystérique-visible et c’est globalement le cas de tous les comédiens. Ceux qui sont souples, ouverts, conciliants, malléables, sont très rares.

A mon sens, on ne déshystérisera pas une personne si on ne déshystérise pas son entourage, sa société. On ne déshystérisera pas les pleureurs nord-coréens si on ne traite pas toute la société nord-coréenne sur le sujet de Kim Jong Il. 
Les Français ont eux aussi des « précieux » communs autour desquels ils savent coaguler, le sapin de Noël en fait partie. Mais comme un de leurs « précieux » est précisément la diversité, on les voit rarement coaguler tous autour d’un numéro de cirque, ils sont assez systématiquement divisés.


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